Accéder au contenu principal

The Authority [Robbie Morrison / Frazer Irving / Dwayne Turner]

Après la fin de la série précédente qui n'en finissait plus d'arriver, les attentats du 11-Septembre et le faux départ d'un relaunch annoncé, par Brian Azzarello & Steve Dillon. Dans lequel, selon des rumeurs persistantes de l'époque, le clone de Jésus Christ aurait rejoint les rangs de l'équipe ; The Authority redémarre -enfin- sous la direction d'un scénariste inattendu : Robbie Morrison.
Recruté par Scott Dunbier, alors executive editor de WildStorm (un autre nom pour editor-in-chief), qui connaissait son travail pour l'hebdomadaire 2000 AD et le mensuel Judge Dredd Megazine, Robbie Morrison devient donc le nouveau scénariste de The Authority. Après Warren Ellis, Mark Millar et l'interim de Tom Peyer.
Nous sommes alors en 2003.

Si vous connaissez également son travail (Nikolai Dante, Shimura, La Mort blanche ou encore Bendatti Vendetta, pour n'en citer que quelques uns), vous savez donc que Robbie Morrison n'est pas du genre à réinventer la poudre pour accoucher d'un fumigène.
Si ce n'est pas le cas, croyez-moi Morrison est un scénariste très solide, et multicarte.

       Il est ici associé à Frazer Irving pour une histoire complète et auto-conclusive (one-shot). Un dessinateur, qui pour le coup ne donnera pas le meilleur dont il est capable. La faute notamment à des tribulations en Croatie, qui l'empêcheront d'être plongé corps et âme sur sa planche à dessin. 
La preuve, selon Frazer Irving lui-même, il aurait dû dessiner une histoire en six parties, et le numéro dont il est question ici, intitulé « Scorched Earth » en était le test d'entrée. Vu la suite, on peut dire sans se tromper, qu'il ne l'a pas réussi. Contrairement à Morrison qui est embauché sur la série mensuelle. Laquelle repart au numéro #1, avec la mention « SUGGESTED FOR MATURE READERS ». Une précaution qui se révélera nécessaire .....  
Comme le laisse entendre l'image ci-dessus, les potards vont être poussés au maximum. 

       Il faut dire que dès le départ, Warren Ellis, lorsqu'il conçoit The Authority, 4 ans auparavant, envisage sa création comme l'équivalent d'un blockbuster. Terme à prendre également dans son acception militaire, et qui désignait des bombes capables de raser un quartier.
Découpé en 4 arcs narratifs successifs, avec une utilisation sans commune mesure alors, de cases au format 16/9ème, son run est une montée en puissance d'effets pyrotechniques, face à des antagonistes de plus en plus puissants.

Robbie Morrison jouera lui aussi la surenchère, et s'inspirera grandement de ce qu'avait fait son confrère.
       Après avoir lié son travail à celui de Warren Ellis d'une bien élégante façon dans « Scorched Earth » ; Morrison entame la série régulière avec l'épisode intitulé « High Stakes ». Il porte le numéro « 0 » et est d'abord pré-publié (en backup), découpé en 3 parties, dans Stormwatch Team Achilles #9, Sleeper #3 et Wildcats version 3.0 #8. Trois séries que nous retrouverons lors du crossover dénommé « Coup d'Etat ».
Mais nous n'en sommes pas encore là.
       Des enjeux élevés, comme en promet le titre de cette histoire, il y en aura. Dans « High Stakes » l'équipe devra faire face à une menace venue d'une autre dimension. Sous la forme d'un casino, où les enjeux sont, bien entendu, sans commune mesure avec ceux auxquels on s'attend. Les jeux sont faits, rien ne va plus et le lecteur sait, en l'espace de deux numéros, qu'il doit s'attendre à l'inattendu.  
L'histoire suivante mêle capitalisme débridé et rencontre du troisième type™, mais surtout elle repousse les lignes en matière de bon goût.
Si The Authority a toujours été une série d'une violence explicite, avec Robbie Morrison le sexe devient, lui aussi, une valeur marchande.

Dans un entretien qu'il a accordé, à la question de savoir ce qui l’intéressait dans l'écriture de cette série, Morrison a répondu que c'était de repousser les limites. Pas seulement en termes de violences, de sexe et d'humour noir, mais aussi dans les domaines de la politique et du social. Et sur le fond de ce qui motives les personnages principaux. Vu le titre du crossover en préparation, on en a déjà un petit aperçu.

En ce qui concerne la violence et le sexe, le contrat est déjà rempli. Et la politique pointe le bout de son nez dans cet arc en quatre parties. 
Mais ce qui caractérise cette version de The Authority, c'est indéniablement le tranchant des dialogues. Roulés comme des pin-up et lancés comme des missiles, ils ne font pas de prisonniers. 
« Behemoth », l'histoire qui suit, est bouclée en un seul numéro, l'occasion pour Dwayne Turner de laisser sa place au dessinateur Tan Eng Huat. 

