Accéder au contenu principal

GRIMJACK

       Dans son éditorial pourrait-on dire, du premier numéro de la série régulière, en 1984 (GRIMJACK a commencé de paraître en bande de complément (back-ups) de la série Starslayer en 1983), John Ostrander - le co-créateur avec Timothy Truman du personnage - explique que GRIMJACK est né de sa volonté de fusionner les genres dits de sword-and-sorcery (on parle plus volontiers d'heroic fantasy dans l'Hexagone) avec celui du hard-boiled detective (plus communément appelé roman noir en France) à l'instar de Robert E. Howard (auteur pour lequel il a beaucoup d'admiration) qui d’après Ostrander a  justement combiné la pulp horror story et la pulp adventure story pour en faire le sword-and-sorcery (disons en 1929 avec Kull le conquérant) dont le héros emblématique du genre est certainement Conan.

Or donc, puisant dans la kermesse héroïque des pulp magazines en ce qui concerne le sword-and-sorcery, Ostrander y puise également son deuxième ingrédient, le roman policier hard-boiled. Deux genres qu'il affectionne. 
C'est dans Black Mask, l'un des plus fameux  pulp de l'époque que naîtra - aux alentours de 1923 - la "hard-boiled school of writing" dont l'un des représentants (et fondateur du genre) n'est autre que Dashiell Hammett.

Le roman policier hard-boiled nous dit Robert Louit en août 1968, se distingue par une écriture brutale, lucide et dépouillée, appelée à bouleversé l'écriture romanesque dans son ensemble ; Raymond Chandler à qui l'on doit dit-on l'utilisation du terme hard-boiled (qui peut se traduire par "dur à cuire") expliquera que Dashiell Hammett  a remis l'assassinat entre les mains des gens qui le commettent pour des raisons solides et non pour fournir un cadavre à l'auteur
L'auteur visé est ici en l’occurrence celui des romans de meurtre en chambre close.    
Patrice Louinet dans son introduction au premier volume des aventures de Conan trace un parallèle entre Dashiell Hammett et Robert Ervin Howard (les deux inspirateur de John Ostrander au travers des genres dans lesquels ils ont œuvré), ce dernier posant les bases de l'heroic fantasy moderne en revitalisant et en américanisant le genre ; alors qu'Hammett inventait un nouveau genre : "Les nobles héritiers plongés dans leur quête initiatique et les détectives amateurs ou philanthropes, héros privilégiés (et souvent issus du Vieux Continent) de ce genre de récits, venaient brusquement de se faire bousculer par des personnages violents, pragmatiques et au langage volontiers grossier." 
Afin de préciser les contours du roman noir, lisons ce que Thomas Narcejac écrivait en 1949 à son propos : "[..] Ce qui est noir, [..], ce n'est pas, [...] sa violence, sa crudité ; ce n'est même pas le désespoir qu'il peut éveiller chez le lecteur facile à suggestionner, c'est quelque chose de plus foncier et de plus mystérieux que l'on pourrait définir en disant qu'il nous présente le monde comme un TRAQUENARD. [..]"
Cette vision qu'a Thomas Narcejac du roman noir s'applique selon moi, sans coup férir, à la série GRIMJACK.


Commentaires

  1. Aaaah, me voilà fort aise de découvrir que je ne suis pas le seul fan de John Gaunt, dans ce pays !!!!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je me demande si ce n'est pas un de tes articles qui m'a donné envie de lire cette série [-_ô].

      Supprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

David Galula et la théorie de la contre-insurrection [Driss Ghali]

D avid G alula (1919-1967) est un stratégiste français, passé par Saint-Cyr , qui a participé à la seconde Guerre Mondiale, et à la guerre d'Algérie.             Attaché d'ambassade en C hine auprès du colonel J acques G uillermaz à partir de 1945, puis membre de la commission spéciale des Nations Unies dans les Balkans , il a l'occasion d'observer de très près la guerilla qu'y livre M ao T sè- T oung, ainsi que la guerre civile grecque. De 1951 à 1956 il est attaché militaire à H ong-Kong où il rencontre notamment des spécialistes américains et anglais de la contre-insurrection. Laquelle deviendra son champ d'expertise, fort de ce qu'il a appris en Chine et en Grèce .             De 1956 à 1958, il mettra en pratique ses théories en Algérie où il est affecté, et plus précisément dans le djebel Mimoun , en Grande Kabylie .          ...

Le KU KLUX KLAN (3)

... Quelque soit son véritable poids idéologique ou même politique aujourd'hui, le Ku Klux Klan a déteint sur la culture de masse ; qui n'a pas entendu parler de la célèbre marque de cigarettes  Marlboro et des trois "K" présents sur son paquet, d'un homme qui en regarde un autre pendu (dont on ne verrait que les jambes), et sur la troisième image : la silhouette d'un Klansman ...  (liste non-exhaustive) . Marlboro n'est d'ailleurs pas la seule marque de cigarettes à avoir eu droit à des investigations sur la signification du design de son paquet de cigarette, Camel aussi. Dés les débuts du Klan , le bruit court que ces cavaliers "surgis hors de la nuit" sont les fantômes des soldats Confédérés morts au combat, des soldats qui ayant vendu leur âme au Diable sont de retour ici-bas et annoncent l'Apocalypse. Le nom même du groupuscule a longtemps était entendu comme le bruit que fait la culasse d'un fusil lorsqu'on l...

Citizen Vigilante [Uwe Boll / Armie Hammer]

Interdit en Allemagne , ce qui lui a fait profiter de l’Effet Streisand™ (du moins sur X ® ) Citizen Vigilante est donc le dernier film en date du réalisateur allemand U we B oll - « le pire des meilleurs réalisateurs ou le meilleur des pires réalisateurs », a-t-on pu dire de lui.              L’argument du film est celui-ci : un riche Américain, Sanders ( A rmie H ammer, impeccable comme le reste de la distribution), ex-militaire, décide de palier l’incurie du système judiciaire d’un pays d’ Europe en appliquant une justice expéditive en dehors de tout cadre légal ( vigilantism ).              Compte tenu du courage politique d’ U we B oll, son film ne fera pas parler de lui. À l’instar cela dit, de ce qu'il montre.  Car B oll s’attaque à une « vache sacrée » des démocraties occidentales : la surreprésentation de l’immigration de masse dans les crimes et délits. Mais aussi et surtout, la protection dont bénéf...