Accéder au contenu principal

Invertica







... Les numéros 11 & 12 de la série Tom Strong forment un diptyque où le héros éponyme retrouve Tom Strange, une ancienne connaissance.
Celui-ci a quitté sa planète 30 ans plus tôt et, écrémant la Voie lactée à pied il atterrit à Millennium City, le fief de Tom Strong et de sa famille.
Si la particularité de la planète de Tom Strange est d'être l'exacte réplique de la Terre (ou peut-être est-ce l'inverse ?), ce dernier est par ailleurs un saisissant sosie de Tom Strong.

Étrange !

La première histoire d'ailleurs intitulée Étrange réunion permet au lecteur d'en apprendre plus sur cette planète et sur ce personnage par l'intermédiaire du génial Tom Strong.
Nonobstant, aussi fascinant que soit l'exposé du super-aventurier de la science il n'en demeure pas moins que ce qui est tu est important.


2001

Aparté
: On assiste avec la rencontre de ces deux personnages à la mise en scène de l'une des techniques d'Alan Moore : introduire un personnage censément avoir déjà partagé des aventures avec le personnage principal de la série (et d'une certaine manière être déjà connu des lecteurs) alors qu'il n'en est rien.

En fait Moore réussi à construire un passé à Tom Strong au fur et à mesure que la série se développe, en utilisant avec énormément de brio l'effet de rétroaction (feeback).
Le naturel avec lequel agissent et interagissent les personnages déteint sur le lecteur qui aussitôt se sent en terrain connu et finit par croire ce qu'il lit.
1951

Ainsi il appert que la ville où réside une partie des héros de cette planète jumelle est appelée Invertica et que lesdits héros sont d'anciens personnages publiés à Millennium City dans une revue anthologique nommée America's Best Comics.

Revues que donne d'ailleurs à lire Tom Stong à son hôte.



Aparté : Si Tom Strange est dans le récit un personnage qui apparaît dans une bande dessinée que lui montre Tom Strong. C'est-à-dire qu'il est un personnage de fiction dans la fiction.
Il est aussi un personnage de bande dessinée publié dans les années 40 dans une revue effectivement appelée America's Best Comics dans notre réalité.
Il semble aussi que Moore n'avait pas connaissance des bandes dessinée publiées sous ce nom dans les années 40 lorsqu'il a imaginé son propre label.

1942

America's Best Comics, c'est exactement le même nom qu'Alan Moore a donné à son propre label de bandes dessinées publiée par Wildstorm / DC Comics dans notre réalité.

Vertigineux.

Coïncidence, concours de circonstance ?

Ou manifestation manifestement magique, cette magie qu'explore le conteur de Northampton ?

Toujours est-il que Moore écrit deux numéros d'une densité incroyable et qu'il réussit en même temps à leur donner la légèreté d'une de ces histoires d'antan tout en exacerbant notre sens de l'émerveillement.

Une véritable prouesse.

Or donc, il est temps de dire ce qui est tu.

Terra Obscura et la ville d'Invertica en appellent vous l'avez deviné, à la camera obscura.


1963

Système qu'a d'ailleurs proposé Moore dans une autre de ses séries (1963 dans le deuxième numéro précisément) dans les pages de (fausse) publicité (Voir ci-dessus).

Lire Moore c'est un peu comme pénétrer le monde des matriochkas, ou éplucher des oignons avec le plaisir de la nouveauté en plus.

1951

1960

2001

... Cependant le scénariste de Northampton ne cède pas au plaisir de la complexification pour elle-même. Au contraire, il propose notamment avec cette série en particulier, de s'adresser à plusieurs générations de lecteurs. En outre, il offre légalement la possibilité de découvrir à chaque nouvelle lecture (d'un même récit) une nouvelle histoire transformé par le lecteur lui-même.
Une sorte de récit interactif en somme.

Si une série comme Tom Strong offre la possibilité de divertir les plus jeunes ainsi que des lecteurs plus matures elle propose aussi des pistes de réflexion (d'une étendue plus générale) pour qui veut bien les suivre sans pour cela alourdir l'histoire.

Comme par exemple, cette référence à la technique de la "caméra obscura"......


Fulchibar

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le téléphone de M. Harrigan [Stephen King / Jean Esch]

Première nouvelle sur les quatre que contient le dernier recueil de S tephen K ing commercialisé en France, « Le téléphone de M. Harrigan » est un joli tour de force.             Superficiellement inoffensive, K ing y joue avec un cliché des histoires d'épouvante auquel n'importe quel aficionados du genre a déjà pensé, « Le téléphone de M. Harrigan » vaut surtout pour le portrait très naturaliste d'un enfant et des ses relations proches. Cela dit, les quelques coups de fils que Craig passera à monsieur Harrigan , et le malaise qui s'ensuivra, ne sont en aucun cas des pièces rapportées qui jurent avec le reste. La nouvelle est au contraire un ensemble très homogène, où l'incursion du surnaturelle appuie là où il faut.             Paradoxalement, alors que l'histoire se déroule au XXI ème siècle, l'impression de se retrouver au cœur des années 1950 ne m'a pas quitté durant toute ma lecture. Du moins des fifties idéalisées ; celles d'une société éta

SKEUD [Dominique Forma]

Johnny Trouble est le roi du vinyle pirate, fruit d'enregistrements qui ne le sont pas moins. Des galettes vendues sous le manteau, jamais commercialisées par les maisons de disques. Le « skeud » (ou disque en verlan) du titre du premier roman de D ominique F orma. Qui pour sa réédition chez Rivages™ en 2015, a été un poil ripoliné par l'auteur.             D ominique F orma est un individu atypique dans le paysage culturel hexagonal.  Au début des années 1990 il part aux U.S.A. sans plan de carrière, et se retrouve music supervisor au sein de l'industrie du cinéma. Il en profite pour apprendre la mise en scène et l'écriture sur le tas, et après un court-métrage s'impose réalisateur sur l'un de ses propres scénarios. L'aventure, avec rien de moins que J eff B ridges au casting , ne tournera pas à son avantage, j'y reviendrai prochainement. En attendant, de retour en France , en 2007, il contacte P atrick R aynal sur les conseils de P hilippe G arnier

VURT [Jeff Noon / Marc Voline]

La réputation est, comme chacun sait, la somme des malentendus qu’on accumule.              Récipiendaire, en 1994, d’un prix Arthur C. Clarke © , pour son premier roman (dont il est ici question) publié l’année précédente chez Ringpull Press™, une maison d’édition mise sur pieds par les employés de la librairie où travaillait J eff N oon. Ce qui en fait de facto un roman Sf. Associé à la génération « Trash » made in I rvine W elsh & J ohn K ing. Comparé à W illiam G ibson le « pape » du cyberpunk™, J eff N oon est peut-être, surtout, un auteur « culte », à l’aune de ce que je sais de sa réception en France .  Du moins dans l’acception qui définit (ici) un romancier passé sous le radar des lecteurs, dont un petit comité entretient néanmoins la permanence dans l’une des plus obscures marges du quadrant de la culture.  Cela dit, pour qu’un auteur « culte » le soit, il faut bien évidemment qu’il ne le soit plus. Qu’il accède à une certaine notoriété, pour que ceux qui ne l’avaient p