Accéder au contenu principal

Porté disparu [Lauren Beukes / Luc Kenoufi]

Extrait du cinquième numéro de la revue numérique de science-fiction Angle Mort, je viens de lire Porté disparu une nouvelle de Lauren Beukes, traduite par Luc Kenoufi.
       Tout en ayant déjà entendu parler de cette autrice sud-africaine, c'est en lisant un numéro anniversaire de l'hebdomadaire anglais 2000 AD, où elle y a écrit une courte histoire autour du personnage de Durham Red, que l'idée m'est venue de me pencher plus sérieusement sur son travail.

Et je n'ai pas été déçu. 

Alors même que l'inspiration de Lauren Beukes, pour la nouvelle dont il est question ici, semble reposer sur une infox (fake news), celle dite de « l'expérience de Standford », menée par Philip Zimbardo. 

       Je ne vais pas ici relater ladite expérience (dont on trouve sur l'Internet, moult descriptions), mais pour le dire rapidement, elle a démontré que tout homme, placé dans certaines situations, peut se transformer en monstre. Ou dit autrement par Thibault Le Texier « l’enfermement, l’anonymat des bourreaux et la déshumanisation des victimes provoquent immanquablement la violence » .

Dans un entretien avec la romancière, que la revue Angle Mort propose également à son sommaire [Pour en savoir +], j'en extrait la partie qui nous intéresse, toujours traduite par Luc Kenoufi :

••• Angle Mort : Dans la nouvelle Porté disparu, vous décrivez un environnement très sombre et oppressant dans lequel un extraterrestre est soumis à d’affreuses tortures. La référence aux atrocités de la guerre commises notamment à Abou Ghraib semble évidente. Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire une histoire aussi viscérale ?

••• Lauren Beukes : J’ai toujours été fascinée par la banalité du mal ; des hommes et des femmes ordinaires contraints de commettre des atrocités parce que quelqu’un leur en a donné l’ordre ou parce qu’ils se sont retrouvés dans une situation où il est facile de déraper. Porté disparu est inspirée par le rapport détaillé de Philip Zimbardo qui traite de ce qu’il s’est passé à Abou Ghraib et le fait que tout cela n’est pas le résultat de quelques pommes pourries dans le tas, mais bien d’une culture et d’un contexte qui ont ouvert la porte à des agissements horribles non réprimandés, à une minimisation des responsabilités individuelles et à une violence et une torture institutionnalisées qui sont facilement devenues la norme.

Et en effet, Philip Zimbardo a, d'une certaine manière, « blanchit » les soldats responsables des exactions commises à la prison d'Abou Ghraib de Bagdad, en expliquant, comme son expérience d'août 1971 l'avait prouvée (et sur laquelle est bâtit sa renommée), que c'est la situation qui a rendu possible de tels actes. Lauren Beukes ne dit pas autre chose lorsqu'elle déclare : « le fait que tout cela n’est pas le résultat de quelques pommes pourries dans le tas, mais bien d’une culture et d’un contexte ». 

Sauf que l'expérience dite de Standford est, si on en croit Thibaut Le Texier [Pour en savoir +], une escroquerie scientifique. Mais il faut croire, alors que des voix et non des moindres s'étaient, déjà à l'époque élevées pour le dire, et que toutes les preuves mise au jour par Le Texier, qui démontre ce mensonge, étaient tout à fait accessibles, cette expérience est devenu un lieu commun incontournable dès qu'il s'agit d'expliquer certains comportements humains !?  

       Reste que la nouvelle Porté disparu, dans laquelle apparaissent des extraterrestres appelés « ittaca », anagramme transparente d'Ittaca, prison de l'État de New York, célèbre pour sa mutinerie de septembre 1971, qui n'est d'ailleurs pas pour rien dans la renommée de l'expérience de Zimbardo, est une belle réussite.   

Prévoyant probablement que ses lecteurs auraient (sûrement) en tête les violations des droits des prisonniers irakiens ; Lauren Beukes suggère, plutôt qu'elle ne décrit, les sévices que subissent les ittacas. Et c'est déjà bien éprouvant.
Le résultat est encore plus dérangeant lorsqu'on sait, toutes choses égales par ailleurs, que l’hypothèse sur laquelle repose la nouvelle en question, est le produit d'un mensonge.    

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Blade Runner (vu par Philippe Manœuvre)

Après vous avoir proposé Star Wars vu par le Journal de Spirou de 1977 (ou du moins d'un des numéro de cette année-là), c'est au tour de Blade Runner vu par P hilippe M anœuvre en 1982 dans les pages de la revue Métal Hurlant . Il va de soit qu'avec un titre tel que : "C'est Dick qu'on assassine" le propos de l'article ne fait pas de doute. Pour rappel, le film est sorti en France le 15 septembre 1982, Métal Hurlant au début de ce même mois de 82. Bonne lecture.

Killing Joke [USA Magazine n°36]

En septembre 1988, le Joker fait la couverture de « USA Magazine », magazine publié sous la direction de F ershid B harucha. Cette illustration est, nous dit B rian B olland « une étude dessinée à Paris (avec des marqueurs en fin de vie, (...)). Le dessinateur italien T anino L iberatore en a tiré une version peinte (...). » Dans ce même numéro, en complément de la parution de l'épisode du mois de Killing Joke , alors pré-publié sous le titre de  Souriez , J ean- P aul J ennequin livre un article de  deux pages : C'est tout pour aujourd'hui !  (Tous mes remerciements à Albert .)

The Words

... The Words ( Les Mots ) est un film qui avait tout pour me séduire : le roman en tant qu'élément principal, des acteurs que j'aime bien ; D ennis Q uaid, J eremy I rons, J . K . S immons et B radley C ooper. Éléments supplémentaire l'histoire se révèle être une histoire dans l'hisitoire. Ou plus exactement un roman à propos de l'écriture d'un roman, écrit par un autre ; entre fiction et réalité.  Je m'explique. Clay Hammon fait une lecture public de son dernier livre The Words dans lequel un jeune auteur, Rory Jansen , en mal de reconnaissance tente vaille que vaille de placer son roman chez différents éditeurs. Cet homme vit avec une très belle jeune femme et il est entouré d'une famille aimante. Finalement il va se construire une vie somme toute agréable mais loin de ce qu'il envisageait. Au cours de sa lune de miel, à Paris , son épouse va lui offrir une vieille serviette en cuir découverte chez un antiquaire, pour dit-elle qu'