samedi 24 septembre 2016

Secret Identities (Faerber/Joines/Kyriazis/Riley)


Secret Identities 
Coscénaristes : B. Joines & J. Faerber 
Dessinateur : I. Kyriazis 
Coloristes : C. Kirchoff & R. Riley 
Traducteur : P. Touboul 
Lettreurs : F. Urek & Justine 
Derrière chaque masque se cache un secret... 
The Front Line est une équipe de super-héros chargée de maintenir l’ordre et la justice. Mais son destin bascule le jour où elle intègre une nouvelle recrue : Crosswind.   

ATTENTION, quelques effets de texte de mon commentaire©™ sont susceptibles de révéler des éléments importants de l'histoire aux lecteurs les plus perspicaces !!!!!!
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…. Difficile pour moi d’identifier le moment où a eu lieu une sorte de prise de conscience en ce qui concerne ce qu’on appelle pudiquement (dans le monde réel) les « dommages collatéraux » - lors d’affrontements entre protagonistes et antagonistes - dans la BD d’évasion étasunienne, et plus précisément en ce qui concerne le quadrant de cet univers qui met en scène des super-héros (ou assimilés). 

Toutefois, je ne serais pas étonné d’apprendre que c’est chez l’éditeur Marvel que cela a eu lieu pour la première fois. Et pour tout dire, l’exemple qui me vient immédiatement en tête, est en l’occurrence la mort du capitaine Stacy

Ce qui ne serait d’ailleurs guère étonnant, tant Marvel a eu quelques fulgurances intuitives géniales en intégrant le zeitgeist des années 1960 à ses histoires, pour donner naissance à des héros à problèmes et des équipes dysfonctionnelles qui ont fait le succès de l’éditeur. 
Une petite (r)évolution dont nous savourons encore les fruits. 

Et Jay Faerber fait partie de ces scénaristes qui utilisent comme personne le genius loci de la Maison des Idées, celui qui l’animait justement durant les années 1960.
…. Il va sans dire que la vengeance est un ressort dramatique qui articule depuis longtemps le divertissement de masse (pour ne parler que de ce domaine), et cela dès la préhistoire du genre dont il est question ici.
En effet, je suis de ceux qui pensent que le film Naissance d’une Nation de D.W. Griffith est une des pierres angulaires qui donnera naissance aux super-héros, en inscrivant dans l’imaginaire collectif américain, l’un de ses schémas actanciels les plus prisés ; à savoir la vengeance mais aussi : l'identité secrète.

Mais la vengeance n’est pas qu’un algorithme destiné à engendrer des justiciers, des super-héros, ou encore des dieux qui arpenteront les coursives de la culture populaire afin de rendre gorge aux vilains de tout poil. Elle est aussi capable de produire ces derniers.

…. C’est donc nanti de ces ingrédients de base, non comme point de départ mais comme horizon, que Jay Faerber, associé à Brian Joines pour l’occasion, s’attaque à la rédaction du scénario des sept numéros de Secret Identities publiés en son temps par Image Comics et aujourd’hui, de ce côté-ci de l’Atlantique, par Glénat Comics.

Hommes de leur temps, les deux compères n’oublient pas d’injecter dans leur équipe de super-héros au nom programmatique – Front Line - quelques éléments nouveaux comme : un meilleur équilibre homme/femme, un leadership féminin, des membres de ce qu’on appelle aux U.S.A. les « minorités » à des postes clefs (aussi bien chez les encapés que dans la société civile), bref un genius loci marvelien certes, mais « 2.0 » (si je puis dire).
Même Alan Moore ne peut échapper à la Front Line
…. Dessinée de main de maître par Ilias Kyriasiz et colorisée tout aussi talentueusement par Charlie Kirchoff & Ron Riley la mini-série tient toutes les promesses qu’un lecteur (même aguerri) est en droit d’attendre d’elle : force de frappe spectaculaire, humour, talon d’Achille et blessure secrète, rebondissements et coup de Jarnac, bref toute la panoplie disponible aux rayons du prêt-à-rêver du divertissement de masse (certes mais de qualité). 
Et n’en déplaise aux plus blasés, Secret Identities contient un certain niveau sinon d’originalité, du moins d’exotisme, dans la manière de cuisiner des recettes dramatiques tombées depuis longtemps dans le domaine public de l’imaginaire collectif. 

Si la fin m’a parue toute à fait satisfaisante (et elle l'est croyez-moi), il n’en demeure pas moins qu’un sentiment de gaspillage persiste une fois l'histoire terminée, tant les auteurs semblent n’avoir fait qu’ébaucher les idées qu’ils avaient en tête (ce que confirme par ailleurs un petit texte des scénaristes dans le dernier numéro publié par Image Comics au pays de l'Oncle Sam). 

Et c’est bien dommage, vu le potentiel entraperçu !

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