jeudi 8 octobre 2015

Black Panther (Christopher Priest)

My problem . . . and I’ll speak as a writer now . . . with writing a black character in either the Marvel or DC universe is that he is not a man. He is a symbol. 
DWAYNE McDUFFIE, Comics Journal

On dit souvent que l'apparition de super-héros Noirs dans les univers de Marvel ou DC est une conséquence de la vague cinématographique dite de la blaxploitation, certes.
Cependant si on regarde attentivement les films appartenant au genre on s'aperçoit que les protagonistes de ces films ne sont ni plus ni moins que des super-héros en puissance. 
Par exemple Superfly, le film de 1972 ; dés le titre le préfixe "super" vous saute au visage, ensuite le héros se déplace dans un véhicule présenté comme la "pimpmobile", à l'instar de la Batmobile du Cape Crusader de Gotham - le pimp est dans la langue anglaise un souteneur, un maquereau et une sorte de "héros" dans l'univers blax et le gangsta rap notamment - et last but not least son long manteau évoque sans coup férir une cape, celle du super-héros bien évidemment. 

Plus tard des films comme The Human Tornado ou Dolemite par exemple embrayeront la surmultipliée dans cette direction. 

Toutefois dès 1966 apparaît dans les pages de Fantastic Four #52 le premier super-héros Noir de l'Histoire, reconnu comme tel en tout cas. 
Son nom est Black Panther alias T'Challa, il n'est pas Afro-américain mais le roi d'un pays africain le Wakanda
Suprêmement intelligent, capable de prouesses athlétiques hors du commun et détenteur d'une technologie très en avance sur son temps il réussit dès sa première apparition à mettre au pas les Quatre Fantastiques, excusez du peu.
Indéniablement Jack Kirby & Stan Lee présentent un héros Noir atypique, loin des clichés longtemps véhiculés par les auteurs de pulps comme Edgar Rice Burroughs, ou encore les romanciers tel Henry Rider Haggard pour ne citer que les plus grands (et certainement les plus connus).
T'Challa est l'équivalent intellectuel de Red Richard, le personnage le plus intelligent de l'univers Marvel de l'époque. Mêlant habillement la science-fiction à la fantasy ; T'Challa appartient au clan des Panthères, il en est d'ailleurs le chef, il utilise une herbe "magique" qui non seulement augmente ses possibilités physiques, mais le relie à un plan spirituel, mystique et mythologique.
Dès le départ, comme on le voit Kirby & Lee offrent un terreau extrêmement riche sur lequel travailler.  
Le Wakanda est un pays en avance sur son temps, ce que pourrait être d'ailleurs les U.S.A de l'univers 616 si Red Richard partageait son savoir et ses inventions avec ses contemporains. En outre, la présence de la Panthère Noire à New York avait pour but de recruter les Quatre Fantastiques afin qu'ils apportent leur aide à T'Challa afin qu'ils contrecarrent ensemble, les visées de mercenaires blancs sur le royaume du Wakanda
C'est ce que j'appelle une critique du colonialisme, pas ostentatoire mais claire. 
Incidemment, T'Challa est aussi un symbole, comme le dit Dwayne McDuffie en ouverture de cet article.
Celui de la tentative et parfois de la réussite de plusieurs leaders africains qui au cours des années 50 ont essayé de libérer l'Afrique de l'emprise de l'Europe en émulant l'imagination de leurs compatriotes grâce à leurs idées mais aussi grâce à leur charisme. 
Ils avaient pour nom Jomo Kenyatta, Patrice Lumumba ou encore Kwame Nkrumah par n'en citer que quelques uns.
Certaines aventures de T'Challa, notamment sous l'égide de Jack Kirby, seront un mélange d'éléments provenant, comme le fera remarquer Adilifu Nama dans Super Black American Pop Culture and Black Superheroes, de Flash Gordon, de la Quatrième Dimension (The Twilight Zone) et de la personnalité de l'acteur Richard Rountree ; ce qui de mon point de vue est aussi une très bonne chose puisque à ce moment-là, il apparaît qu'un héros Noir est aussi capable de vivre des aventures en dehors d'une quelconque portée symbolique ethnique ou raciale. Comme n'importe quel personnage devrait avoir l'occasion de le faire.
Une aventure des Fantastiques n°3 LUG
Adilifu Nama donne une définition du T'Challa de Christopher Priest qui me semble très pertinente. Il s'agit pour lui d'un assemblage de Miles Davis (The Birth of Cool, n'est-ce pas !), de Sun Ra, phénomène extraordinaire de la scène musicale avec la dimension mystique & cosmique de son oeuvre, et de la personnalité (très complexe compte tenu de l'époque à laquelle il a vécu) du boxeur Noir Jack Johnson, le premier champion du monde Noir poids lourd de l'Histoire du "noble art" (Je recommande pour ceux qui ne connaîtraient pas Johnson le documentaire Jack Johnson le champion qui divisa l'Amérique, et l'excellente nouvelle de Joe R. Lansdale Tempête sur le ring).      
Everett K. Ross l'un des personnages principaux du run de Priest est à mon avis une utilisation habile du point de vue de l'homme de la rue, du monsieur-tout-le-monde sur les super-héros (et d'une certaine façon sur les fans de comic books), comme cela a été fait avec Marvels (Busiek & Ross) ; d'ailleurs Christopher Priest le présentera comme un observateur lambda, mais aussi comme un "deconstructionniste". 
Sans oublier que ses réparties "politiquement incorrectes" permettent de tourner en dérisions les différences culturelles entre Noirs et Blancs qui sont souvent utilisés par les tenants racialistes de tout bord. Ce dernier point, l'usage l'humour & la dérision sur un sujet qui fâche, a été l'un des premiers combats de Quesada & Palmiotti alors responsables de la ligne Marvel Knights.

Adifulu Nama (encore lui [-_ô]) pointe aussi un élément qui m'avait totalement échappé : Everett K. Ross permet également aux lecteurs de s'identifier soit à lui, personnage Blanc ou alors à T'Challa, ou encore aux deux. Et éventuellement, mais en douceur, de poser la question de l'identification d'un lecteur Blanc à un protagoniste Noir.

Dans le prochain article je rentrerai pleinement dans le run de Christopher Priest, à suivre ...... donc !


2 commentaires:

  1. Hâte de lire la suite, mais déjà, une introduction pleine d'érudition. Fan du run de Priest, je ne peux qu'applaudir l'initiative de ces articles.

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    1. Merci beaucoup, c'est encourageant. [-_ô]

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