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Détectives : E. Patisson, Hantée (Hanna/Ceyles/Lou)

La règle d'or du roman policier ? .... toujours surprendre son lecteur.
Agatha Christie
... Le troisième tome de la série Détectives, spin-off du one-shot Sept détectives [-_ô], donne le rôle principal à Ernest Patisson, détective privé helvétique.
J'ai commenté la série-mère et les deux premiers tomes précédemment (Pour en savoir + (ça commence au onzième message)), dans celui-ci Erik Hanna pastiche le détective tel qu'il a été déterminé par Edgar Allan Poe lui-même dès 1841 avec Double assassinat dans la rue Morgue, "un conte de ratiocination", qui met en scène le génial Chevalier Dupin :

Détective amateur génial & célibataire
Clôture du champ d'investigation
Faire-valoir
Fausses pistes
Suspect(s) innocent(s)
Reconstitution de la chaîne des événements
Coupable improbable 

Dans l'ancienne conception du roman policier, on nous montrait un détective de génie consacrant toute sa puissance psychologique à la recherche et à la découverte de la vérité.
La vérité y était perçue d'une manière toute philosophique, c'est-à-dire comme le produit de l'effort et des opérations de l'esprit. [...]


Gilles Deleuze/Philosophie de la Série Noire/Arts et loisirs/1966
Si la bande dessinée d'Erik Hanna, Ceyles & Lou partage plusieurs points communs avec la première enquête du Chevalier Dupin, il me parait clair que pour le coup il s'agit ici de pasticher Hercule Poirot et d'une certaine manière Les dix petits nègres, roman à propos duquel je me permets une petite anecdote : 
Selon le romancier Alain Demouzon le roman d'Agatha Christie de 1939 (publié dès 1940 en France) a eu pendant plusieurs décennies une traduction fautive qui l'aurait rendue incompréhensible. 
Mazette !

Je raconte cette anecdote à plus d'un titre dont celui de démontrer que ce qui importe surtout dans le roman policier de type whodunit (kilafé), c'est la force de conviction de l'auteur qui, même si l'histoire est un puzzle que le lecteur tente lui aussi de réunir, impose finalement le coupable.
Il suffit souvent de désigner un coupable pour que tout le monde soit content et qu'on ne peut pas se satisfaire d'une fin ouverte dans ce type d'histoire. 
Et comme le dit fort justement Pierre Bayard, l'indice est toujours le fruit d'une sélection (en l'occurrence celle de l'auteur).
Pierre Bayard s'amuse d'ailleurs à refaire des enquêtes célèbres : Qui a tué Roger Ackroyd ou encore L'Affaire du chien des Baskerville dans lesquelles il démontre que le coupable n'est pas celui qu'on croit, donc celui désigné par l'auteur. 
En outre comme je l'ai déjà écrit une idée fort répandue concernant le roman policier de détection est qu'il s'agit d'un jeu présenté sous forme de récit ; une fabulation par A + B. 
Le jeu constituerait une sorte de compétition entre le lecteur et l'auteur.
À bien des égards c'est souvent le cas, toutefois cela n'empêche pas ou ne devrait pas empêcher l'auteur de s'intéresser aussi au contenu et pas seulement aux règles de composition.
Je pense que le roman policier qui laisse une trace, ne serait-ce que dans l'esprit de son lecteur est celui qui ne néglige ni l'énigme (le jeu), ni le récit (préoccupations esthétiques) et propose une solution surprenante.

... Il va sans dire que Hantée conjugue ces différents aspects avec beaucoup de fraîcheur et de brio.

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