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Sangoma [Caryl Férey / Corentin Rouge]

« Sangoma » a été une très agréable lecture.
Il s'agit d'un polar qui se déroule selon son éditeur - Glénat™, une vingtaine d'année après que l'Afrique du Sud  a cessé d'appliquer le régime de l'Apartheid. 2019 pour être précis, si l'on en croit Van Der Weise, le chef du CFP.
            Écrit par Caryl Férey et dessiné par Corentin Rouge, « Sangoma » ménage suffisamment de suspense pour captiver de bout en bout, tout en permettant au lecteur d'anticiper quelques-uns des événements qui y sont décrits. Manière de faire du lecteur un acteur de l'intrigue.
Il dose également un joli cocktail d'action et d'humour dans des proportions quasi idéales.
            Côté dessin & couleurs, c'est un sans faute, Corentin Rouge (assisté d'Alexandre Boucq pour celles-ci) est un dessinateur et un coloriste parmi ce qui se fait de meilleur aujourd'hui dans le domaine, et ça se voit. L'album de presque 150 planches est somptueux.
Agréable lecture disais-je, mais aussi, agréable surprise. 
« Il faut savoir en effet que 80% des noirs en Afrique du Sud 
ne possèdent que 10% des terres. »
Corentin Rouge, Itw du 7/9/24
            En effet, j'avais déjà eu l'occasion de lire la prose de Caryl Ferey, dès 1998 si je me souviens bien, avec Haka, puis j'ai lu Utu et Zulu. Ainsi que l'adaptation ciné de ce dernier (bons souvenirs).
            Or donc, il s'agit d'une agréable surprise car « Sangoma », compte tenu de son contexte - l'Afrique du Sud ; et de son intrigue - une enquête chez des viticulteurs Blancs, alors qu'au même moment le Parlement de Cape Town légifère sur la redistribution des terres « usurpées du temps le l'Apartheid », avait tout pour être manichéen en diable. 
« Le polar sans politique ne m’intéresse pas », aurait déclaré Caryl Férey au magazine L'Obs™. » soupir «
Entendre par manichéen donc, un Caryl Férey qui aurait laissé libre cours à sa fibre « libertaire-anar », comme l'a qualifiée un jour Libération™. 
Un homme qui, dit encore l'organe de l'extrême-gauche grassement subventionné (6 300 000 d'euros en 2023), vote écolo, pour plaire à sa fille. Mais finalement non. « Sangoma » est en définitive relativement équilibré.
J'avais en effet pas mal de craintes.
            D'abord en lisant la présentation que fait Glénat™ de cet album. 
J'en extrais la phrase qui m'a fait sursauter : « Le racisme n’est plus institutionnalisé » !?
Voyez vous même : sur les 313 lois raciales votées en Afrique du Sud depuis 1910, 37% d'entre elles l'ont été depuis 1994. Ces lois, au nombre de 116 donc, destinées à réduire les inégalités au sortir de l'Apartheid, favorisent les Noirs, les métisses et les Indiens ..... au détriment des Blancs.
Alors que nous vivons dans un pays, la France, où l'extrême-gauche n'hésite pas à dire vociférer qu'il est sous le joug d'un racisme systémique ; il est rassurant de voir que chez Glénat™ on y est plus accommodant. 
Du moins s'agissant de l'Afrique du Sud. » sourire « 
Mais revenons à nos moutons la panique morale dont il est question ici.
            Si je devais émettre une grosse réserve sur le contenu de l'album, elle concernerait le profil assez paresseux des personnages principaux.
Ainsi, à un moment donné, le chef de la police du Cap attribue au lieutenant Shepperd une nouvelle partenaire, laquelle est née dans un township
Et, vous l'avez devinée, elle est, bien évidemment, Noire.
Pourquoi n'avoir pas inversé les rôles. Il y a en effet en Afrique du Sud des bidonvilles habités par des Blancs. Ou alors, il aurait pu venir d'une de ces communautés fermées afrikaner, comme Orania ou Kleinfontein.
Bref des chose bien moins connues, voire politiquement incorrect.
Un autre personnage, plus secondaire, aurait pu, lui aussi, bénéficier d'une caractérisation moins convenue.
            Je ne sais pas si vous le savez, mais Julius Malema, un homme politique sud-africain, déjà condamné en 2010 & 2011 pour incitation à la haine, et pour racisme en 2018 (« Sangoma » a été commercialisé en 2021).
