L'histoire de « Lignées sanglantes » se déroule sur la planète Alecto et plus précisément au sein de Varangantua, une immense cité impériale tentaculaire — caractérisée par un étalement massif, rongée par la corruption, la criminalité et les inégalités sociales — comme il se doit dans un roman criminel.
Dans cette conurbation, la loi est davantage un instrument au service des puissants qu'une véritable protection pour les citoyens ordinaires — comme il se doit également dans ce type d'histoire, entre récit hard-boiled et roman noir, depuis au moins Dashiell HAMMETT.
Nous suivrons Agusto Zidarov, un « probator » autrement dit un enquêteur de la police locale — un homme expérimenté avec 15 ans de service au compteur, désabusé, confronté quotidiennement à la violence de son métier et qui marche à la cafféine. Rien de nouveau là non plus.
Il reçoit une mission délicate, et plutôt étrange, de sa supérieure hiérarchique, le capitaine Helewe Vongella : retrouver Adeard Terashova, le fils unique & majeur d'une famille extrêmement puissante de Varangantua, qui a disparu.
Délicate car les familles qui règnent sur Varangantua sont aussi les mécènes de la police — et étrange car le pouvoir que détiennent ces familles, et en l’occurrence le conglomérat Terashova, leur donne des moyens autrement plus compétitifs que ceux de la police pour enquêter.
On apprendra qu’existe un fragile équilibre entre ces conglomérats, la pègre et donc les forces de l’ordre ; ce qui fait aussi du capitaine Helewe Vongella, le commandant du Bastion-U, une sorte de « diplomate » en plus d’être le chef de la police.
Warhammer Crime™ est né de la volonté d'explorer de nouveaux territoires narratifs au sein de Warhammer 40K™. Des auteurs maison et l'équipe éditoriale de Black Library® ont travaillé conjointement à l'introduction des codes du polar et du roman noir dans cet univers.
Cette ambition s'est finalement concrétisée par la création d'un cadre fictionnel partagé, la ville de Varangantua, soutenu par une « bible » commune — à l'initiative de l'editor Nick KYME — et donc investi par plusieurs auteurs : Chris WRAIGHT, Alec WORLEY, Marc COLLINS, etc.
L'ensemble a progressivement constitué le label Warhammer Crime™ dont l’activité s’est échelonnée de 2020 à 2024, pour un total de 14 ouvrages (dont un audio-livre).
En développant un label entre polar et roman noir, dans l'univers de Warhammer 40K™, la collection a cherché à élargir les horizons de la licence et à toucher un lectorat potentiellement différent que celui attiré par la Sf et la Fantasy.
Toutefois, cette ambition créative s'inscrivait aussi dans un écosystème économique plus vaste, dont la finalité commerciale demeurait étroitement liée aux jeux et aux figurines de Games Workshop®.
Son très fort ralentissement éditorial (euphémisme) laisse penser que l'expérience n'a pas réussi à tenir toutes ses promesses économiques pour Games Workshop®.
Si la série télévisée Gotham est une référence avouée, Alec WORLEY cite également Gormenghast, le château-monde de la trilogie de Mervyn PEAKE.
Les suspects habituels apparaissent s'agissant de leur influence : CHANDLER, ELLROY, HIMES, LANSDALE, LEONARD, RANKIN — par exemple Marc COLLINS cite le caractère sombre, humide et claustrophobique d’Édimbourg.
William GIBBONS et l'esthétique du film Blade Runner viennent également à l'esprit en lisant « Lignées sanglantes ».
Cependant le roman dégage, malgré ou à cause de ses influences une identité propre.
Polar 100% Warhammer 40K™ en tant qu'il peuple son arrière-plan de tout ce que les lecteurs de ce lore connaissent bien — mais rien qu'un néophyte ne puisse comprendre facilement, dont justement une enquête qui porte en partie sur un sujet certifié, lui aussi 100% Warhammer 40K.
Polar 100% Warhammer 40K™ en tant qu'il peuple son arrière-plan de tout ce que les lecteurs de ce lore connaissent bien — mais rien qu'un néophyte ne puisse comprendre facilement, dont justement une enquête qui porte en partie sur un sujet certifié, lui aussi 100% Warhammer 40K.
La grammaire polar/dur-à-cuire est bien présente, et garantie la fiabilité du label.
Au final Chris WRAIGHT manipule bien son lecteur, jusqu'à un retournement de situation aussi inattendu que réussi.
Un très chouette roman qui plaira aux amateurs de polars cyberpunks et à ceux de Warhammer 40K™.
(À suivre ....)




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