Accéder au contenu principal

Flex Mentallo, les origines secrètes

... Flex Mentallo est un personnage qui apparaît pour la première fois dans les pages de la Doom Patrol (série que Grant Morrison a revitalisée à partir de 1989) d'abord dans le numéro 35 sans que l'on connaisse son identité ; et dans le numéro 42 où nous sont dévoilées ses origines ; ce qui loin d'être une coïncidence, n'est-ce pas !?



Non évidemment ce n'est pas une coïncidence, car la réponse à La grande question sur la vie, l'univers et le reste est 42. Étonnifiant non ?!

Cette synchronicité est indubitablement un indice : la quarantaine de numéros qu'a écrit  Grant Morrison  n'est rien d'autre qu'un rébus qui cache un mystère : le musculeux Flex Mentallo lui-même.

Un personnage dont je vais tenter en utilisant entre autre la méthode dite de Krypto-révisionnisme (Cf. S. Grant & M. Evanier), d'extraire les origines.

KRYPTO-RÉVISIONNISME

le krypto-révisionnisme est une approche apparue lors d'une discussion entre Steven Grant & Mark Evanier, lesquels discutaient de la propension de certains scénaristes à effacer tout (ou presque) le travail de leurs prédécesseurs : "Tout ce que vous aviez à propos de  (...) est faux."
Or, si les scénaristes peuvent décider d'inclure ou d'exclure tel ou tel épisode  d'une série, pourquoi n'en serait-il pas de même pour le lecteur ou le spectateur  ?
Ainsi Mark Evanier a-t-il décidé à l'époque que dans son "DC personnel" Krypto le super-chien est-il encore vivant ; d'où le nom de krypto-révisionnisme construit sur le terme de cryptozoologie lequel désigne cette science qui avance la survivance d'animaux que d'aucuns affirment disparus.



Flex Mentallo est par ailleurs un personnage pour le moins paradoxal, ainsi a-t-il pas eu l'honneur de rencontrer quelques déboires dans notre continuum espace-temps, en plus de ses aventures de papiers, un privilège somme toute assez rare.

Or donc, je précise que je ne vais m'intéresser à ses origines d'encre & de papier que d'une manière évanescente (celles-ci étant par ailleurs assez explicites), ce qui me préoccupe ici ce sont plutôt les codes d'engendrement  qui ont participé  à son avènement. Des codes qui se trouvent bien entendu dans l'esprit même du scénariste écossais.  

 
Le monde comme une société secrète ....

... Il apparait manifeste que Grant Morrison a choisi de s'inspirer d'une des nombreuses publicités que faisait paraitre Charles Atlas dans les revues de bandes dessinées étasuniennes pour nous dévoiler la genèse  de son personnage  ....


Des publicités destinées à faire de nous des athlètes aux moyens de techniques autant révolutionnaires & rapides que secrètes, voire ésotériques. 
Ces publicités ont également inspiré une contre-partie francophone que l'on retrouvait dans notre Hexagone il y a quelques années, au sein de fascicules bigarrés adaptant des bandes dessinées U.S (essentiellement chez l'éditeur Aredit/Artima).   



Si la forme que prennent les origines de Flex Mentallo est quasiment un "copier-coller" d'une de ces publicités, le pouvoir de Flex Mentallo s'inspire aussi clairement de la Dynamic Tension®, le système mis au point par Atlas pour se forger un corps d'athlète.


D'où le patronyme du personnage d'ailleurs Flex Mentallo, véritable nom programmatique. Le "Flex" dont il est question ici correspond au verbe français "bander" comme dans bander ses muscles en relation direct avec la  Dynamic Tension® ; "Mentallo" quant à lui renvoie au mental, à l'esprit (mais vous l'aviez déjà compris ); nous verrons plus tard plus précisément à quoi tout cela peut correspondre.

Toujours est-il que l'idée de s'inspirer de ces publicités n'a pas été du goût de tout le monde est que jusqu'à récemment la réédition de la mini-série (1996) que Morrison et Frank Quitely avaient consacrée au personnage était bloquée.  Mais étrangement cet oukase ne concernait pas les épisodes de la Doom Patrol où il apparaissait, et surtout où avaient été publiés les origines en question.


Mais au fait qui était Charles Atlas, et quid de sa Dynamic Tension® ?


... Charles Atlas est l'un des nombreux maillons d'une chaîne de promoteurs de ce qu'il était encore convenu d'appeler la culture physique. Des Gens comme Alois P. Swoboda ou encore Bernarr MacFadden aux U.S.A (ou Hippolyte Triat et Edmond Desbonnet en France). C'est d'une certaine façon MacFadden qui va lui mettre le pied à l'étrier, en en "faisant" un champion dont il va derechef publier les photos dans ses magazines (l'amateur de masses musculeuses sait que cette pratique a perduré jusqu'à nos jours : voir "l'utilisation" d'Arnold Schwarzenegger par l'empire Weider par exemple).

Physical Culture Magazine 1921
Bernarr MacFadden est en plus d'être un athlète lui-même, un éditeur qui outre les revues de culture physique publie des pulps, des journaux à sensations, ou des magazines consacrés au cinéma. C'est dans cet environnement que Charles Atlas va faire la connaissance de Frederick Tilney avec qui il va commencer à produire des cours de culture physique par correspondance au début des années 20 imitant en cela son mentor Bernarr MacFadden.

