jeudi 15 juin 2017

Le Regard (Ken Liu) Le Bélial'

Aurélien Police
…. L’art de raconter une histoire s’apparente souvent à celui de la prestidigitation, surtout dans le cadre d’un whodunit (kilafé), histoire policière où il y a lieu de capturer un assassin dont l'identité est inconnue.
L’une des règles non écrites de ce type de récit, est de donner suffisamment de fil à retordre à l’enquêteur pour que les lecteurs oublient que l’auteur (et par la force des choses, le détective) a toutes les cartes en main depuis le début.
Ce qui, corollaire intéressant, est aussi un bon moyen de les captiver en multipliant les fausses pistes, les rebondissements, et en inventant un modus operandi inédit (liste non exhaustive).

Ken Liu, bien que sa novella utilise une technologie qui le range (ainsi que la collection dans laquelle elle est publiée) ipso facto du côté de la science-fiction, a écrit avec Le Regard (traduction de Pierre-Paul Durastanti), un whodunit de la plus belle eau.

…. Plusieurs auteur-e-s se sont affranchi(e)s - avec brio - des règles, implicites ou explicites du genre.
L’un des exemples les plus retentissants, et qui a en son temps fait couler beaucoup d’encre, est certainement Le Meurtre de Roger Ackroyd, roman écrit par la talentueuse Agatha Christie.
Mais je crois que personne n’a écrit- dans le domaine qui nous occupe - quelques chose d’aussi radical que Ken Liu.
Un romancier dont la quatrième de couverture déclare via une citation d'Elizabeh Bear qu’il est un génie.

Une appréciation très élogieuse, que je ne suis pas loin de partager.

…. Mais que je n’utiliserai pas au sujet de la dernière parution de la collection « Une Heure Lumière » des éditions Le Bélial’ (au prix de 8,90 €).

Cela dit, je suis sûrement passé à côté du sujet tant la platitude, l’absence de rebondissements, voire d’intrigue de l’histoire me paraît trop flagrants pour ne pas cacher quelque chose.

Mais quoi ?

Même son héroïne, une version 2.0 de Super Jaimie, et dont Ken Liu ne fait pas grand-chose, a bien du mal à exister dans cette novella où tout semble aller de soi.
Dire que la fin est téléphonée, est très en-dessous de ce que j'ai ressenti aprés avoir tourné la 93ème page de l'ouvrage.

Reste une hypothèse, Ken Liu a lui-même testé l’amélioration ( ?) technologique autour de laquelle tourne Le Regard. [-_ô]

…. Une histoire par laquelle je déconseille fortement quiconque de commencer s’il a envie de découvrir cet auteur. Le Regard, tel celui de Méduse la gorgone, risque de le pétrifier pour longtemps toujours dans son élan.

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