Avec son roman Ishmael Reed nous plonge dans les années 20, les Roaring Twenties, des années rugissantes où les États-Unis (et le monde, mais n'est-ce pas la même chose) sont l'objet d'une conspiration ; un thème cher à l'époque à laquelle a été écrit l'ouvrage : 1972. Ou le complot en tant qu'allégorie d'un système.
Deux factions s'affrontent en plein cœur de Harlem : une mystérieuse société secrète Les Compagnons de la Fleur de Muraille, que le traducteur - Gérard H. Durand - aurait pu traduire, nous dit-il dans sa préface par L'Ordre de la Tapisserie ; c'est-à-dire ceux qui font justement
« tapisserie », autrement dit qui ne dansent pas, et le détective astral PaPa LaBas et ses amis.
Si PaPa LaBas est un détective de l'étrange c'est aussi un homme gris-gris, un adepte du Houdou, terme apparu au XIXe siècle, une magie qui s'est épanouie sur le contient nord-américain de la rencontre des croyances importées d'Afrique avec les influences venues de Cuba et intégrant les savoirs des Amérindiens, notamment en herboristerie.
L'enjeu du combat que mènent les deux groupes est ni plus ni moins que le jes' grew.
Le mumbo jumbo du titre renvoie à plusieurs choses : ça peut-être le terme qui désigne le parlé des Noirs aux U.S.A., ça peut-être une manière humoristique de nommer le jargon incompréhensible de certaines professions, ou la croyance en quelque chose (les fantômes par exemple) auquel celui qui en parle ne croit pas.
Pour Ishmael Reed il s'agit d'un terme, issu du manding, qui désigne « le magicien qui met en fuite les esprit en peine des ancêtres », comme il le précise à l'aide d'une définition de The American Heritage Dictionary of the English Language. D'ailleurs le romancier utilise tout au long de son roman, mais avec parcimonie et beaucoup de justesse des coupures de journaux, des flyers, des photographies ou de dessins qui, intégrés au texte l'enrichisse.
Et le jes' grew ?
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Jes' grew c'est littéralement le « juste poussé », le « naît-comme-cela » et « grandir comme Topsy » est devenu dés lors une expression (un peu tombée en désuétude aujourd'hui) signifiant une croissance imprévue, ou impressionnante.
Ainsi, à l'instar de Topsy le djeuze grou est une force apparue spontanément et plutôt difficile à définir.
En lisant ce roman j'ai fait un parallèle entre le djeuze grou et la volonté de puissance telle que définie par Friedrich Nietzsche c'est-à-dire, pour faire court, le désir d'exprimer la vitalité qui est en nous. En l’occurrence, on apprendra que le ragtime, le jazz et le blues sont des symptômes du djeuze grou, et que le blues par exemple est un loa c'est-à-dire un esprit dans la religion vaudou (qu'il ne faut pas confondre avec le houdou). Or donc en presque 300 pages Ishmael Reed nous fait découvrir ce qu'est le djeuze grou, en en faisant remonter l'origine à Osiris ce qui nous permet d'en apprendre un peu plus sur l'Histoire (celle avec une hache majuscule) dans une version « Aventure secrète » qui n'a rien a envier au Matin des Magiciens. On y apprend l'origine de la tauromachie et on croise des personnages au nom évocateur : Biff Musclewhite, ou aux activités étonnantes tels les Mu'tafikah. Sans oublier un personnage cher à mon cœur le trickster. Ainsi vous l'aurez compris, Mumbo Jumbo est un roman très divertissant et sur lequel on a de cesse de réfléchir. Une belle découverte en ce qui me concerne et un très bon moment de lecture. |
« Juste Cause 1995 » est un film qui cache admirablement son jeu. Paul Armstrong , professeur à l'université de Harvard (MA), est abordé par une vieille dame qui lui remet une lettre. Elle vient de la part de son petit-fils, Bobby Earl , accusé du meurtre d'une enfant de 11 ans, et qui attend dans le « couloir de la mort » en Floride . Ce dernier sollicite l'aide du professeur, un farouche opposant à la peine capitale. Dès le départ, « Juste Cause 1995 » joue sur les contradictions. Ainsi, Tanny Brown , « le pire flic anti-noir des Everglades », dixit la grand-mère de Bobby Earl , à l'origine de l'arrestation, est lui-même un africain-américain. Ceci étant, tout le film jouera à remettre en cause certains a priori , tout en déconstruisant ce que semblait proposer l'incipit du film d' A rne G limcher. La déconstruction en question est ici à entendre en tant que la mise en scène des contradictions de situations ...
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