Accéder au contenu principal

Alan Moore [Les aventures magiques d'un gentleman extraordinaire !]

.... Suite de l'entretien proposé dimanche, toujours extrait de STRANGE (du n° 350) :


.... Et pour en revenir à Jerusalem, et au chapitre 26 dont je parlais dernièrement, il s'agit indéniablement d'un tour de force. De Moore bien évidemment (qui a dû prendre 18 mois de repos après l'avoir terminé, si j'ai bonne mémoire) et de la part de Claro, bien sûr. Mais le plus stupéfiant - par ailleurs lié aux louanges que j'adresse au traducteur - c'est la poésie qui s'en dégage malgré la difficulté que j'ai eu à le lire. Les associations d'idée, que le vocabulaire utilisé fait naître pour dire ce qu'il dit, est une expérience inédite en ce qui me concerne. Du grand art, qui m'a donné paradoxalement envie de le relire.
C'est d'ailleurs une sensation de plus en plus prégnante au fur et à mesure que j'avance : Jerusalem est un livre que j'ai déjà envie de relire. 

Commentaires

  1. Un entretien d'autant plus précieux qu'il s'attarde sur le processus créatif d'Alan Moore plutôt que de le faire tourner en boucle sur l'industrie du comic book. ça me fait d'autant plus regretter de ne pas avoir suivi Dodgem Logic. L'exemple d'Unearthing est à ce titre très éclairant sur la façon dont l'auteur envisage l'aspect magique dans la création d'une oeuvre.

    Merci pour ces lectures enrichissantes.

    RépondreSupprimer
  2. Tu as bien entendu raison.

    Cela dit, sur l'industrie des comic books, secteur sur lequel l'un des personnages de "Jerusalem" a aussi un avis, je ne suis pas loin de penser comme Moore :

    [..]À treize ans, l’idée que David se faisait du paradis était celle d’un endroit où les comics étaient acclamés et disponibles partout, avec peut-être des dizaines de films à gros budget sur ses obscurs héros préférés. Maintenant qu’il a dépassé la cinquantaine et que ce paradis est omniprésent, il trouve la chose déprimante. Des concepts et des idées destinés aux enfants il y a quarante ans de cela : le XXIe siècle n’a rien de mieux à proposer ? Il se passe tellement de choses extraordinaires un peu partout, et tout ce qu’on propose aux gens, ce sont les fantaisies de Stan Lee, des fantaisies vieilles de plus d’un quart de siècle et qui concernent essentiellement les petits Blancs névrosés des classes moyennes ? [...]

    (Tout en continuant à en lire, mais en restant - assez étrangement - imperméable aux longs-métrages, loué soit Glycon)

    [-_ô]

    Merci à toi de tes fréquents commentaire, compañero !

    RépondreSupprimer
  3. C'est également quelque chose qui m'a interpellé cette interrogation sur l'absence de mouvements culturels/contre-culturels propres au XXIème siècle, qui de fait vivrait sur l'exploitation de figures créées lors du siècle dernier. J'y pense régulièrement depuis que j'ai lu ça, sans doute lors de la promotion de Jerusalem où Moore formule les choses de la même façon.

    Concernant ses positions sur l'industrie du comic book, la voix d'Alan Moore me semble d'autant plus vitale à ce sujet que c'est un son de cloche rare. Je regrette juste un peu qu'à l'orée de tourner définitivement la page sur son activité de scénariste, les gens du milieu qui sollicitaient Moore pour des entretiens ces dernières années avaient peut-être plus tendance à mettre l'accent sur ce point plutôt qu'à s'attarder sur son travail. Et quand on voit que c'est un très bon client lorsqu'il s'agit de parler avec passion de la façon dont il conçoit le medium comic book, c'est dommage. Bon, c'est peut-être aussi l'effet caisse de résonance des réseaux d'information qui me donne cette impression.

    RépondreSupprimer

Publier un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Killing Joke [USA Magazine n°36]

En septembre 1988, le Joker fait la couverture de « USA Magazine », magazine publié sous la direction de Fershid Bharucha. Cette illustration est, nous dit Brian Bolland « une étude dessinée à Paris (avec des marqueurs en fin de vie, (...)). Le dessinateur italien Tanino Liberatore en a tiré une version peinte (...). »
Dans ce même numéro, en complément de la parution de l'épisode du mois de Killing Joke, alors pré-publié sous le titre de  Souriez, Jean-Paul Jennequin livre un article de  deux pages :
C'est tout pour aujourd'hui ! 
(Tous mes remerciements à Albert.)

Breach [Bob Harras / Marcos Martin]

Brève série de 11 numéros, Breach à l'immense avantage de pourvoir être lue sans connaissances préalables de ce qu'il est plus ou moins convenu d'appeler l'univers DC Comics. Envisagé comme une relance de Captain Atom, un personnage qui a notamment fait partie de l'écurie Charlton et a servi de modèle au Dr Manhattan, le personnage éponyme endossera finalement les atours du nouveau venu. 
Création de Bob Harras et de Marcos Martin, cette pourtant excellente série n'a visiblement pas été très soutenue par l'éditeur et, conséquences inévitables, n'a pas trouvé son lectorat. Je fais d'ailleurs partie de ceux qui sont passés totalement à coté.
Sacrifiée sur l'autel de la rentabilité, Breach mérite pourtant qu'on lui prête attention. 

       Le premier numéro, de 28 planches (extra-sized) donne d'ailleurs immédiatement le ton.
Plongé directement dans l'action, le lecteur découvre que l'articulation de la série se fera au travers d'un

Le jeu de la damnation [Clive Barker / Jean-Daniel Brèque]

« Rien n'est plus terrifiant que de donner à imaginer quelques abominations tapies derrière une porte, pour ne surtout jamais l'ouvrir, au risque de décevoir le lecteur. Car son imagination sera toujours plus fertile que les terribles images que s'échine à y injecter le conteur ».
Frappé au coin du bon sens, cet évangile de l'horreur dispensé depuis la ville de Providence dans l'État du Rhode Island, en 1979 par William F. Nolan, est cependant devenu obsolète depuis que des auteurs de l'envergure de Clive Barker ont mis un pied dans le genre.
« Le jeu de la damnation », traduit par Jean-Daniel Brèque en est un exemple frappant. Je dirais même que sans « les terribles images » qu'y injecte Clive Barker, ce roman ne serait pas ce qu'il est. 

            En effet le natif de Liverpool s'inspire ici d'un conte populaire bien connu, dont le titre du roman ne fait pas mystère du thème, et qui tient tout entier son intérêt dans l'imagination fertile …