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Le Héros aux mille et un visages : Moon Knight

Moon Knight
partage, avec deux autres figures de l’écurie Marvel™, une naissance commune et un destin peu commun. Tous trois ont en effet été inventés pour servir de chair à canon au protagoniste de la série où ils apparaissaient pour la première fois. 
            Chronologiquement, The Punisher (créé en février 1974) se voit opposé à Spider-Man dans les pages de The Amazing Spider-Man #129 ; huit mois plus tard, c’est au tour de Wolverine d’affronter Hulk dans The Incredible Hulk #181. Enfin, last but not least : Moon Knight (MK) est introduit au cours de l’été 1975 dans la cour des grands (mais par la petite porte). 
            Il est en effet engagé par l’énigmatique Comité® pour traquer l'aujourd’hui très confidentiel Jack Russell, alias Werewolf by Night, loup-garou éponyme de ce mensuel. 
            Par un phénomène rare dans l'histoire des comics, ces trois personnages — qui ne devaient être que les « super-vilains » du mois — ont connu un destin extraordinaire. Devenus des figures de premier plan de la Terre-616, ils ont aussi, tous les trois, obtenu une transposition cinématographique ou cathodique. 
            Si, dans les années 1970, je n’étais pas un fan acharné de MK comme pouvait l’être Ralph MACCHIO — alors assistant editor de la Maison des Idées™ —, je me souviens très bien de ma première rencontre avec ce personnage dans le dix-septième numéro du mensuel NOVA des éditions LUG™. Il avait alors encore sa cape attachée aux poignets. Ce que MACCHIO exigera d’ailleurs de modifier par la suite, selon les souvenirs de Doug MOENCH. 
             Ayant échappé de peu à « Moonblood » — une surabondance de noms de code sanglants incitera le scénariste et co-créateur, Doug MOENCH, et la rédaction à préférer finalement Moon Knight —, le Chevalier de la Lune bénéficie, au cœur des seventies, de l'essor que connaît alors le surnaturel au sein de la Marvel™. MK est à l'époque destiné à être, comme dit précédemment, un adversaire parmi d'autres du loup-garou Jack Russell. 
            Marc Spector
, alias Moon Knight est un mercenaire, recruté et équipé de pied en cape (sic) par le mystérieux Comité® (déjà évoqué), pour capturer Jack Russell, lycanthrope à son corps défendant. Deux épisodes plus tard, MK prendra fait et cause pour son adversaire hirsute devant le traitement cruel qui lui était promis. C’est Don PERLIN qui crée le design contre-intuitif du personnage, et qui dessine ces deux épisodes séminaux de Werewolf by Night. 
            Ensuite, pendant trois ans, Moon Knight meublera les pages de différents comic books, souvent en tant qu’invité, avant de s’installer plus durablement, en série de complément, dans les pages de The Hulk, et d’y occuper le premier rôle (en backup). Même si The Hulk est, avant tout consacré au Géant vert ! 
            Ce choix se fait à l’instigation de Ralph MACCHIO, lequel — fan inconditionnel du personnage, cherchait du contenu supplémentaire (backup) pour ce magazine, qui devait passer à la couleur (pour surfer sur le succès de la série télévisée avec Bill BIXBY & Lou FERRIGNO). Ce format hybride — la taille d’un magazine, mais en couleur (contrairement aux magazines de Marvel™ en Noir & Blanc) — offrait une grande liberté éditoriale, affranchi qu’il était du contraignant Comics Code Authority© (CCA). 
            Après le très bon combo Gene COLAN encré par Tony DEZUNIGA (supra), et la nettement moins bonne association de Keith POLLARD, encré par Frank GIACOIA & Mike ESPOSITO des deux premiers épisodes (The Hulk #11 & #12), c’est un jeune Bill SIENKIEWICZ qui va prêter son talent aux aventures de Moon Knight. 
            Le dessinateur est alors encore très influencé par Neal ADAMS, ce qui a d’ailleurs joué en sa faveur auprès de l’editor in chief Jim SHOOTER. Soutenu, et surtout protégé par Ralph MACCHIO, SIENKIEWICZ s’émancipera rapidement de l’ombre tutélaire d’ADAMS pour se diriger vers un dessin de plus en plus expérimental et personnel. 
            Si Doug MOENCH n’a pas écrit tous les épisodes où Moon Knight cachetonnait précédemment dans les séries des autres — avant son arrivée dans les pages de The Hulk, il est par contre de retour dès que MK s’y installe. 
            Petit retour en arrière : dès Marvel Spotlight #28-29 (juin et août 1976), un comic book anthologique et d’essai, MOENCH avait adjoint de nouvelles identités à Marc Spector. 
