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Stormwatch Team Achilles (suite)

« Si paradoxal que cela puis paraître, celui qui veut profondément la paix, rejette tout pacifisme qui serait de la lâcheté ou de la simple préservation de sa propre tranquillité »
Jean-Paul II le 1er janvier 1984 

L’American way of war

... Après les attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis, en tant que « gendarme du monde » ont réintroduit des objectifs beaucoup plus ambitieux, en termes de politique étrangère, que le retour à la paix ou l’aide à des populations martyres. 
Il s’est agit dés lors pour eux, d’instaurer la démocratie dans des pays qui en étaient forts éloignés. Ce faisant, en introduisant des objectifs globaux, les Etats-Unis ont créé des adversaires nouveaux que l’on qualifie d’asymétriques, en ce sens « qu’ils pratiquent des méthodes radicalement différentes de celles des armées occidentales [..] » (Colonel Michel Goya). 
Paradoxalement, lors de sa première mission, alors que les U.S.A menaient une politique interventionniste « globale » à l’extérieur de son territoire, la Stormwatch : Team Achilles de Micah Ian Wright se retrouvera dans la position de ce que Carl Smith a appelé une « organisation tellurique » c’est-à-dire des « partisans qui agissent sur le sol même de leur patrie face à des envahisseurs et qui mènent le combat avec tous les moyens disponibles : souvent des armes dites primitives ». De plus, dés ce premier épisode Micah Ian Wright modifie l’écosystème du Wildstorm Universe en y introduisant un nouveau prédateur : le soldat ; dont le gibier de choix sera principalement le « méta-humain ». Ainsi le scénariste n’hésitera-t-il pas, lors des entretiens accordés à l’époque du lancement de la série, à positionner sa nouvelle équipe en réaction à l’équipe The Authority de Mark Millar qu’il présente comme un groupe de super-humains qui savent ce qui est bon pour nous, et qui nous tuerons pour voir leurs volontés s’accomplir. 
The Authority Milar & Quitely
L’idée est de mettre sur le tapis, dans l’univers Wildstorm, une question fort simple : comment le genre humain peut-il conserver son indépendance et son autonomie politique dans un monde rempli de méta-humains qui peuvent imposer leur volonté n’importe quand ? 
D’une certaine manière l’équipe Achille de Stormwatch rééquilibre la balance entre la population des « messieurs-tout-le-monde » et les super-humains. 

... L’ambiguïté des héros telle qu’on la rencontre dans l’équipe d’Authority n’est pas une chose nouvelle : dés les années 30, période de bouleversements économiques s’il en est, on voit apparaître dans une Amérique qui remettait pour la première fois en question son système économique et son modèle social, des héros qui devenaient plus ambigus dans leur rapport aux institutions. Protéger le principe fondamentalement américain de la liberté individuelle venait souvent se heurter à la nécessité de devoir outrepasser les lois. Les héros des pulp magazines ou des comic-strips voire des comic books empruntaient ainsi une partie de l’imagerie sombre de ce chaos pour mieux le dompter : le nom du Phantom, de Black Bat, du Shadow ou encore du Spider ont tous des connotations sombres, apeurantes, voire horrifiques. 
Et leurs méthodes sont souvent expéditives. 
Même un personnage comme Superman n’hésite jamais à envisager des actions extra-légales dans les années 40 s’il le faut. Mike Hammer détective dur-à-cuire (qui apparaît dés 1947) est peut-être la quintessence de ces personnages qui ne s’embarrassent pas de fioritures ; il est à la fois "le jury, le juge et tout le tribunal... mais aussi le bourreau"
The Authority est une version actuelle mais tout aussi radicale de ces précurseur des années 30-40. C’est donc face à cette « menace » que ce positionne Stormwatch : Team Achilles
« Face a des créatures disposant d’un pouvoir absolu pour imposer leur autorité [en anglais autorité se dit authority] sur nous, que peuvent les démocraties élues librement pour se protéger de devenir les esclaves de ces divinités ? » (Micah Ian Wright). 
Si le scénariste semble hostile au gouvernement Bush de l’époque notamment envers sa politique étrangère belliciste, il n’a pas les deux pieds dans le même sabot. 
Ainsi a-t-il demandé, pour la promotion de sa série, à DC Comics de faire de la publicité dans des magazines tel que le NRA Monthly (La NRA ou National Rifle Association défend le commerce des armes à feu et leur promotion dans la société civile, pour le dire très vite) ou encore Stars and Stripes le journal des Forces Armées américaines ; mais le budget alloué ne l’a pas permis. 
Toutefois Wright avait prévu d’envoyer des comptes rendus et des critiques à ce genre de magazines, dont le lectorat n’est pas a priori client de bande dessinées de super-héros, ceci afin de profiter de leur large diffusion et attirer de nouveaux lecteurs.

(À suivre ......)

Commentaires

  1. C'est vrai que le concept de Stormwatch est assez paradoxal : une équipe de super-humain anarchiste s'oppose à des gouvernements élus démocratiquement sinon pour imposer une utopie, du moins pour contenir les dérives autoritaires... Ce faisant, elle prive l'humanité de ses choix...

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  2. Je trouve la position de Wright ambiguë, opposé à Bush mais, pourtant, prêt à faire de la pub chez ce que l'Amérique compte de plus "droitier"... Cependant, nos principes ne sont pas transposables aux Etats-Unis. "Être armé, c'est être libre" proclament les armuriers d'Isher.

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