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Doom Patrol [S01-E13] Flex Patrol

[TW]: Vous qui lirez ce qui suit, sachez que vous en apprendrez bien trop pour votre bien, si vous n'avez pas encore vu la série cathodique connue sous le titre de « Doom Patrol ». 
            J'avais d'abord envisagé de donner, à ce second commentaire™ sur la série télévisé de Jeremy Carver, l'apparence d'une succession de notules ; une pour chaque épisode. 
La brièveté de mes notes pour chacun d'entre eux, du moins si je ne voulais pas me répéter avec la régularité d'un fusil à pompe, m'a rapidement fait changer d'avis. C'est alors que le treizième épisode, dont il va être essentiellement question, m'a fait sortir de l'impasse dans laquelle je me trouvais. 
Booyah! 
Non pas que cet antépénultième épisode ne soit pas, lui aussi, un soap opera postmoderne, mais il se distingue de ces prédécesseurs par un épilogue qui pousse encore plus loin l'ironie qui caractérise pourtant de façon omniprésente le show de Jeremy Carver. 
L'ironie, vous savez bien, cette subversion de Prisunic™ devenue le paramètre par défaut de la plupart de nos interactions sociales, et d'un bon nombre de fictions. 
Dont, bien entendu, « Doom Patrol ». 
            De fait, visiblement fabriqué pour alimenter les conversations, ce treizième épisode sera l'objet de mon commentaire™. 
Or donc, après le cliché de la banlieue tranquille & prospère, l’épisode en question nous raconte le sauvetage d'un chat par le maître du mystère du muscle, l'épatant Flex Mentallo, puis on enchaîne sans transition sur une mise en abyme au travers du soap opera que regarde le prisonnier de la cellule 722, puis nous avons quelques scènes d'action au rabais ; et finalement l’épiphanie de l’épisode avec Mr. Nobody, trickster en chef du show, qui vient donc nous faire le sien. 
            Dans son rôle de demiurge histrionique il brise nonchalamment le Quatrième mur© de monsieur Diderot, pour un effet de « lampshading » qui devrait figurer au premier rang des exemples du genre dans n'importe quel manuel d'écriture créative. 
Jamais à court d'un cliché lui non plus, le super-vilain cubiste invective : « Tout ce temps à vous regarder le nombril, tout ce temps à régler vos petits problèmes, et enfin après pas moins de oups ! [Mr. Nobody arrache le visage de Cyborg sur l'affiche officielle de la série] ; là c'est mieux. Après pas moins de 13 épisodes pathétiques, laborieux et bourrés de blablas introspectifs, on va enfin avoir droit au show que tout le monde crevait d'envie de voir depuis le début ! UN SHOW DE SUPER-HÉROS ». 
Et Mr. Nobody d'énumérer, avec la gourmandise que lui prête Alan Tudik, décidément très très bon (comme le reste de la distribution), ce qui fait l'essence du genre. 
            Un discours qui laisse néanmoins présager le pire, pour qui est rompu au double langage de l'ironie, entendu que ledit effet narratif de « lampshading » est un procédé sensé attirer l'œil du spectateur sur une faiblesse du scénario, pour ensuite la dépasser. 
L'objectif est simple : désamorcer la critique pour que l'histoire puisse continuer. 
Cela dit, il y a plusieurs degrés dans la manière de procéder. Par exemple, lors du remplacement de l'acteur qui joue Rhodey (Terrence Howard) dans Iron Man 22010 ; la situation est évacué, lors de l'audience au Sénat, par la brève discussion, en messe basse, entre Tony Stark et le « nouveau » Rhodey (Don Cheadle). 
Une discussion sotto voce qui s'adresse en premier lieu au spectateur. 
Là, bien entendu, dans le contexte adopté depuis le début dans la série« Doom Patrol »,  Mr Nobody en fait des tonnes. 
            Là où le bât blesse durement, c'est que cet épilogue est peut-être la séquence la plus réussie de toute la série, mais qu'en même temps, sous la protection (supposée) de l'effet du « lampshade hanging », la critique des épisodes précédents est malheureusement juste. 
Et je serais très surpris que ce discours soit autre chose que ce qu'il paraît être. 
 
Bona to vada
(À suivre ......)

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