mardi 31 mai 2011

Flex Mentallo & le pop art

... Titre programmatique s'il en est, Flex Mentallo s'il est né de l'imagination de Grant Morrison est avant tout - avant même son origine telle qu'énoncée dans les pages du numéro 42 de la Doom Patrol - le fruit du pop art.


Pas celui d'outre-Atlantique mais plutôt celui d'outre-Manche, ce qui convient assez bien à un magicien, vous en conviendrez. 

... Or donc c'est en Angleterre que s'écrit ce que les spécialistes appellent la pré-histoire du pop art, et très précisément au sein de l'Independ Group (IG). 

Fondé en 1948 par Herbert Read l'IG rassemble des peintres, des sculpteurs, des architectes, des auteurs et des critiques ; un groupe  interdisciplinaire au sein duquel la réflexion théorique sur les techniques artistiques appliquées à l'industrie et les débats sur la formes de la culture populaire : musique, science-fiction, roman noir, publicité, cinéma mais aussi télévision sont la règle.

C'est en 1952 qu'un jeune Écossais, Edouardo Paolozzi  membre de l'IG y présente une conférence et utilise une série de collages qu'il avait assemblée durant son passage à Paris entre 1947 et 1949. Ces collages étaient constitués de publicités, de personnages de bandes dessinée, de couvertures de magazines etc ... ; des produits d'une production de masse  et l'expression de l'American way of life.  
 

... La fascination pour l'Amérique des années 50/60 par une grande partie du monde occidental n'est plus à démontrer. Ainsi, si les U.S.A sont en pleine expansion économique ce n'est pas le cas de la Grande-Bretagne qui se remet lentement des conséquences de la Seconde Guerre mondiale et, lorsque le "Rêve américain" recommence à illuminer les rue de Londres, les artistes n'y restent pas insensibles. Sans pour autant se départir d'un esprit critique : en 1963 Herbert Read publiera un " véritable brûlot" anarchisant" source To Hell with Culture (Au diable la culture).

Mais revenons à Edouardo Paolozzi et à l'année 1952, lors de sa conférence où l'un de ses collages présente la première utilisation du mot "pop".
Cette œuvre intitulée I was a rich man's plaything nous intéresse à plus d'un titre.



C'est en quelque sorte de l'hypercompression morrisonienne avant l'heure où "tout une saga peut être réduite à une case" (Yann Graf), ici c'est le rêve américain tel que véhiculé par Hollywood qui se trouve condensé en une "page", et là (infra) "la période Neal Adams sur le Batman en une page" (ibid) ...


En outre ce pistolet qui fait feu sur le mot "pop" est me semble-t-il l'expression d'un refus : celui de la dichotomie entre l'art populaire, ce à quoi renvoie le mot "pop" et la "haute culture" de l'Etablishment ; car de toute évidence ces collages propulsent la culture de masse au rang d'œuvre d'art tout en posant la question : Qu'est-ce qu'une œuvre d'art ?

S'il s'agit avec le pop art d'abandonner le "pittoresque d'hier pour le banal d'aujourd'hui" (Pierre Wat), le banal est pour le moins ambigu  : une bouteille de Coca-Cola® ou une boîte de soupe Campbell® "sont-elles vraiment des objets banals ou bien des images si renommées qu'elles accèdent au statut d'icônes modernes" (ibid). Morrison a répondu à cette question dans sa mini-série Marvel Boy.

Bunk ! Evadne in Green Dimension 1952
... Quelque part le pop art britannique annonce ce que sera la Magie du Chaos et, mais là peut-être plus sous l'influence du pop art étasunien, la vague punk ..

J'ai été emporté par l'élan du pop art en 1966. [..] Il m'a conduit à cesser de reproduire l'environnement, pour intervenir directement dessus [..] et de façonner de jeunes êtres enfantins, irrespectueux et haineux. [..] Eux c'était les punks.
Macolm McLaren
... il est en tout cas (à) l'origine de Flex Mentallo !



L'émission sur le pop art est disponible sur l'excellent site 2000 ans d'histoire.
Merci au Velvet Underground.

(À suivre ....)

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