... L'histoire veut que ça soit en regardant des félins dans un zoo que Charles Atlas découvrit sa méthode dite Dynamic Tension®. Il observa que tigres et lions obtenaient et maintenaient une magnifique musculature sans utiliser des poids et haltères, et pour cause. Il en déduisit que cette musculature était obtenue par l'interaction antagoniste des muscles. Ce que l'on nomme l'entraînement isométrique : où l'on oppose à l'action d'un muscle celui d'un autre groupe musculaire sans qu'il y ait pour autant de mouvement, car la force utilisée de part et d'autre est identique. Cet état de contraction maximale doit durer environ 6 secondes  


Sur le photo ci-dessus l'action du biceps du bras droit est contrecarré par l'action du triceps du bras gauche, il faut en outre contracter les abdominaux, les muscles pectoraux ainsi que les épaules et le cou. Les exercices de musculation isométriques (ici à mains libres) sont contre toute attente des exercices qui sollicitent fortement l'organisme (ne pas pratiquer sans avis médical).


Toutefois je précise que les cours de Charles Atlas ne proposent pas que des exercices dits isométriques, comme on peut le voir sur les photos ci-dessus  par exemple ; ils proposent aussi des conseils sur la nutrition, ou comment acquérir un "magnétisme physique", des conseils de boxe anglaise et les 15 secrets du Jui Jitsu.

Si Charles Atlas n'est pas le premier à promouvoir les cours à domicile par correspondance, il n'est pas le dernier non plus. En France par exemple, une méthode d'entrainement à domicile a fait un tabac encore tout récemment. 

Comme l'entraînement de Charles Atlas celui d'Olivier Lafay propose (sous la forme d'un manuel disponible en librairie)  de s'entraîner chez-soi sans matériel :


... Après avoir bandé et contracté vos muscles ; dans un prochain billet nous verrons qu'entre Charles Atlas et Olivier Lafay il y a eu moult prophètes de la forme à domicile sans matériel et certains d'entre eux nous feront découvrir le "mental(lo)" de Flex Mentallo .

  Bona to vada !

L'extrait audio est une lecture du Guide du Routard Galactique série de romans de Douglas Adams (également créateur du personnage Dirk Gently). 

Commentaires

  1. Flex Mentallo mon comics le plus trippant,jamais relu de peur d'atténuer la claque initiale.

    RépondreSupprimer
  2. Oui magnifique série que l'on aura peut-être l'occasion de voir traduite en français, puisque DC va - normalement - la publier en hardcover cet automne.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Le pot au noir [Robert Ferrigno / Hubert Galle]

Ce roman m'a été recommandé par Duane Swierczynski [Pour en avoir +]. Jeune lecteur encore adolescent, assidu de Sf et de fantastique, Swierczynski est entré dans le monde du polar et du thriller, grâce au roman de Robert Ferrigno.
« Le pot au noir » commence comme un roman policier tout ce qu'il y a de plus conventionnel : une disparition inquiétante, un suspect tout ce qu'il y a de crédible, et un duo de flics. L'ambiance rappelle celle de la série «Miami Vice», mais l'histoire se passe sur la côte Ouest des U.S.A..
D'une certaine manière, les premiers chapitres pourraient desservir ce roman, en en cachant ce qui fera son originalité, sous le vernis du tout venant.
Sauf que dès le départ, Robert Ferrigno, traduit par Hubert Galle pour les éditions Flammarion, a la bonne idée de peupler son ouvrage de personnages atypiques qui réussissent à captiver l'attention. La quatrième de couverture ne se prive d'ailleurs pas de l'annoncer (même si je ne m'e…

Deathlok [Charlie Huston / Lan Medina]

Les remakes, relaunchs, reboots, voire les réécritures de « classiques » façon littérature de genre, sont devenus omniprésents dans le divertissement de masse. Rien qui ne puisse, un jour ou l'autre, se voir  « updater ».
En 2009-2010, c'est au tour de Deathlock, un personnage créé par Rich Buckler & Doug Moench pour Marvel [Pour en savoir +], et qui n'a jamais vraiment trouvé sa place chez l'éditeur des Avengers et consorts, de se voir offrir un nouveau tour de piste. C'est à Charlie Huston, auréolé de son run sur la série consacrée à Moon Knight, qu'on a commandé un scénario qui devra tenir sept numéros mensuels. Huston est, avant de travailler pour la Maison des idées™, d'abord connu pour ses romans. C'est via son agent littéraire qu'il a mis un pied dans la BD, au moment où Marvel recrutait en dehors de sa zone d'influence. Cela dit, il reconnaît une attirance pour la SF contractée dès son plus jeune âge ; et particulièrement pour les u…

Blues pour Irontown [John Varley / Patrick Marcel]

Ça commençait plutôt mal. 
L'idée d'un détective privé du futur, fondu de ses lointains confrères des années 1930, avait tout d'un Polaroid™ bien trop souvent photocopié. Mais peut-être que cet amour des privés made in Underwood© allait-il être de la trempe du fusil de Tchekhov ?
Si la présence, dès les premières pages, d'une « femme fatale », semble donner le ton. Si l'ombre porté du Faucon maltais ne fera que se renforcer. La profession de détective privé semble aussi utile à l'intrigue du roman qu'un cataplasme à la moutarde sur une jambe de bois. 

       Une intrigue qui, nonobstant le titre du roman, tient plus de la berceuse que du blues.   

Fort heureusement, John Varley gratifie son roman d'une très belle idée ; au travers du personnage nommé Sherlock. Rien qui ne rattrape totalement l'ennui profond d'une enquête poussive, et  au final, sans grand intérêt. Mais les chapitres racontés par ledit Sherlock sont les plus intéressants, les plus ém…