Accéder au contenu principal

Code 46 [Frank Cottrell Boyce / Michael Winterbottom]

« Code 462003 » se déroule dans une société mondialisée qui ne partage pas de différence de nature avec la nôtre, mais plutôt une différence de degrés (sic)
Grossièrement elle se divise en deux : 
• ceux du « dehors », le lumpenprolétariat, à qui quasiment tout est refusé et qui (sur)vivent sous un soleil aride, dans des endroits qui le sont tout autant 
• et ceux du « dedans », la classe supérieure, aisée, installée dans de gigantesques mégalopoles. 
Néanmoins, le prix à payer pour ce confort est celui d’un contrôle strict de leurs déplacements, ainsi que du temps passé sur les lieux de leurs destinations. Voyages et séjours sont en effet subordonnés à des assurances, les « papels ». C’est justement sur l'un de ces trafics qu’enquête William Geld (alias Tim Robbins) lorsque nous le rencontrons.
Cependant le fichage des individus va plus loin, puisque les hommes et les femmes de cet avenir proche ( ?) ont largement recours à l’insémination in vitro, et au clonage. 
Si les mariages ne sont autorisés qu’après un contrôle très rigoureux du patrimoine génétique des amoureux, le Code 46 (du titre) interdit expressément la conception d’enfants entre deux personnes partageant au moins 25% d’ADN commun. 
            Si « Code 46 » emprunte un arrière-plan commun aux récits d’anticipation social, il y agrège une symbolique antique transparente mais efficace, pour au final essentiellement raconter une tragédie romantique dont on augure mal qu’elle se finisse bien. 
La grande force du long-métrage réalisé par Michael Winterbottom c'est son étrangeté. Laquelle est par ailleurs renforcé par un rythme languide, quasi hypnagogique. 
Exploitant au mieux des décors filmés à Shanghai, Dubaï, Hong Kong et dans le désert du Thar au Rajasthan ; utilisant des prises de vue de caméras de surveillance, et un personnage singulier & fantasque, en la personne de Maria Gonzales interprétée par Samantha Morton, et quelques très bonnes idées de Sf (le virus d’empathie, et surtout son utilisation à multiples entrées), le cinéaste hérite en sus d’un scénario particulièrement habile, signé Frank Cottrell Boyce. Duquel je mentionnerai entre autres, l’utilisation d’un espéranto dépaysant, un détail aux effets inversement proportionnels, et des conséquences de la violation du Code 46 particulièrement retorses et ingénieuses. 
            Outre son rythme neurasthénique donc, qui pourrait désorienter, une séquence particulièrement désagréable risque de choquer beaucoup de spectateurs. Si elle s’explique dans le contexte de l’histoire, et via la psychologie des personnages qui y prennent part, elle n’en reste pas moins très très perturbante. 
Utilisant avec un savoir-faire certain l’effet Rosebud™, « Code 46 » exploite le sentiment d’empathie qu’un manque impossible à combler suggère, à l’instar de celui de John Foster Kane. Et permet au public du film de ressentir au plus près ce qui arrive aux deux protagonistes principaux. 
Un film empathique & inconfortable. Une belle découverte.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le KU KLUX KLAN (3)

... Quelque soit son véritable poids idéologique ou même politique aujourd'hui, le Ku Klux Klan a déteint sur la culture de masse ; qui n'a pas entendu parler de la célèbre marque de cigarettes  Marlboro et des trois "K" présents sur son paquet, d'un homme qui en regarde un autre pendu (dont on ne verrait que les jambes), et sur la troisième image : la silhouette d'un Klansman ...  (liste non-exhaustive) . Marlboro n'est d'ailleurs pas la seule marque de cigarettes à avoir eu droit à des investigations sur la signification du design de son paquet de cigarette, Camel aussi. Dés les débuts du Klan , le bruit court que ces cavaliers "surgis hors de la nuit" sont les fantômes des soldats Confédérés morts au combat, des soldats qui ayant vendu leur âme au Diable sont de retour ici-bas et annoncent l'Apocalypse. Le nom même du groupuscule a longtemps était entendu comme le bruit que fait la culasse d'un fusil lorsqu'on l...

The Words

... The Words ( Les Mots ) est un film qui avait tout pour me séduire : le roman en tant qu'élément principal, des acteurs que j'aime bien ; D ennis Q uaid, J eremy I rons, J . K . S immons et B radley C ooper. Éléments supplémentaire l'histoire se révèle être une histoire dans l'hisitoire. Ou plus exactement un roman à propos de l'écriture d'un roman, écrit par un autre ; entre fiction et réalité.  Je m'explique. Clay Hammon fait une lecture public de son dernier livre The Words dans lequel un jeune auteur, Rory Jansen , en mal de reconnaissance tente vaille que vaille de placer son roman chez différents éditeurs. Cet homme vit avec une très belle jeune femme et il est entouré d'une famille aimante. Finalement il va se construire une vie somme toute agréable mais loin de ce qu'il envisageait. Au cours de sa lune de miel, à Paris , son épouse va lui offrir une vieille serviette en cuir découverte chez un antiquaire, pour dit-elle qu'...

Nebula-9 : The Final Frontier

... Nebula-9 est une série télévisée qui a connu une brève carrière télévisuelle. Annulée il y a dix ans après 12 épisodes loin de faire l'unanimité : un mélodrame bidon et un jeu d'acteurs sans vie entendait-on très souvent alors. Un destin un peu comparable à Firefly la série de J oss W hedon, sauf que cette dernière bénéficiait si mes souvenirs sont bons, de jugements plus louangeurs. Il n'en demeure pas moins que ces deux séries de science-fiction (parmi d'autres telle Farscape ) naviguaient dans le sillage ouvert par Star Trek dés les années 60 celui du space opera . Le space opera est un terme alors légèrement connoté en mauvaise part lorsqu'il est proposé, en 1941 par l'écrivain de science-fiction W ilson T ucker, pour une catégorie de récits de S-F nés sous les couvertures bariolées des pulps des années 30. Les pulps dont l'une des particularités était la périodicité ce qui allait entraîner "une capacité de tradition" (...