mercredi 9 août 2017

SCARAB (John Smith/Scot Eaton) Vertigo

…. Ne nous voilons pas la face, si nombres d’auteurs britanniques se sont vus ouvrir les portes de l’industrie de la bande dessinée américaine à partir du début des années 1980, outre la légende dorée (et un tantinet exagérée) d’une recherches de créateurs inventifs, l’une des raisons – voire la raison - qui a motivé cette ouverture et qu’ils étaient moins chers que leurs homologues étasuniens. 
John Smith lui, fait partie des scénaristes britanniques qui se sont manifestés auprès de DC Comics lorsque Jamie Delanno a annoncé son départ de la série phare du label Vertigo, mais c'est finalement Garth Ennis qui a été retenu pour écrire les aventures de John Constantine.
Si pour les lecteurs américains (et les lecteurs français) John Smith est pratiquement inconnu, encore aujourd’hui d’ailleurs, il n’en est pas de même outre-Manche.

Scénariste collaborant depuis de nombreuses années au périodique 2000AD, où il a entre autres créé Devlin Waugh ou encore la série Indigo Prime (dont deux personnages* viendront porter assistance au Scarab), sans oublier sa participation aux aventures du Judge Dredd ou à celles de Rogue Trooper, il est aussi le scénariste de la série New Statesmen, pour la revue Crisis, qui met en scène des super-héros d’un point de vue très différent de ce qui se faisait habituellement aux U.S.A, du moins à l’époque.
Toujours est-il que si son traitement pour la série Hellblazer n’a pas été retenu, il écrira néanmoins une histoire bouche-trou (fill-in) au cours du run de Garth Ennis (le cinquante-et-unième numéro), Stuart Moore alors editor chez DC, le contacte pour lui demander s’il a des propositions pour le titre Dr Fate, série qui n’a jamais fait partie des meilleurs ventes de l’éditeur, mais qui se trouve alors un peu à bout de souffle d’idées. 
N’ayant de son propre aveu, jamais lu aucune aventure de ce personnage, Smith fait quand même des propositions à Moore. Lesquelles sont jugées un peu trop extrêmes pour une série grand public, par les instances éditoriales. 

Peu de temps après cependant, l’editor revient à la charge avec une autre proposition : réécrire le pitch qu'il destinait au Dr Fate pour en faire une série inédite, publiée par une nouvelle collection nommée Vertigo.
.... Ce label, qui vient d’être – officiellement – lancé en janvier 1993, destinée à la « génération X [..], généralement déboussolée et cynique, qui lit de l'horreur et retrouve dans ses comics l’atmosphère un peu nihiliste du monde actuel »**, va accueillir Scarab (dont le premier numéro sera en vente à la mi-octobre de cette même année), la série dont les idées avaient été proposées pour le Dr Fate. Ou plutôt la mini-série. 

En effet, Karen Berger executive editor de Vertigo, qui apparemment n’aimait pas le travail de John Smith, décidera d’en faire une mini-série de huit numéros (sans lendemain, malgré ce que pourra en dire Stuart Moore dans la page courrier). 

Entre cette décision, des directives étranges venues de Berger et des problèmes de censures, Smith perdra pas mal de son enthousiasme. « C'est une longue et déprimante histoire, pavée de mauvaises intentions et d'efforts mal orientés » dira-t-il de son passage chez l’éditeur new-yorkais, dans une des rares interviews qu’on lui connaît. 

Effectivement le résultat est assez bancal.
Et pourtant, en lisant (avec plaisir) ces 8 numéros, j’ai aussi lu des histoires avec un fort potentiel, rappelant parfois ce dont était capable Grant Morrison. Les aventures d’une sorte de super-héros dans un univers de BD d’horreur à la Clive Barker. Une ambiance renforcée par le travail de Scot Eaton, et Mike Barreiro à l’encrage.
Une approche finalement plutôt inédite.

…. En conclusion, je dirais que les huit numéros de Scarab sont d’une lecture relativement exigeante, à la fois de par leur ambiance, mais aussi du fait d’une écriture très littéraire de John Smith (et de ses idées très excentriques), tout autant que par l’état de déliquescence qui ronge, petit à petit le scénario ; et dont on a beaucoup de peine à voir où il mène.

À réserver aux aficionados du scénariste britannique et aux curieux.
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* Ces deux personnages participeront ainsi à l'expansion de ce qu'on appelle le « smithiverse ». Un univers discret qui s'exprime au travers des différents personnages qui se retrouvent dans les différentes séries écrites par Smith, sans que celles-ci n'aient - forcément - de points communs. Comme ici Indigo Prime publiée par 2000AD et Scarab par DC Comics.

**Pour paraphraser Patrick Marcel auteur d’un excellent dossier sur ce label (SCARCE n° 41 & 42)

2 commentaires:

  1. Encore une entrée intéressante, amigo. Finalement, on a fait à Smith la même proposition qu'à Moore... mais pas avec les mêmes effets.

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