Si je ne classerai pas ce dernier dans mes artistes favoris, il fait un meilleur travail que Dwayne Turner. Encré par Sal Regla & Sandra Hope celui-ci parvenait à faire illusion. Depuis le départ de Hope, c'est tout juste passable. 
Heureusement Robbie Morrison tient bon la barre, et poursuit son parcours sans faute, avec cette histoire émouvante.
Cela dit, le repos ou l'avance que lui a donné son remplacement, semble avoir permis à Dwayne Turner de recharger ses accus.

En effet, les planches de « Godhead » sont bien plus réussies que ce à quoi on avait eu droit jusqu'à maintenant. Même si cela manque, encore, de régularité.
Après le capitalisme, c'est à la religion de se faire étriller. Ou plus précisément au penchant hégémonique et prosélyte, ici, d'un culte imaginaire. Mais dont le gourou, vedette de cinéma, laisse imaginer ce qu'on voudra bien.
Robbie Morrison, tout en rendant un excellent boulot, garde toutefois les mêmes boucs émissaires que la majorité des prescripteurs culturels sur le marché. 

Cette quasi unanimité dans la dénonciation des mêmes maux idéologiques, dans des produits de consommation de masse, me laisse perplexe sur l'influence desdits produits en terme de réflexions sur les lecteurs. Ou plutôt, sur le relatif consensus à aimer ce type d'histoire, si j'en crois les ventes ou les recettes cinéma, alors même que dans notre vie de tous les jours rien ne change, et qu'on s’accommode encore et encore des mêmes idées toxiques.    
       Alors que « Godhead » se termine, le Doctor annonce un changement drastique. 

Il fera l'objet du crossover au titre évocateur : « Coup d'Etat » !   

(À suivre ....)   

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le pot au noir [Robert Ferrigno / Hubert Galle]

Ce roman m'a été recommandé par Duane Swierczynski [Pour en avoir +]. Jeune lecteur encore adolescent, assidu de Sf et de fantastique, Swierczynski est entré dans le monde du polar et du thriller, grâce au roman de Robert Ferrigno.
« Le pot au noir » commence comme un roman policier tout ce qu'il y a de plus conventionnel : une disparition inquiétante, un suspect tout ce qu'il y a de crédible, et un duo de flics. L'ambiance rappelle celle de la série «Miami Vice», mais l'histoire se passe sur la côte Ouest des U.S.A..
D'une certaine manière, les premiers chapitres pourraient desservir ce roman, en en cachant ce qui fera son originalité, sous le vernis du tout venant.
Sauf que dès le départ, Robert Ferrigno, traduit par Hubert Galle pour les éditions Flammarion, a la bonne idée de peupler son ouvrage de personnages atypiques qui réussissent à captiver l'attention. La quatrième de couverture ne se prive d'ailleurs pas de l'annoncer (même si je ne m'e…

Deathlok [Charlie Huston / Lan Medina]

Les remakes, relaunchs, reboots, voire les réécritures de « classiques » façon littérature de genre, sont devenus omniprésents dans le divertissement de masse. Rien qui ne puisse, un jour ou l'autre, se voir  « updater ».
En 2009-2010, c'est au tour de Deathlock, un personnage créé par Rich Buckler & Doug Moench pour Marvel [Pour en savoir +], et qui n'a jamais vraiment trouvé sa place chez l'éditeur des Avengers et consorts, de se voir offrir un nouveau tour de piste. C'est à Charlie Huston, auréolé de son run sur la série consacrée à Moon Knight, qu'on a commandé un scénario qui devra tenir sept numéros mensuels. Huston est, avant de travailler pour la Maison des idées™, d'abord connu pour ses romans. C'est via son agent littéraire qu'il a mis un pied dans la BD, au moment où Marvel recrutait en dehors de sa zone d'influence. Cela dit, il reconnaît une attirance pour la SF contractée dès son plus jeune âge ; et particulièrement pour les u…

Blues pour Irontown [John Varley / Patrick Marcel]

Ça commençait plutôt mal. 
L'idée d'un détective privé du futur, fondu de ses lointains confrères des années 1930, avait tout d'un Polaroid™ bien trop souvent photocopié. Mais peut-être que cet amour des privés made in Underwood© allait-il être de la trempe du fusil de Tchekhov ?
Si la présence, dès les premières pages, d'une « femme fatale », semble donner le ton. Si l'ombre porté du Faucon maltais ne fera que se renforcer. La profession de détective privé semble aussi utile à l'intrigue du roman qu'un cataplasme à la moutarde sur une jambe de bois. 

       Une intrigue qui, nonobstant le titre du roman, tient plus de la berceuse que du blues.   

Fort heureusement, John Varley gratifie son roman d'une très belle idée ; au travers du personnage nommé Sherlock. Rien qui ne rattrape totalement l'ennui profond d'une enquête poussive, et  au final, sans grand intérêt. Mais les chapitres racontés par ledit Sherlock sont les plus intéressants, les plus ém…