vendredi 23 septembre 2016

Le Maître des crocodiles (Pendanx & Piatzszek)

…. Quelquefois comme chacun sait, le hasard fait bien les choses.
Intrigué par le titre de cette BD et par sa couverture je l’ai empruntée sans bien entendu savoir à quoi m’attendre.

…. Une équipe réduite de documentaristes arrive l'archipel de Banyak sur la côte ouest de Sumatra et si les premiers contacts avec les autochtones ne se passent pas idéalement, finalement ça s’arrange plutôt bien.

Le maître des crocodiles est une histoire qui m’a bluffé deux fois. 
Ce que j’avais pris pour un scénario sur un groupe d’écologistes avec un arrière-plan géopolitique en butte à une population retranchée sur ses us et coutumes tourne assez rapidement – sans que les deux points évoqués soient négligés cela dit – en une version indonésienne si je puis dire, d’un blockbuster bien connu. 
D’autant plus qu’on s’accorde à dire qu’il est le premier du genre.
Et cette version indonésienne et dessinée ou plutôt peinte, est magnifiquement traitée par Jean-Denis Pendanx. La tension du deuxième acte de l’histoire pour ainsi dire est comme on dit palpable. Entendu que le premier acte raconte l’arrivée de Léonard Sougal le cinéaste documentariste, sa femme Isabelle et de Bernard le cameraman, un ancien de l’équipe Cousteau. 
Si l’album s’était terminé à la fin de ce deuxième acte, l’histoire aurait été déjà une belle réussite dans le sens où elle pose des problèmes préoccupants qui méritent notre attention et qu’elle offre aussi du très grand spectacle. 
Mais non, un troisième et dernier acte, et non des moindres où le titre prendra d’ailleurs toute sa signification, remettra en jeu ce qu’on croyait savoir. 

La rencontre entre les européens très sûrs d’eux face à des gens qui vivent au plus près de la nature sous la coupe d’une tradition ancienne est déjà un tour de force, en tant qu'elle montre avec beaucoup d'acuité que même en vivant au plus prés de la nature, survivre entraîne des compromis. 
Chacun des protagonistes principaux acquière une vraie présence, il y a une lente mais indéniable montée en tension, et si le discours des uns et des autres est déjà connu il n’est jamais ennuyeux grâce au talent de dialoguiste de Stéphane Piatzsek et à la mise en récit de Jean-Denis Pendanx. 
C’est bien simple durant ma lecture, et cette sensation ne me quittera plus, j’étais sur place avec les personnages de l'histoire. Finalement un statu quo idyllique et assez romantique s’installe préparant vous l’avez deviné un coup de théâtre fort bien orchestré et artistiquement très impressionnant. 
J’avais beau m’attendre à quelque chose, la surprise a été saisissante !
Le dernier acte est plus sous une tension certes soutenue mais de faible amplitude je dirais, avec toutefois de très beaux moments. 
L’épilogue qui suit une succession d’électrochocs salutaires, et qui m’a surpris, fonctionne d’autant mieux que, comme dans un bon whodunit (kilafé), tous les éléments sont présents tout au long du récit pour qu’on en vienne aux mêmes conclusions que les personnages. 
Mais, mené par le talent du scénariste Stéphane Piatzsek et du dessinateur Jean-Denis Pendanx je n’y ai vu que du feu.
Et c’est tant mieux.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire