Accéder au contenu principal

Dans la Toile du temps [Adrian Tchaikovsky/Luc Planchat]

       Véritable précipité de ce que peut offrir la science-fiction, La Toile du temps fonctionne sur un scénario modulaire qui ne donnera aucun répit au lecteur. Adrian Tchaikovsky, dont c'est à ma connaissance, le premier roman traduit dans l'Hexagone (par Luc Planchat), a écrit un petit chef d’œuvre.
Couvertures de Gaelle Marco
Or donc, trois modules narratifs occupent les presque 600 pages, qu'une foisonnante imagination emmène dans le vide intersidéral du space opera, et dans les affres d'un avenir lointain & post-post-apocalyptique ; mâtiné d'un cyberpunk presque rassurant.
Du moins en regard d'un inquiétant steampunk, en tant qu'il définirait un futur technologique arrivé plus tôt, mais dans le cas d'espèce du récit, pas où on l'attendait. Et où la « vapeur » serait remplacée par tout autre chose, qu'il vaut bien mieux découvrir in situ plutôt que par le biais d'une critique ou d'une quatrième de couverture. 
Cet aspect du roman, qui n'est pas sans rappeler les peurs dont la science-fiction des années 1950 avait fait ses choux gras, est ce qui en fait l'un des meilleurs qu'il m'a été donné de lire. 
Enfin donner c'est vite dit*, mais on se comprend.

        Recombinant des stéréotypes et des sous-genres bien connus de la SF, Dans la toile du Temps accouche pourtant d'une histoire inédite ; grâce notamment à la description minutieuse d'une société en devenir. Société pour laquelle Adrian Tchaikovsky arrive à nous faire ressentir de l'empathie, et que pourtant tout éloigne de l'espèce humaine (du moins est-ce le vœux d'en être éloigné le plus possible pour le plus grand nombre des êtres humains).  Une empathie que je le soupçonne lui-même d'entretenir via son passe-temps. 

Autre tour de force, je ne serais pas étonné que nombre de lecteurs prennent, petit à petit, le parti des antagonistes du genre humain, au fur et à mesure des événements et autres nombreuses péripéties qui rythment cette ambitieuse aventure. Ce qui, sans le talent de l'auteur, n'aurait eu aucune chance d'arriver.  

Adian Tchaikovsky est un auteur dont l'étoile n'est pas près de faiblir. Et que j'espère revoir très rapidement sous nos latitudes.
 _____________________
*En effet, il vous en coûtera 24 euros si vous choisissez le format broché, et 16,99 € pour la version numérique. Tout cela disponible chez Denoël, dans la désormais célèbre collection LUNES D'ENCRE.      

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le pot au noir [Robert Ferrigno / Hubert Galle]

Ce roman m'a été recommandé par Duane Swierczynski [Pour en avoir +]. Jeune lecteur encore adolescent, assidu de Sf et de fantastique, Swierczynski est entré dans le monde du polar et du thriller, grâce au roman de Robert Ferrigno.
« Le pot au noir » commence comme un roman policier tout ce qu'il y a de plus conventionnel : une disparition inquiétante, un suspect tout ce qu'il y a de crédible, et un duo de flics. L'ambiance rappelle celle de la série «Miami Vice», mais l'histoire se passe sur la côte Ouest des U.S.A..
D'une certaine manière, les premiers chapitres pourraient desservir ce roman, en en cachant ce qui fera son originalité, sous le vernis du tout venant.
Sauf que dès le départ, Robert Ferrigno, traduit par Hubert Galle pour les éditions Flammarion, a la bonne idée de peupler son ouvrage de personnages atypiques qui réussissent à captiver l'attention. La quatrième de couverture ne se prive d'ailleurs pas de l'annoncer (même si je ne m'e…

Deathlok [Charlie Huston / Lan Medina]

Les remakes, relaunchs, reboots, voire les réécritures de « classiques » façon littérature de genre, sont devenus omniprésents dans le divertissement de masse. Rien qui ne puisse, un jour ou l'autre, se voir  « updater ».
En 2009-2010, c'est au tour de Deathlock, un personnage créé par Rich Buckler & Doug Moench pour Marvel [Pour en savoir +], et qui n'a jamais vraiment trouvé sa place chez l'éditeur des Avengers et consorts, de se voir offrir un nouveau tour de piste. C'est à Charlie Huston, auréolé de son run sur la série consacrée à Moon Knight, qu'on a commandé un scénario qui devra tenir sept numéros mensuels. Huston est, avant de travailler pour la Maison des idées™, d'abord connu pour ses romans. C'est via son agent littéraire qu'il a mis un pied dans la BD, au moment où Marvel recrutait en dehors de sa zone d'influence. Cela dit, il reconnaît une attirance pour la SF contractée dès son plus jeune âge ; et particulièrement pour les u…

Blues pour Irontown [John Varley / Patrick Marcel]

Ça commençait plutôt mal. 
L'idée d'un détective privé du futur, fondu de ses lointains confrères des années 1930, avait tout d'un Polaroid™ bien trop souvent photocopié. Mais peut-être que cet amour des privés made in Underwood© allait-il être de la trempe du fusil de Tchekhov ?
Si la présence, dès les premières pages, d'une « femme fatale », semble donner le ton. Si l'ombre porté du Faucon maltais ne fera que se renforcer. La profession de détective privé semble aussi utile à l'intrigue du roman qu'un cataplasme à la moutarde sur une jambe de bois. 

       Une intrigue qui, nonobstant le titre du roman, tient plus de la berceuse que du blues.   

Fort heureusement, John Varley gratifie son roman d'une très belle idée ; au travers du personnage nommé Sherlock. Rien qui ne rattrape totalement l'ennui profond d'une enquête poussive, et  au final, sans grand intérêt. Mais les chapitres racontés par ledit Sherlock sont les plus intéressants, les plus ém…