samedi 26 novembre 2011

Immortalité Quantique

... Depuis quelque temps déjà, je m’intéresse de prés à l'utilisation du Quatrième mur dans les oeuvres de fictions, et plus particulièrement aux personnages capables d'en déjouer les règles. Voire de jouer les passe-murailles.
... Vous savez certainement que le Quatrième mur est une convention qui nous vient du théâtre ; ce mur imaginaire se trouve entre la scène & la salle, entre les acteurs & les spectateurs. Il permet à ces derniers de voir la pièce mais isole les comédiens de la salle et les empêche d'interagir avec le public. Dans ce dernier cas la réciproque est également vraie. 
D'une certaine manière la scène (que l'on peut représenter comme une boîte) ne prend forme qu'à partir du regard du spectateur, mais ce regard doit être nié pour pouvoir créer l'illusion du "vrai".

Dali sub Atomicus
... En 1927 deux physiciens (Niels Bohr & Werner Heisenberg) fondent une nouvelle orthodoxie dans le but de donner la véritable description de la réalité face à la révolution conceptuelle qu'apporte la théorie quantique : l'interprétation de Copenhague.

La mécanique quantique est la théorie mathématique & physique qui décrit la structure et l'évolution dans le temps & l'espace des phénomènes à l'échelle de l'atome et en dessous. Le monde quantique est étrange : le flou probabiliste y régne, il indique la structure sous-jacente aux phénomènes qui est au-delà de l'espace & du temps.

Selon cette interprétation, au moment où l'observateur effectue une mesure, les diverses possibilité décrites par la fonction d'onde se réduisent à une seule : contrairement au monde quantique qui accepte l'existence d'états "superposés", le notre n'en accepte qu'un seul.
L'expérience (de pensée) du chat de Schrödinger illustre bien cette interprétation.


Darwinisme quantique
Dans sa boîte fermée le chat est à la fois mort & vivant, c'est le résultat de la mesure effectuée par l'observateur qui réduit les possibilités à une seule. D'une certaine manière on peut dire que la mécanique quantique est une théorie de la mesure.


... En 1957 Hugh Everett soutient sa thèse sur les fondements de la mécanique quantique dans laquelle il décrit la façon d'éviter la réduction de la fonction d'ondeles mondes multiples : dés lors il n'y a plus "réduction" mais dédoublement de l'univers et donc création d'un plurivers (ou omnivers, ou encore multivers).
FLASH 1, 2, 3 ...
Ainsi, la Crise en des Terres Infinies orchestrée par DC Comics sous la direction, de Marv Wolfman & de George Pérez au milieu des années 80 est-elle une belle illustration de l'interprétation de Copenhague ....

Interprétation de la mécanique quantique de "Copenhague"
Manière de rendre plus confortable la confrontation avec les implications de la théorie quantique concernant la nature de la réalité. Au moment de l'observation, le résultat dans un des univers est supposé devenir réel et les autres univers - même ceux qui ont contribué à ce résultat - sont considérés comme n'ayant jamais existé. [...]
David Deutsch - L'étoffe de la réalité

 ..... et la maxi-série 52 en est-elle la révision au travers de la thèse d'Everett.

Observables romanesques
... La problématique de la physique quantique reste donc celle de l'Observateur, sa représentation du monde change en fonction des résultats des mesures dont il dispose. En outre, si l'on souscrit à l'hypothèse d'Everett notre monde fait partie d'un plurivers dans lequel les différents univers dits fictifs cohabitent. Or donc qui est l'Observateur dans ce plurivers ? 
Le lecteur ? Le narrateur ? L'auteur ? 
Car il apparaît que certains personnages sont capables de nous voir, et que certains auteurs peuvent se retrouver dans leurs fictions (ou celle des autres).
Seven Soldiers of Victory
Ainsi il me semble indubitable que certains habitants du plurivers sont dotés d'une conscience quantique à plus ou moins long terme, ce qui leur permet une perception atypique de l'univers qui nous entoure. Cette faculté est peut-être à rapprocher de l'esprit bicaméral théorisé par Julian Jaynes (?).

Bien que l'histoire n'ait pas de sens, 
nous pouvons lui en donner un.
Karl Popper


... Intégrer l'idée d'habiter un plurivers, induit celle me semble-t-il d'immortalité quantique : mourir dans un univers c'est continuer à vivre dans une multitude d'autres comme nous le prouve l'aventure qui suit.

Une aventure qui synthétise tout ce que j'ai pu dire dans ce billet ; on y voit Starr roi d'un âge hyborien défendre son royaume contre un dangereux magicien, tué par ce nécromant, à son insu et pour cause, il se retrouve au XXième siècle face à son créateur Len Carson puis, endormi aux pieds de son palais. 
Si Starr n'a pas conscience de dériver dans le plurivers, le lecteur lui peut s'en rendre compte.  

À tout honneur tout seigneur, je dois la redécouverte de cette histoire à Catmanu dans une discussion (ou vous pourrez lire l'aventure de Starr dans une autre version que celle proposée ici) consacrée à Grant Morrison, ce qui par ailleurs n'a rien d'insolite puisque ce récit met en scène moult idées que l'on retrouvera chez l'auteur Écossais dont l'hypercompression.



















L'Inattendu n°10 octobre 1977
Les articles sur le chat de Schrödinger et sur Hugh Everett sont extraits du numéro 395 du magazine Pour la science et plus précisément de l'article de Jean-Paul Delahaye.
La lecture de l'essai de David Deutsch L'étoffe de la réalité, de Solutions non satisfaisantes d'Ugo Bellagamba & Eric Picholle ainsi que l'article de ce dernier dans le Bifrost n°57, sans oublier Et dormir dans l'oubli comme un requin dans l'onde de Steven Hall m'ont grandement aidé dans la rédcation de ce billet. Merci à tous.   

5 commentaires:

  1. Excellent, tout ça. Tu sais, Artie, je pense que tu devrais écrire un bouquin sur tout ça. Un jour. Ou publier un recueil d'article. Genre "Boîte à outil pour l'écrivain quantique" ou "Parkour du combattant littéraire". Ou au moins un e-book, à la limite.

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  2. Merci, en tout cas je vais réfléchir à tes suggestions [-_ô].

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  3. Au risque d'opérer une capillo-quadri-sectomie, L'expérience du chat de Schrödinger n'implique pas que le chat reste "mort-et-vivant tant que l'on a pas ouvert la boite", comme le voudrait un nombre incalculable d'auteurs SF (Dan Simmons au hasard), mais elle sert juste à pointer le paradoxe suivant : l'état du chat est stable, il est soit soit mort, soit vivant (comme tout objets de notre vie quotidienne) alors que l'état de la particule elle est toujours indéterminée.
    Il y a donc un problème le long de la "chaîne" : à partir de quelle dimension les états quantiques ne sont-ils plus actif

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  4. Merci de tes précisions, et de ton passage.

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  5. Après toute cette théorie, j'ai la binette en feu mais je suis diantrement captivé.
    Du coup, je plussoie ce que dit Edmond le roi du slip concernant "La boite à parkour du combattant quantique."

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