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Le Vampire [Philip MacDonald/Marie-Claude Sauvestre]

Réputé pour être le roman qui le premier mit en scène un « tueur en série », « Le Vampire » n'utilise cependant aucune once de surnature. Contrairement à ce que son titre français pourrait laisser croire. 
            Le « Vampire » du titre n'est en effet que le surnom qu'il s'octroie lui-même, dans la relation épistolaire qu'il entretiendra avec les forces de police, et plus précisément avec un fin limier venu tout droit de Scotland Yard, épauler la police locale. 
Dans la langue originale de l'histoire il est question d'un beaucoup plus prosaïque « The Butcher ». 
« Murder Gone Mad », de son titre anglais, n'est donc pas un roman fantastique mais un pur whodunit, qui se distingue néanmoins encore, 90 ans après sa publication. 
            D'abord par des meurtres sauvages qui n'épargneront personne, pas même les jeunes adolescents. 
Ensuite au travers d'une des méthodes d'investigations imaginées par Philip MacDonald : un complexe dispositif de vidéo-surveillance, sensément identifier le tueur au moment où il poste les lettres qu'il envoie aux policiers. 
Une technique que je ne m'attendais pas à trouver dans un roman paru en 1931. 
Et enfin, et là ça devient nettement moins innovant, le roman s’illustre par une enquête au rythme très désinvolte, où les inspecteurs chargés de l'affaire semblent assez peu sensibles au body count qui endeuille petit à petit la petite ville de Holmdale.
            Imaginez une série de meurtres très rapprochés dans la ville où vous vivez paisiblement, alors que les forces de l’ordre, très réduites, discutent de l'affaire comme on discuterait du temps qu'il fait, tout en envisageant de - peut-être - prendre un parapluie. 
J'exagère à peine. 
Une enquête menée donc à un train de sénateur, assez peu compatible avec l'horreur à laquelle elle est supposée mettre fin. 
D'autant que l'autosatisfaction semble de rigueur chez les policiers, alors que l'enquête fait du surplace, contrairement au nombre des victimes. 
- Un ange passe -
            L'impression que m'a finalement laissé ce court roman est donc celle d'un auteur qui visiblement ne manque pas d'idées innovantes, mais semble dépourvu d'un quelconque talent pour en faire une histoire qui tienne la route. 
Ses personnages sont superficiels, le rythme est en décalage complet avec le sujet traité, et la conclusion de l’intrigue est si tirée par les cheveux qu'on l'entend crier. 
Vous l'aurez compris, hormis de lire le premier roman de l'histoire du (mauvais) genre dont le criminel est un tueur en série, et la découverte fortuite d'un dispositif de vidéo-surveillance très en avance sur son temps, « Le Vampire » est un kilafé très dispensable. 
Pour les curieux et les aventuriers.

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