Accéder au contenu principal

Un Hiver de glace (Daniel Woodrell/Romain Renard)

Il fait très froid cet hiver-là. Et l'avenir est sombre pour la famille Dolly. Jessup, le père, a disparu après avoir hypothéqué leur maison en échange d'une libération conditionnelle. S'il ne se présente pas au tribunal le jour de son jugement, les Dolly seront à la rue. Comment s'en sortir alors que la mère n'a plus toute sa tête et que les deux garçons sont trop jeunes pour se prendre en charge ? Tout repose sur les épaules de Ree, l'aînée de 17 ans.
... Le roman hard-boiled (Pour en savoir +) propose souvent une surenchère dans la sensation, relativement au roman policier à énigme (Pour en savoir +) qui lui, a les ambitions de l'intelligence. Ce que Jean-Patrick Manchette résumera par : "d'un côté Hercule Poirot, de l'autre Bogart : la tête et les couilles".
Daniel Woodrell se démarque de ces deux pôles, et organise son histoire autour du non-dit et du mystère, mais pas dans le cadre d'une fabulation par A + B.
Un Hiver de glace s'inscrit dans ce qu'il est convenu d'appeler le roman noir rural (country noir ou backwwods noir) ; et si l'alambic traditionnel du hillbilly a été remplacé (pas si avantageusement) par le trafique de cocaïne, le backwoods noir est toujours hanté par la forêt, les mythes païens et la violence.
Avec Un Hiver de glace, on quitte la jungle d'asphalte pour le monde tout aussi dangereux de la Wilderness.  
La Wilderness c'est la réalité concrète d'une terre non encore explorée, secrète, inquiétante et dangereuse à la fois ; une terre primitive et un espace de solitude adamique sur lequel règne le Mal. 
Schématiquement, le personnage prédominant du roman hard-boiled c'est le détective privé. Tout aussi schématiquement on peut dire que l'esthétique du roman noir introduit un nouveau protagoniste tout aussi important.
Figure de la transgression, avatar de la star dans sa conception hollywoodienne (Marlene Dietrich, Bette Davis), mais aussi héritière du villain gothique je veux bien sûr parler de la femme fatale. 
Daniel Woodrell se démarque (encore une fois) de ces deux stéréotypes en faisant de son personnage principal, de son héroïne Ree Dolly, une virago ; c'est-à-dire une femme active et résolue qui, pour le dire vite, ne fait qu'"agir comme un homme".
Mais Ree Dolly est bien loin du cliché que l'on se fait souvent de la virago : un irascible dragon viriloïde.
L'adaptation en bande dessinée par Romain Renard du roman homonyme de Woodrell, dans des teintes sépias, réalisée avec la technique du lavis (c'est du moins l'impression que ça donne) renforce la sensation d'étouffement, de promiscuité dont souffrent ces hillbillies des monts Ozarks.  
Ce n'est pas Délivrance de John Boorman mais on est bien loin de la prospérité promise par le "Rêve américain".

... Un Hiver de glace est un magnifique album qui outre un plaisir de lecture immédiat, m'a donné l'envie de regarder de plus près le travail de Romain Renard, et l'envie tout aussi impérieuse de lire les romans (et les nouvelles) de Daniel Woodrell.

Commentaires

  1. Excellente lecture ! J'en ai écrit une critique également. Il y a plein de pépites dans ces adaptations bd de romans noirs publiés chez Rivages et adaptés par Casterman (Westlake par Lax, Lehane par De Metter, Leonard par Berlion...). "Winter's bone" a aussi fait l'objet d'une remarquable version pour le cinéma avec Jennifer Lawrence, alors débutante, qui livre une prestation exceptionnelle.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui j'en ai lu plusieurs, mais c'est celui-là qui m'a le plus fait d'effet.

      Pour l'instant. [-_ô]

      Supprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

The Suicide Squad [ James Gunn & Co. ]

D’après le réalisateur J ames G unn, J ohn O strander, le scénariste de bandes dessinées qui a recréé la Suicide Squad ® en 1987 - et à qui le réalisateur a offert un caméo, est ravi par le film.  Autrement dit, malgré une direction aux antipodes de celle qu’il avait adoptée lors de son run (1987-1992), J ohn O strander accorde son onction au jeune prodige. Sympa !  Lequel réalisateur réutilise tout ce qui a fait le succès des Gardiens de la galaxie i.e. : si vous avez aimé les deux blockbusters du MCU™, vous aimerez ce nouvel épisode de la Suicide Squad ® . Quand bien même la formule gagnante est en contradiction complète avec l’idée-force de l’équipe cornaquée au siècle dernier par J ohn O strander ; où chaque membre était susceptible de mourir pour l’accomplissement de la mission.              J ames G unn opte en effet pour le ton parodique qu’on lui connaît, un choix déterminisme qui transforme tous ses personnages en caricature, certes très amusantes, mais dont le destin im

Un espion de trop [Lee Remick / Tyne Daly / Charles Bronson / Don Siegel]

Ce film, sorti en 1977, s'appuie sur le roman de W alter W ager ( Le Code ) et un cliché du film d'espionnage : les « agents dormants ». • La vie c'est simple comme un coup de fil             Peu après la crise dite des missiles de Cuba , l' U.R.S.S. , en représailles, dissémine sur le territoire des U.S.A. des « agents dormants ». Vingt ans plus tard, l'époque est à la détente, mais pas au gout de tout le monde. Nicolai Dalchimsky , stalinien pur sucre goûte assez peu le rapprochement entre les deux blocs ennemies, et la purge dont les féaux du « Petit Père des peuples » sont la victime. Il se rend aux États-Unis pour réveiller les « agents dormants ». Le KGB envoie un agent pour le neutraliser.   • Chercher la femme             Manifestement, à plus de 60 ans D on S iegel a perdu de sa superbe. « Un espion de trop » est, pour ainsi dire, surtout un film de trop. B ronson y joue une caricature de ses meilleures interprétations, le dur à cuire taciturne, et D on

Shot Caller / L'Exécuteur

R ic R oman W augh connait plutôt bien le milieu carcéral étasunien, car, pour l'un de ses précédents films, il avait travaillé en tant qu'agent de libération conditionnelle bénévole en Californie . Sans que personne ne sache - bien évidemment- qu'il travaillait dans le cinéma.  Une expérience sans filtre qui lui sera donc également profitable pour « Shot Caller », un film de moins de 10 millions de dollars, sorti aux États-Unis en 2017.              Titré bêtement, et surtout sans rapport avec la signification de son titre original « L'Exécuteur », pour sa sortie francophone Direct-to-vidéo (DTV), ce long-métrage de deux heures raconte l'histoire de Jacob Harlon , un homme d'affaires de Pasadena (CA), qui verra sa vie familiale épanouie et ses prometteurs projets professionnels disparaitre suite à un funeste accident de la circulation.  Envoyé en prison, où il côtoiera des criminels professionnels (si j'ose dire), il fera tout pour y survivre.