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Le labeur du Diable [Fathi Beddiar / Babbyan & G. Holland / F. Segala]

Je suis devenu un familier de Fathi Beddiar en lisant la revue Mad Movies™, ainsi que son essai (excellent) Tolérance zéro, la justice expéditive au cinéma. Je n'ai pas non plus manqué son polar Colt 452014, réalisé par Fabrice Du Welz & Frédéric Forestier (de manières houleuse si j'en crois certains témoignages). Bref, quand j'ai vu qu'une BD, scénarisée par ses soins, était commercialisée au prix de 24,95 € par Glénat™ je me suis que j'en serais.
            L'histoire proprement dite de ce premier tome (/2) s'étale sur une bonne centaine de pages, et le reste de l'album est une recension du contexte dans lequel ce scénario a vu le jour : origine de l'idée, influences, etc.. 
D'abord envisagé pour être un scénario pour lequel Fabrice Du Welz avait eu un coup de cœur, les démarches auprès d'éventuels producteurs n'aboutiront pas.
C'est Olivier Jalabert, à l'époque chez Glénat™, qui proposera à Fathi Beddiar d'en faire une bande dessinée.
            L'accroche est assez simple, et c'est cette (apparente) simplicité, et son air de « déjà-vu », qui rendent l'entreprise périlleuse. 
Superficiellement « Le labeur du Diable » est une histoire de revanche, mâtinée d'une bonne dose de Fantastique (?). Celle d'un homme de 40 ans efficace et effacé, à qui une entité mystérieuse offre une paire de couille. 
En l'espèce un « warbag », autrement dit une sacoche tactique que transportent les flics de terrain dans leur voiture.
Ce « cadeau » va transformer Webster Fehler, le personnage en question, en quelque chose d'inattendu. 
            Si « Le labeur du Diable » est un récit sous roid rage, sa particularité tient également au sillon psychologique que creuse le scénariste. Comme le précise Fathi Beddiar dans un entretien, son histoire est character-driven pas action-driven. C'est-à-dire que c'est le personnage qui créé l'intrigue, et pas le contraire. En réalité les deux approches sont souvent imbriquées,et si vous lisez ce premier tome vous verrez qu'il n'est pas avare en termes d'action.  
Il y a, à mon avis, ici, un juste équilibre.
C'est violent, très dynamique, mais en plus le personnage est fascinant en tant que tel.
            Si Babbyan & Geannes Holland, aidées en cela par le coloriste Francesco Segala proposent des planches au storytelling acéré et âpre ; ils construisent aussi tout un décor d'arrière-plan qui renseigne sur le parcours des uns et des autres, ainsi que sur leur humeur et leur état d'esprit. 
            La deuxième partie de l'album est une sorte d'essai sur tout un pan de la culture populaire : films, BDs, romans, récits, musique bref Fathi Beddiar s'y montre aussi à l'aise et intéressant que dans la première partie.
Ces bonus, intitulées « Complément immersif », une quasi biographie intellectuelle de l'auteur, sont d'une richesse incroyable. En sus, Beddiar est quelqu'un qui sait écrire.
Il ne s'agit pas pour lui de donner une simple liste d'influences diverses, mais bien d’offrir un récit backstage de l'album, qui ne manquera pas d'enrichir la culture de ceux qui le liront. Tout en les divertissant.
            « Le labeur du Diable » est sans aucun doute possible l'une des toutes meilleures bandes dessinées que j'ai lue cette année.
J'attends avec impatience le second tome.

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