Pour l'anecdote, ce patronyme civil était celui d'un employé (en chair et en os) de la célèbre boutique de BD new-yorkaise, le Supersnipe Comic Book Emporium, employé qui avait demandé à MOENCH, qu’il connaissait bien, si ce dernier pouvait appeler l'un de ses personnages Marc SPECTOR, son propre nom. Plus tard, il plaisantera, assurant n’avoir jamais touché de royalties ! 
            Spector donc, mais celui de la BD, se déguisera désormais sous d'autres identités : celle du milliardaire Steven Grant ; pour blanchir son argent et financer ses gadgets, et celle du chauffeur de taxi Jake Lockley ; pour obtenir des tuyaux dans les milieux interlopes. Mais il ne s’agit pas (encore) du trouble mental qui caractérise si bien MK depuis. 
            Cependant, si dans les pages de The Hulk, le trouble dissociatif de l’identité (TDI) de Marc Spector n’est donc pas encore thématisé, rétrospectivement, l’ambiance de ces épisodes — plus violente que dans un comic book assujetti au CCA© — semble déjà en paver l’arrivé. 
            Lorsqu’en novembre 1980 Moon Knight gagne enfin son propre titre, Doug MOENCH pose de nouvelles fondations mystiques et psychiatriques, sans gommer toutefois que Spector est un ex-soldat de fortune. Cette démarche, qu’on appellerait certainement aujourd’hui un retcon ; mais puisque le terme n’existait pas alors, et que MK n’avait certainement pas une fanbase très solide après seulement 5 ans d’existence et une poignée d’aventures disparates, la transition se fera le plus simplement du monde. 
            MOENCH quittera finalement la série au trente-troisième numéro, SIENKIEWICZ étant parti trois numéros plus tôt. Pour laisser la place à Tony ISABELLA puis Alan ZELENETZ qui pousseront la série, successivement, jusqu'à son terminus au n°38. 
Un an après, ZELENETZ reviendra sur le personnage avec la mini-série Fist of Khonshu, mais l’essai ne sera pas transformé et MK rejoindra les West Coast Avengers. Il y regagnera suffisamment de popularité pour obtenir — de nouveau — titre solo testostéroné et plutôt street-level  : Marc Spector: Moon Knight, sous la houlette de Chuck DIXON. 
            Cette série de 60 numéros (dont DIXON écrira les 24 premiers) restera la plus longue consacrée au Chevalier de la Lune... avant que n’arrive Jed MacKAY. 
Mais ne brûlons pas les étapes ! 
             Durant la mini-série Fist of Khonshu, puis au sein des WCA, et lors de la reprise de DIXON ; Moon Knight deviendra au fur et à mesure un super-héros plus traditionnel... et qui trouvera la mort dans le soixantième et dernier numéro de cette série. 
            Doug MOENCH sera rappelé pour ressusciter notre héros. Il s’empressera de réinstaller la mythologie égyptienne ainsi que le TDI, mais cela n’aboutira pas à une relance solo. Il faudra attendre 2006 et Charlie HUSTON pour s'engager sur 30 numéros, ultra-violents (dont 13 signés de HUSTON).  
Moon Knight y sera plus sombre, traumatisé et cliniquement instable que jamais. Une mise sur orbite qui bénéficiera du talent et de la popularité de David FINCH, avant que d’autres dessinateurs prennent la relève. 
            BENDIS, à qui il est difficile d’échapper à cette époque chez Marvel™, change radicalement de braquet : Marc Spector déménage à Los Angeles et devient le producteur d'une série télévisée basée sur sa propre vie. 
            Pendant cette période à L.A., Spector troque son TDI pour des conversations hallucinatoires avec Spider-Man, Wolverine et Captain America. Je ne suis pas sûr qu’il ait gagné au change !  
            Warren ELLIS remet heureusement le personnage sur ses rails en quelques numéros et invente, avec l'aide de Declan SHALVEY, l'identité de « Mr. Knight » (idée esquissée dans ses Secret Avengers), un consultant en costume trois pièces, et d’autres facettes qui ne seront pas oubliées par tout le monde. Se succèderont Brian WOOD, Cullen BUNN ; puis Jeff LEMIRE pour un run que d’aucuns qualifient de chef-d’œuvre (mais qui sans le magnifique travail de Greg SMALLWOOD, m’aurait terriblement ennuyé). Max BEMIS reste lui aussi dans la tête de MK, ce qui est un peu la marque de fabrique de ce scénariste. 
            S’ensuivra une traversée du désert de trois ans (2018-2021) — rien que de très normal pour un adepte de Khonsou —, avant l’arrivée de Jed MacKAY pour un mandat qui dure encore aujourd’hui. Mission (sic) que je vous propose de découvrir prochainement. 
 
(À suivre…)

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