Il y a des associations d'idées qui semblent fonctionner toutes seules. Un homme, un chien, une nature sauvage (wilderness) ; et Jack LONDON n'est jamais très loin. Avec « Heart of the Beast », la critique institutionnelle ou amateure n'a pas manqué de faire le rapprochement. En ce qui me concerne, j’évacue immédiatement cette proximité avec l’écrivain & aventurier du Grand nord.
Ni l’homme seul, ni le chien, ni la nature sauvage donc, ne sont des propriétés exclusivement londoniennes lorsqu'elle sont assemblées. Il s’agit d’un réflexe culturel quasi programmé. Et, s’agissant de la critique, d’une preuve de paresse intellectuelle.
Il me semble plus intéressant de s’intéresser à Cameron ALEXANDER, le scénariste.
Écrit près de neuf ans avant sa sortie, le film « Heart of the Beast » prend sa source dans la mort du chien d’ALEXANDER, un Pinscher nain nommé HOSS.
Le scénariste traverse alors une période incertaine de sa vie professionnelle : ses scénarios ne trouvent pas preneur.
Très probablement encore sous le poids du deuil, il écrit une histoire mettant en scène un homme et son chien. Toutefois, il puise également dans son intérêt pour la chose militaire, et plus particulièrement pour les forces spéciales. « Heart of the Beast » sera donc un scénario autobiographique, sans en avoir l'air.
James Belmont (qui, sur le papier, répondait alors au patronyme de James Sterling) sera un Navy SEAL, et un ancien combattant. Son chien aussi. Odin, puisque c'est son nom, est un berger allemand qui combine deux fonctions distinctes : celle de scout dog (reconnaissance et alerte) et celle de combat assault dog (appui aux opérations d'assaut).
Tous les deux semblent souffrir de troubles de stress post-traumatique.
Il y a d'ailleurs une scène fondatrice de la relation qu'entretiennent ces deux anciens combattants.
James et Odin campent dans un environnement naturel sauvage éloigné de toute civilisation. Ils dorment sous la tente et — en tant que spectateurs, nous assistons à un flash-back : nous les retrouvons tous les deux sur un théâtre d'opérations extérieures, en plein combat. Ça chauffe méchamment pour leur unité.
Sauf…
Sauf que ce n'est pas James Belmont qui fait un cauchemar, mais Odin.
Si « Heart of the Beast » est (aussi) un film de survie il est clair que Belmont et Odin, individuellement, seraient capables de survivre à l'accident qui les met dans le pétrin. Ils sont tout aussi capables de s'adapter et, le cas échéant, de rejoindre la civilisation.
Sauf que, l'un après l'autre, ils vont se mettre dans des situations de plus en plus difficiles.
D'abord, la crise cardiaque de James provoque leur crash. Puis, en tentant de sauver Odin d'une chute, Belmont aggrave son propre état physique, déjà précaire.
Inversement, Odin sauve le binôme d'une rencontre avec un ours qui aurait pu leur être fatale, en affrontant l'animal du regard. Et plus tard, James montre qu'il est un mâle dominant en tuant le chef d'une meute de loups qui les attaque.
Et, plus important encore, dans ces deux scènes, l'un et l'autre manifestent explicitement la joie qu'ils éprouvent devant la force de l'autre.
James et Odin sont des égaux.
Plus encore, à la fin, la relation de l'homme et de l'animal prend une dimension filiale : Odin est visiblement comme son fils.
Alors, sans nier la proximité qu'entretient le film de David AYER avec l'univers de Jack LONDON, cette parenté relève davantage de la contingence que d'une volonté délibérée de la part des différents auteurs.
Non, « Heart of the Beast » est plus sûrement un « tombeau » cinématographique (le terme est ici à prendre dans son acception d'un genre poétique, apparu à la Renaissance, destiné à honorer la mémoire d'un défunt). Assurément un requiem intime, écrit par le scénariste comme une œuvre cathartique sous le coup du deuil de son chien, plutôt qu'un simple film d'aventure londonien.
Ce qu'il est aussi, par ailleurs.
Mais l'aventure n'est peut-être ici que le moyen de raconter autre chose : la persistance d'un amour après la mort de celui qui l'a éprouvé.
David AYER, Brad PITT, J.K. SIMMONS (dans un rôle bref, mais essentiel) et UBER (l’interprète principal d'Odin — en compagnie de SEEKA, RYKER et HONDO) apportent leur savoir-faire et leur talent à ce qui restera comme un très beau film. Grâce également au montage, dont on ne souligne jamais assez ce qu'un film lui doit, qui est l’œuvre de Dody DORN.






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