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Manhunter


... J'ai découvert Marc Andreyko lors de sa collaboration avec Brian Michael Bendis sur Torso, il me semble que déjà à l'époque de la parution de l'album en français Bendis avait le vent en poupe, en tout cas d'autres traductions de ce scénariste ont suivi (contrairement à Andeyko) ce qui m'a permis in fine d'apprendre que ce qui m'avait plu dans Torso venait surement de la seconde cheville ouvrière du projet.

Intuition tout à fait confirmée avec la série Manhunter éditée chez DC.

... Manhunter est une série hardboiled, (terme qui qualifie une littérature de durs à cuire, Cf.Dashiel Hammett ou plus récemment James Ellroy), voire grim and gritty (sombre et violente) mais contrairement à ce qui se fait souvent, Marc Andreyko à la bonne idée de créer un nouveau personnage plutôt que de durcir et rendre méconnaissables des personnages dont ce n'est pas le registre habituel, dans le but nous dit-on de faire "réaliste".


Que celui qui combat les monstres prenne garde
à ne pas devenir un monstre lui-même.
Friedrich Nietzsche


... Or donc dans le premier épisode, Kate Spencer est procureur fédéral (comme en France grosso modo le procureur instruit à charge et défend l’intérêt de la collectivité) à Los Angeles (ce qui n'est pas une coïncidence fortuite à mon avis) dans une affaire mettant en cause un criminel notoirement dangereux et sanguinaire qui, contre toute attente échappe à la chaise électrique.
La fonction du Vigilante est claire : exterminer extrajudiciairement quiconque menace l'équilibre social. Une règle inébranlable et, surtout, applicable à tous, sans distinction d'âge ou de sexe.FBeddiar

Au mépris de la loi, Kate Spencer va s'introduire dans la chambre forte du tribunal contenant des pièces à conviction et se constituer un costume et  par la même occasion une identité de "justicière" ; et s'occuper personnellement du criminel qui vient d'échapper à la peine capitale et par ailleurs, de s'évader du fourgon qui devait le conduire en détention. 
Si Copperhead le criminel en question n'est pas un tendre, la nouvelle Manhunter non plus .... 


Si la justice expéditive qu'utilise la Manhunter n'est pas sans rappeler le courant introduit dans la bande dessinée mainstream étasunienne par des séries telles que l'Escadron Suprême ou encore Les Gardiens, à l'instar des séries citées celle de Mark Andreyko captive plus par la qualité de son scénario que par l'étalage d'une violence outrancière et complaisante. 

Ainsi n'oublie-t-il pas que son personnage est une super-héroïne, personnage qui appartient à un genre indissociable de trois éléments que nous rappelle Jean-Paul Jennequin dans son Histoire du Comic Book.
   
"La double vie", un élément qui semble devenir quantité négligeable ces dernières  années aux yeux des scénaristes en regard du temps que passe les différents personnages dans leur costume de redresseur de torts. Et pourtant, l'alter ego n'apporte-t-il pas une richesse en terme d'intrigue, de personnages secondaires, et d'épaisseur psychologique du héros ? Ou tout simplement en terme de points de vue ?

Si bien sûr, et Marc Andreyko a bien compris que cet élément est essentiel à la réussite d'une histoire de super-héros.




Il va ainsi bâtir un environnement familial et professionnel à son personnage principal en tant que Kate Spencer, et tout un aréopage d'adversaires à son alter ego Manhunter.   

Pour conclure de manière provisoire, j'en suis au quinzième numéro (la série en compte 38) et plus on avance, plus la série devient intéressante ... à suivre donc ! 


D'ailleurs pas plus tard que demain avec un Manhunter ayant précédé Kate Spencer dans une courte aventure tout en français, car vous le découvrirez en lisant cette série la "famille" au sens large y tient une place importante.

Commentaires

  1. (Une question qui n'a pas grand chose à voir avec cet excellent article, je m'en excuse, mais est-ce que ça cause un peu de l'Exécuteur, le bouquin Tolérance Zero ?)

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  2. Non, juste une ou deux brèves allusions ; "Tolérance zéro" est essentiellement une analyse du vigilante dans le domaine du cinéma, voilà voilà ...

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