Accéder au contenu principal

Dr Strange (Marc Andreyko & P. Craig Russell)


... Alors qu'il soupe seul dans un restaurant Stephen Strange est surpris par le message sibyllin qu'il trouve dans le traditionnel biscuit chinois de fin de repas. Surprise d'autant plus grande que le biscuit lui a été apporté par un serveur apparemment non-humain ! Cette situation est-elle le fruit de son imagination ? Toujours est-il qu'en lieu et place d'un démon il n'y a qu'une cuisinière, et que de retour à sa table le contenu du message a changé. Mystère !

Docteur Strange apparaît pour la première fois dans le numéro 110 de la revue Strange Tales (1963) : il y est présenté comme le Maître de la Magie Noire ; son premier cas sera celui d'un homme qui souffre de cauchemars. Strange, après avoir rendu visite à son mentor sous sa forme astrale, pénètre dans les propres rêves de son client ... 

Strange Tales n°110 / Strange Special Origines n°139
Sur le chemin du retour Strange est surpris par la pluie avant d'arriver à son domicile situé dans Greenwich Village,  l'absence de son serviteur Wong et un message d'avertissement de son mentor l'Ancien achèvent de lancer le Docteur Strange dans une nouvelle et étrange aventure.

Dés les années 30 le quartier de Greenwich Village est déjà connu comme le quartier bohème par excellence ; Frank Gruber par ailleurs auteur de pulps y consacre un chapitre dans son autobiographie (Pulp Jungle) : "Ce fut Steve Fisher qui me fit connaître l'univers des poètes. [..] il m'amena un soir dans la cave d'un immeuble d'habitation. la pièce mesurait environ sept mètres sur dix. Des planches posées sur des tonneaux tenaient lieu de table. [..] Dix ans plus tard c'est un jeune Marlon Brando qui hante "[...] un lieu qui symbolise la contre-culture américaine des années quarante et cinquante [..] où se trouvaient des poètes et des artistes, des théâtres minuscules, des clubs où naissait le jazz moderne, on y voyait des couples mixtes, homosexuels, lesbiens [..]. Le mot d'ordre était le rejet des aspects mercantiles et matérialistes du mode de vie américain [..]" (Les Fifties - Davide Halberstam).  

Marc Andreyko & Paul Craig Russell s'engagent avec cette aventure sur les traces d'un duo mythique celui des inventeurs (?) du Docteur StrangeStan Lee & Steve Ditko, car cette aventure n'est rien de moins (mais pas seulement) qu'un saisissant hommage aux créateurs du célèbre magicien des éditions Marvel, et plus précisément à Steve Ditko.
Il apparaît tout d'abord que Paul Craig Russell se montre à la hauteur de la tâche, ses planches sont absolument magnifiques (comme d'habitude me direz-vous) et totalement bluffantes ...

... Contrairement à ce qui se passait par exemple chez l'éditeur DC Comics, Stan Lee utilisait une méthode scénaristique pour le moins originale ; il fournissait un synopsis succinct aux artistes avec lesquels il collaborait, à leur charge de faire le découpage de l'histoire, d'imaginer les décors, de créer les personnages, bref de la dessiner entièrement selon leur inspiration. Stan Lee ne revenait qu'au moment d'écrire les dialogues.
Ce qui au demeurant pouvait poser de sérieux problèmes, les dialogues n'étaient pas toujours en phase avec la direction prise par le dessinateur.  

Si Steve Ditko est certainement connu pour le rôle important qu'il a tenu dans la fondation de ce qui deviendra la Maison aux Idées, co-création de Spider-Man et du Doctor Strange ; il est aussi par exemple le créateur de Blue Beetle (du moins une version moderne de celui-ci) et de The Question pour l'éditeur Charlton au sein de la bannière Action Heroes (qui servira de vivier à Watchmen). En outre au fil des ans il se concentrera sur ses propres créations qui deviendront pour certains cas de véritables tribunes politiques.

Si What is it that disturbs you Stephen s'inspire d'une histoire plus ancienne du Maître des Arts Mystiques (Strange Tales #133), elle illustre également la philosophie qu'a fait sienne Ditko : l'objectivisme. Cette idéologie pourrait-on dire, s'incarne particulièrement chez l'un de ses personnages créé ultérieurement ; Mister A qui 
"annonce souvent sa venue par une carte de visite rectangulaire coupée en deux carrés : un blanc et l'autre noir. Cette dualité résume tous les choix qu'un individu doit faire pour se placer soit du côté du Bien soit du côté du Mal [..]" (Guillaume Laborie neuvième art 2.0)

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

SKEUD [Dominique Forma]

Johnny Trouble est le roi du vinyle pirate, fruit d'enregistrements qui ne le sont pas moins. Des galettes vendues sous le manteau, jamais commercialisées par les maisons de disques. Le « skeud » (ou disque en verlan) du titre du premier roman de D ominique F orma. Qui pour sa réédition chez Rivages™ en 2015, a été un poil ripoliné par l'auteur.             D ominique F orma est un individu atypique dans le paysage culturel hexagonal.  Au début des années 1990 il part aux U.S.A. sans plan de carrière, et se retrouve music supervisor au sein de l'industrie du cinéma. Il en profite pour apprendre la mise en scène et l'écriture sur le tas, et après un court-métrage s'impose réalisateur sur l'un de ses propres scénarios. L'aventure, avec rien de moins que J eff B ridges au casting , ne tournera pas à son avantage, j'y reviendrai prochainement. En attendant, de retour en France , en 2007, il contacte P atrick R aynal sur les conseils de P hilippe G arnier

Blade Runner (vu par Philippe Manœuvre)

Après vous avoir proposé Star Wars vu par le Journal de Spirou de 1977 (ou du moins d'un des numéro de cette année-là), c'est au tour de Blade Runner vu par P hilippe M anœuvre en 1982 dans les pages de la revue Métal Hurlant . Il va de soit qu'avec un titre tel que : "C'est Dick qu'on assassine" le propos de l'article ne fait pas de doute. Pour rappel, le film est sorti en France le 15 septembre 1982, Métal Hurlant au début de ce même mois de 82. Bonne lecture.

À bout portant [Gilles Lellouche / Roschdy Zem / Fred Cavayé]

« C’est du cinéma, on est donc dans la réalité + 1 ou + 2 »  F red C avayé  L’épuisement d’histoires originales, et la production exponentielle de fictions nécessitent d’élaborer des stratégies de mises en récit attractives pour captiver le public.              Plonger directement les spectateurs d’un film « au cœur des choses » est toujours payant. Surtout si en plus, comme dans le cas du film réalisé par F red C avayé, les personnages et le contexte, en un mot l’histoire, bénéficie de l’effet IKEA ® .  L'effet en question est un biais cognitif documenté par M ichael N orton, dans lequel les consommateurs accordent une plus-value aux produits qu'ils ont partiellement créés (les meubles de l'enseigne bien connue).  Ici, la chronologie (chamboulée par l'ouverture du film in medias res ), les tenants et les aboutissants du scénario (dévoilés au compte-goutte) nécessitent que le spectateur participe activement au storytelling du film qu'il regarde.  L'effet IKEA ®