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Articles

Bon à tuer [Paola Barbato / Anaïs Bouteille-Bakobza]

Paola Barbato, autrice dont j'ai déjà parlée sur ce blog [Pour en savoir +], revient en France avec un troisième roman. Traduit de l'italien par Anaïs Bouteille-Bakobza, comme les précédents, celui-ci se déroule en partie dans le monde de l'édition littéraire ; comme son titre français peut d'ailleurs le laisse deviner. 
En effet, « Bon à tuer » n'est pas sans évoquer  le terme technique « bon à tirer », document qui autorise contractuellement l'impression d'un roman, entre autres, une fois toutes les parties concernées d'accord. 
       Ceci étant dit, « Bon à tuer » commence comme une enquête somme toute conventionnelle ; si ce n'est une ambiance de comédie à l'italienne. De celles qui associent la satire, l'ironie et la farce, mais surtout dans lesquelles les opprimés ne sont pas prêts à souffrir en silence. 
« L'imagination est comme un chien de chasse qui sort du brouillard, un canard dans la gueule. On ne sait pas d'où vient le c…
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Terminus [Tom Sweterlitsch / Michel Pagel / Aurélien Police]

Prévu pour sortir le 2 mai 2019, Terminus, le roman de Tom Sweterlitsch, commercialisé par le département éditorial  « Albin Michel Imaginaire », était cependant déjà disponible le 24 avril. Rien que de très ordinaire, me direz-vous, pour un roman dont l'intrigue repose, en partie, sur des avenirs potentiels.
Sous une très belle et très inquiétante couverture d'Aurélien Police, laquelle a énormément compté dans l’intérêt qu'a pu éveiller ce roman, et une traduction de Michel Pagel ; Tom Sweterlitsch combine la prémisse d'un «whodunit», autrement dit une enquête romanesque visant à identifier l'auteur d'un crime, au(x) thème(s) du voyage dans le temps.
Une somme de 448 pages vendue 24,90 €, et 12,99 € pour sa version numérique.

       Tom Sweterlitsch démontre un formidable talent dès lors qu'il est question de créer un climat de tension. Son roman est ainsi baigné très tôt d'une aura d'épouvante, qui n'épargne d'ailleurs pas les scènes les plus…

Nous sommes là [Michael Marshall / Benjamin Kuntzer]

Lire Michael Marshall, c'est comme de regarder la littérature de genre au travers d'un spath d'Islande ; cette calcite a en effet la propriété de double réfraction (biréfringence).
Autrement dit, tout objet vu au travers d'un morceau de spath d'Islande produit un décalage de lui-même. 

S'il ne se résume pas uniquement à ça, tout l'art de Michael Marshall tient en ce qu'il est capable de prendre un thème, un archétype, et de lui donner une nouvelle lecture en décalage avec sa nature propre. Ou du moins celle communément reconnue par les lecteurs.

Et à partir de cette relecture, les extrapolations qu'imagine l'auteur tissent un roman parfois disruptif, mais toujours attrayant. 

« Nous sommes là » ne déroge heureusement pas à la démarche créative que j'ai décrite. 
Elle se double ici d'un flou savamment entretenu sur la nature de l'archétype en question, en plus d'une solide ironie romanesque. Laquelle veut que le lecteur en sache un peu…

La route de Jérusalem [Mary Gentle / Michelle Charrier]

« Toute histoire doit avoir un début, un milieu et une fin, mais pas forcément dans cet ordre-là. ». Cet aphorisme, de Jean-Luc Godard, semble exactement taillé pour la quarantaine de pages écrite par Mary Gentle. 
La route de Jérusalem, disponible dans le volume anniversaire proposé, gratuitement, à l'occasion des 10 ans de la collection « Folio SF », offre en effet un instantané de quelques années, à la chronologie chamboulée. Cela dit, l’intérêt principal de cette nouvelle tient surtout en ce que l'autrice y construit une société très séduisante en termes diégétiques.
Uchronique, nous y suivront quelques moments clés de la vie du lieutenant-chevalier Tadmartin, membre de l'Ordre du Temple, entre 1991 et 2002. 
Publiée en octobre 1991 aux U.S.A., La route de Jérusalem trouve vraisemblablement une partie de son inspiration dans la première « guerre du golfe » (2/8/90 - 28/2/91), ce point de bascule qui nous a fait entrer de plain-pied dans le XXIème siècle. 

Or donc, trop cou…

Les meurtres de Molly Southbourne [Tade Thompson / Jean-Daniel Brèque]

J'aurais aimé aimer Les Meurtres de Molly Southbourne. Si la formule est éculée, au moins est-elle vraie. Mais avant d'aller plus loin dans ma critique, un mot pour dire que la magnifique couverture du 18ème ouvrage publié dans la collection Une Heure-Lumière™, n'est pas pour rien dans mon envie de lire la novella de Tade Thompson.
Aurélien Police a encore une fois réalisé une magnifique couverture pour la collection du Bélial', sûrement ma favorite de toutes celles déjà publiées.
Or donc, ce qui m'a contrarié dans la centaine de pages du récit proprement dit*, qui paradoxalement est un redoutable page-turner, c'est la propension de l'auteur à ne pas tenir compte des questions que ne manque pourtant pas de poser son intrigue. 

Difficile en effet de croire que Molly, au moins à l'adolescence, n'interroge pas ses parents, de manière frontale, sur ce qui lui arrive (sous-entendu que cet absence d'interrogation favorise le suspense). Tout aussi étrange…

Les Évangiles Écarlates [Clive Barker / Benoît Domis]

Manière de crossover dans lequel Clive Barker fait se rencontrer deux de ses inventions les plus mémorables, Les Évangiles écarlates oppose Pinhead et Harry D'Amour. Le premier est, selon les propres termes de Clive Barker, un « sado-masochiste d'outre-tombe ». Et le second, comme vous le découvrirez si ce n'est déjà fait, est un détective privé, dont le terrain de chasse privilégié est encore plus irrationnel que les adultères.
Si selon l'auteur lui-même, les 360 pages de ce roman peuvent se lire indépendamment de ses précédents travaux qui mettaient déjà en scène Harry D'Amour & Pinehead ;  la forme du roman (un début, un milieu, une fin) n'en n'est pas, à mes yeux, la seule et unique raison. 

Outre qu'il reprend d'une manière bien trop ostensible la structure qu'a mise en évidence l’anthropologue  structuraliste (autodidacte)Joseph Campbell, en inventant ce qu'il appellera le Monomythe©. Clive Barker pousse en effet quasiment jusqu'…

Aube de fer [Matthew Woodring Stover / Frank Reichert]

Cinq ans après la fin de la guerre de Troie, trois mastiqueurs de bronze ; Leucas, l'ancien combattant athénien, Khépéru, le magicien égyptien et Bara, la princesse picte arrivent à Tyr, dans l'espoir de se refaire, après un puissant revers de fortune
Mais la patrie d'adoption de la farouche picte a bien changé depuis son départ.

       Roman existentialiste, en tant que « ce qui doit arriver », autrement dit l'aventure (du latin adventura), n'est, ici, pas une fatalité, Aube de fer est par ailleurs une formidable réussite.
Matthew Woodring Stover, sorte d'aède du XXème siècle y décrit, sur le ton de l’épopée, additionné d'une bonne amphore d'humour, la sempiternelle lutte du Bien et du Mal. Et ce n'est pas une mince affaire que de réussir à rendre palpitant un récit aussi souvent conté. 
Force est pourtant de constater qu'il y parvient pendant les 460 pages de cette édition, commercialisée à partir de 2002 par les éditions de L'Atalante (1997 …