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Articles

Aube de fer [Matthew Woodring Stover / Frank Reichert]

Cinq ans après la fin de la guerre de Troie, trois mastiqueurs de bronze ; Leucas, l'ancien combattant athénien, Khépéru, le magicien égyptien et Bara, la princesse picte arrivent à Tyr, dans l'espoir de se refaire, après un puissant revers de fortune
Mais la patrie d'adoption de la farouche picte a bien changé depuis son départ.

       Roman existentialiste, en tant que « ce qui doit arriver », autrement dit l'aventure (du latin adventura), n'est, ici, pas une fatalité, Aube de fer est par ailleurs une formidable réussite.
Matthew Woodring Stover, sorte d'aède du XXème siècle y décrit, sur le ton de l’épopée, additionné d'une bonne amphore d'humour, la sempiternelle lutte du Bien et du Mal. Et ce n'est pas une mince affaire que de réussir à rendre palpitant un récit aussi souvent conté. 
Force est pourtant de constater qu'il y parvient pendant les 460 pages de cette édition, commercialisée à partir de 2002 par les éditions de L'Atalante (1997 …
Articles récents

M. Pénombre, libraire, ouvert jour et nuit

Dans cette librairie, véritable village Potemkine romanesque, le narrateur découvrira une vérité toute balzacienne ; et nous à sa suite.
Tissant, grâce à un réseau de personnages souvent hauts en couleur, un récit à fort coefficient d’intérêt, Robin Sloan (traduit ici par Philippe Mothe) y déjoue avec talent le choc des cultures. C'est en effet animé d'un même élan que les héritiers de Gutenberg et ceux de la Silicon Valley se disputeront un secret bien gardé.
Délaissant pour le coup le « voyage du héros™ » cher à nombre de script doctors labellisés, l'auteur construit son récit en suivant quasiment, étape par étape, la pyramide dite de Maslow. 
Un canevas bien moins coercitif qu'on pourrait le croire. 

M. Pénombre, libraire, ouvert jour & nuit, est un roman attachant, qu'on abandonne difficilement pour vaquer à nos obligations plus terre-à-terre. 
Livre dont le profil aurait tendance à lui faire traverser incognito les rayons des librairies, ce premier roman de R

Warrior [Cinemax]

À l'époque, si je me souviens bien, la rumeur qui courrait, était que Bruce Lee n'avait pas été choisi pour le rôle principal de la série télévisée Kung Fu, parce qu'il était Chinois.
Ce qu'on ne savait pas, c'est qu'au même moment, de l'autre côté de l'Atlantique, Linda Lee, la veuve de Bruce Lee, déclarait que l'idée de Kung Fu avait été volé à son mari. D'ailleurs quelques années auparavant, en 1971, Bruce Lee avait, lors d'un entretien télévisé [Pour en savoir +], évoqué un projet, intitulé « Warrior », se déroulant dans l'Ouest encore sauvage de la fin du XIXème siècle. Dans lequel il en aurait été le rôle principal.
En 2000, la fille de Bruce et Linda Lee, Shannon, est devenue la présidente de la « Bruce Lee Foundation ». Ce qui lui a permis de retrouver un mémo de 8 pages qu'avait écrit son père, sur ledit projet évoqué en 1971, à la télévision américaine.   
Et nous voilà, 19 ans plus tard (et 46 ans après la mort de Bruce Lee) …

Bonheur™ [Jean Baret] le Bélial'

Dans la postface écrite pour l'occasion, le philosophe Dany-Robert Dufour dit tout le bien qu'il pense du roman de Jean Baret, lequel s'inscrirait dans le « courant de l'anticipation sociale », dixit l'auteur de Bonheurhimself, à l'instar d'aînés tels que Brett Easton Ellis & Chuck Palahniuk. 
Une comparaison dont n'a pas à rougir Jean Baret, nonobstant que son roman n'est évidemment ni écrit par l'un, ni écrit par l'autre. Mais bien par un romancier à part entière. Très inspiré par les thèses de Danny-Robert Dufour, dont je m'étonne toujours qu'elles ne soient pas plus utilisées dès lors qu'il s'agit de déchiffrer la société dans laquelle nous vivons, Jean Baret ne se contente pas, comme l'a fort bien remarqué son inspirateur, de les illustrer, mais les transforme bel et bien, en une énergie diégétique puissante.
La société dans laquelle nous invite Jean Baret est à la fois familière et terriblement dérangeante. Aven…

The Old Guard [Rucka / Fernández / Nikolavitch]

Le saviez-vous ? Andy, la cheffe du groupe dont Greg Rucka et Leandro Fernández nous racontent l'aventure dans ce premier tome, est inspirée de Wowbagger « l'Infiniment Prolongé ». Un personnage créé par Douglas Adams, dans sa fameuse trilogie en cinq tomes, dont l'épithète nous éclaire autant sur Andy que sur lui.
Toutefois, ne vous attendez pas à autant d'humour dans The Old Guard que dans Le Guide du Voyageur Galactique
En effet, Andy, Nicky, Joe, Booker et Niles forment un groupe de mercenaires à qui est confié une mission que même monsieur Phelps n'aurait pu refuser. Mission de tous les dangers pour la vieille garde, certes ! Mais aussi pour le scénariste qui accumule les clichés.  
Mais qui, contre toute attente, invente une histoire excitante et surprenante. Mélange de passages obligés et d'étonnants détours, The Old Guard tient non seulement la distance mais se permet un finish magnifique. Un de ceux dont on n'imagine pas qu'il puisse être diffé…

Bad Monkeys [Matt Ruff / Laurence Viallet]

Considéré par l'auteur lui-même comme son «roman de Philip K. Dick », Bad Monkeys aurait cependant très certainement irrité l'auteur de Minority Report, comme Matt Ruff le reconnait également.

Si ce court roman, en regard des deux autres que j'ai déjà lus du même auteur, tire son titre énigmatique d'un épisode de la série télévisée South Park ; et s'inspire du récit de David Simon, Baltimore, le résultat est sans nul doute un roman que Philip K. Dick aurait pu écrire.
Jouant comme son aîné, avec la chorégraphie de l'information, autrement dit, qui sait quoi, quand, comment et pourquoi ? ; Matt Ruff construit un thriller haletant à partir de ce qu'on est prêt à croire.
Comme l'explique Michael Eaton, il n'y a que trois possibilités, structurellement parlant, pour le romancier de gérer la relation entre protagoniste et lecteurs, vis à vis de l'information :
• le lecteur dispose exactement des mêmes informations que le protagoniste.
• le lecteur dispo…

Way Inn [Will Wiles / Marie Surger]

« Les numéros rouge vif sur le radio-réveil à côté de mon lit adoptèrent la forme regrettable de 6 : 12. », voilà ce que j'appelle une belle entrée en matière. 
Et cette impression ira en se renforçant, au fur et à mesure que l'entreprise de réification d'une métaphore d'une stratégie commerciale internationale fera de même. Récit d'épouvante de presque 300 pages, Way Inn n'entend pas laisser les souvenirs aux seuls serial killers
Comme le laisse entendre la citation de Jorge Luis Borges, placée en épigraphe, le roman de Will Wiles fonctionne, outre sa mécanique textuelle propre, sur le mégatexte du genre auquel il appartient.
En effet, nombre d'images et d'idées accumulées en matière de Fantastique (le mégatexte en question) ressurgiront, de manière subjective, tout au long de l'aventures cauchemardesque de Neil Double. Un arrière-plan, dont la familiarité augmentera l'immersion des lecteurs, et l'étrangeté des situations.
Un cauchemar qui …