Malema donc, reprenait, l'année dernière, un chant anti-apartheid - Dubul' ibhunu -  où il est question de  « tuer les Boers, les fermiers » et de « tirer pour tuer ». Cet individu, Julius Malema, leader des Combattants pour la liberté économique (EEF), troisième plus grand parti politique du pays, que Courrier International™ qualifie pudiquement de  « provocateur en chef » et de, mais ne riez pas : « trublion ». 
Une sorte de boute-en-train.
Une petite liste pour dire que si « Sangoma » ne ment pas sur la situation sud-africaine, le scénario opère des choix qui en influence notre vision dans un sens beaucoup moins complexe que l'est la situation sur place.
Une orientation qui ne doit certainement rien au hasard.     
            Autre exemple concernant la focale utilisée.
On assiste dans « Sangoma », à l'attaque de fermes par des bandes de Noirs. Ce qui est en un fait avéré donc.
On comptabilise en effet, si vous me passez l'expression, 50 fermiers Blancs tués chaque année : « Morts au travail » aurait sans aucun doute titré le bien mal nommé L'Humanité™.
Des homicides souvent précédés d'actes de torture, et dont le vol n'est parfois même pas l'enjeu. Mais plutôt l'expropriation par la peur, et l'exemple.
Dans le scénario, qui est ce qu'il est bien entendu, un twist permet, à ce qui aurait été un bel acte de courage intellectuel, de devenir un événement bien-pensant.  Et convenu.
Et pour en finir avec les fermes, et au sujet des propos de Corentin Rouge que j'ai déjà cités : « Il faut savoir que 80% des noirs en Afrique du Sud ne possèdent que 10% des terres » ; il faut aussi savoir que certaines fermes sont dans des familles Afrikaners depuis plusieurs siècles. Alors « colonisation » ? Ou « migration de peuplement » ?
Quelques précisions utiles            
            Après avoir lu « Sangoma », et avoir décidé d'en faire la critique, et rédigé un synopsis de ladite critique, je me suis mis à faire des recherches pour éviter de dire trop d'approximations. 
Notamment au sujet de Caryl Férey, dont je me souvenais que son prénom lui avait été donné en hommage à Caryl Chessman dont Férey nous dit-il lui-même, « était un violeur et un braqueur à main armée des années 1950 en Amérique qui a été condamné à la chaise électrique ». L'hybristophilie est clairement un marqueur de la gauche, mais vous le saviez peut-être déjà !?
            Or donc, ma mémoire ne me jouait pas de tours, Caryl Férey est bien le progressiste (attention faux-ami) que je croyais qu'il était. Un romancier qui, par exemple « voudrai[t] écrire pour [Adèle Haenel]! Je suis sûr qu'on est de la même famille, électrique. ». Oui je sais, ça fait peur dit comme ça !
Je suis donc, après vérifications, d'accord avec mon intuition première, « Sangoma » est bien un polar social, relativement équilibré, compte tenu des biais de son scénariste. Et sûrement de son dessinateur.
Deux individus très talentueux au demeurant.
            Bon je ne résiste pas à vous donner une petite perle, que j'ai trouvée en faisant les recherches en question (sic), et qui donne une idée du gauchisme culturel d'atmosphère qui nous entoure. Et de l'impunité crasse qui l'empêche de se remettre en cause.
            Dans un entretien pour la revue Mouvements™, Patricia Osganian pose des questions à Caryl Férey sur son travail, dont celle-ci : « [..] Vos propres romans qui forment la trilogie Haka, Utu et Zulu mettent en scène la minorité maorie en Nouvelle-Zélande et la minorité zouloue en Afrique du Sud, le dernier se situant dans le contexte post-apartheid à la veille de la coupe du monde de football. [...] ».
Oui, vous avez bien lu, « la minorité zouloue », lesquels Zoulous sont, à ma connaissance, pourtant le groupe ethnique le plus important d'Afrique du Sud. Une minorité quoi !
Les minorités donc, pour un progressiste, c'est comme les nains pour Blanche-Neige, il en voit partout.
 
Verdict : Une lecture chaudement recommandée !

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