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DRAGON [Thomas Day]

.... Jamais facile de parler d'une lecture.

Surtout que je m'interdit de produire des « fiches de lecture », véritable épidémie de la critique littéraire (dans sa plus large acception), tout autant amateure que professionnelle d'ailleurs ; lesquelles résument si méticuleusement ce dont elles parlent, qu'il devient inutile de le lire l'objet de leur avis.
Mais que je m'autorise la tentation présomptueuse d'une certaine rigueur littéraire, et d'une pointe d'originalité formelle.
Couverture d'Aurélien Police
.... Nonobstant les obstacles d'un choix narratif tout sauf chronologique et d'un contexte difficile à traiter, Thomas Day réussit la gageure de nous scotcher à son récit de bout en bout. Tout en évitant avec élégance, l'écueil d'un voyeurisme mal placé. 
Sauf envers la caste des prédateurs de bacs à sable qui ont fait de la Thaïlande leur terrain de jeu privilégié ; notamment la mise à mort de l'un d'entre eux, dont le romancier ne nous épargnera rien de son supplice. Ce n'est que justice !

Audacieux Thomas Day l'est aussi, lorsque dans une incise saisissante et inattendue, il inscrit la tolérance que manifeste la Thaïlande envers ce tourisme abject, dans une histoire des rapports sociaux héritière d'un autre âge, qui a laissé de vilaines traces. Il fallait oser !
On se souviendra cependant, que pas plus tard que dans les années 1970, certains intellectuels français prodiguaient, sans que beaucoup s'en émeuvent alors, des propos encourageant des comportements qui valent aux touristes de Dragon, une thérapie balistique. Pour les plus chanceux.  

De l'audace il en fallait également pour publier un tel texte, surtout dans un collection qui porte en elle un part récréative, que ne trahit d'ailleurs ni la forme du récit, ni l'histoire elle-même. Un mélange des genres qui fait pourtant rarement bon ménage.

.... Texte bref et intense, Dragon continue de nous habiter bien après son point final, à l'image de ce qui habite ses deux anti-héros et - certainement - l'auteur lui-même, mais pas forcément pour les mêmes raisons. 
Le premier volume de la collection Une heure-lumière (et l'un des deux meilleurs que j'ai lus) publié aux éditions Le Bélial', il y a - dans une étonnante coïncidence - deux ans jour pour jour, est en effet un récit qui laisse à l'imagination du lecteur le soin de répondre à quelques questions. Lesquelles n'empêchent pas d'en faire un récit quatre étoiles !

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