samedi 31 juillet 2010

Supermassive black hole


Supermassive black hole  Live at Wembley Stadium 2007

vendredi 30 juillet 2010

Le saviez-vous ?

... En 1953 un jeune diplômé en sciences politiques à l'accent new yorkais posa sa candidature au programme d'entraînement de la CIA, mais sa demande fut rejetée parce qu'il avait naguére adhéré à un syndicat de gauche....

Son nom ? 

Peter Falk



Source : Qui mène la danse ? La CIA et la guerre froide culturelle 
Frances Stonor Saunders - Traduction Delphine Chevalier - Editions Denoël

jeudi 29 juillet 2010

mercredi 28 juillet 2010

Les âmes perdues (2)

... La veille au soir, quelque chose d'étrange était arrivée à Eddie Axel. Tout avait commencé lorsqu'il était sorti en titubant de son bar préféré, qui se trouvait à six blocs de distance de son épicerie de la 3e Avenue. Il était ivre et heureux ; et avec raison. Ce jour-là, il fêtait son cinquante-cinquième anniversaire. Durant son existence, il s'était marié à trois reprises ; il avait engendré quatre enfants légitimes et une poignée de bâtards ; et - c'était le plus important à ses yeux - il avait fait de la Supérette Axel une entreprise extrêmement lucrative. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possible.
... Mais bon Dieu, qu'est-ce qu'on se gelait ! Et bien entendu, pas un taxi en vue en cette première nuit du Nouvel Âge glaciaire. Il allait devoir rentrer à pied.
... Il avait parcouru une centaine de mètres lorsque - miracle ! - un taxi avait fait son apparition. Eddie l'avait hélé, était monté à son bord, et c'est là que les choses avaient viré au bizarre.
... Pour commencer, le chauffeur connaissait son nom.
... - À la maison, monsieur Axel ? demanda-t-il.
... Trop heureux de sa bonne fortune, Eddie se contenta de marmonner "oui", supposant que ce taxi était un cadeau d'anniversaire offert par l'un de ses compagnons de beuverie.
... Peut-être ses yeux s'étaient-ils fermés ; peut-être même s'était-il assoupi. Quoi qu'il en soit, lorsqu'il reprit ses esprits, le taxi fonçait dans des rues qui lui étaient inconnues. il s'arracha à sa torpeur. C'était sûrement le Village ; un coin qu'Eddie évitait soigneusement. Son quartier, c'était celui de son épicerie, pas loin de la 90e Rue. Pas question qu'il se frotte à la décadence du Village, où une boutique proposait : "Oreilles percées, avec ou sans douleur", et où des jeunes garçons aux hanches suspectes s'attardaient sur le pas de la porte.
... - Ce n'est pas la bonne direction, dit-il en toquant sur la vitre de séparation.
... le chauffeur, cependant, ne prononça pas un seul mot, ni pour s'excuser ni pour s'expliquer, jusqu'à ce que le taxi oblique vers le fleuve, achevant sa course entre deux rangées d'entrepôts.
... - Vous êtes arrivé, dit alors le chauffeur.
... Eddie ne se le fit pas dire deux fois.
...Une fois qu'il fut descendu de voiture, le chauffeur lui indiqua un terrain vague coincé entre deux entrepôts enténébrés.
... - Elle vous attend, dit-il, et il s'en fut.
... Eddie se retrouva seul sur le trottoir.
... Le simple bon sens lui conseillait de s'éclipser, mais ce qu'il vit alors le cloua sur place. Elle se tenait devant lui - la femme dont avait parlé le chauffeur -, et c'était la créature la plus obèse qu'Eddie ait jamais vue. Elle avait plus de mentons que de doigts, et sa graisse, qui débordait de partout sous sa légère robe d'été, était luisante d'huile ou de sueur.
... - Eddie.

À suivre ....

mardi 27 juillet 2010

Les âmes perdues

Grant Morrison & Clive Barker


... Tout ce que la femme aveugle avait décrit à Harry était bel et bien réel. Quelle que soit la nature de l'œil intérieur de Norman Paine - cet extraordinaire talent qui lui permettait de visualiser l'île de Manhattan, du pont de Broadway à Battery Park, sans quitter son minuscule appartement de la 75e Rue -, cet œil était aussi acéré que celui d'un jongleur de couteaux. Harry avait devant lui la maison en ruine de Ridge Street, à la façade en brique souillée de suie. Le chien crevé décrit par Norman gisait sur le trottoir, et on aurait pu le croire endormi n'eût été son crâne béant. C'était ici, à en croire Norma, qu'était tapi le démon recherché par Harry : le timide et sublimement maléfique Cha'Chat.
... Pourtant, on ne se serait pas attendu à trouver en un tel lieu un desperado aussi élevé dans la hiérarchie que Cha'Chat. Les frères infernaux n'hésitent certes pas à s'encanailler, mais seule la propagande chrétienne les décrit comme vivant dans la glace et les déjections. Le démon évadé aurait davantage été à sa place au Waldorf-Astoria, occupé à gober les mouches et à écluser de la vodka, que dans un endroit aussi désolé.
... C'est le désespoir qui avait poussé Harry à consulter la clairvoyante aveugle, car il avait échoué à localiser Cha'Chat par les méthodes accessibles au privé qu'il était. Lui seul, avait-il avoué à Norma, était responsable de l'état de liberté dont jouissait le démon. Apparemment, ses multiples escarmouches avec l'Abîme et sa progéniture n'avait pas suffi à lui apprendre que l'Enfer avait le génie du mensonge. Pourquoi s'était-il laissé berner par cet enfant apparaissant dans sa ligne de mire alors qu'il braquait son arme sur Cha'Chat ? Un enfant qui s'était évaporé dans un nuage nauséabond dès que le démon s'était enfui, sa manœuvre de diversion ayant parfaitement réussi.
... Il en était à sa troisième semaine de traque et Noël approchait ; Noël à New York, saison du suicide et de la bonne volonté. Les rues grouillaient de monde ; l'air ravivait les plaies ; Mammon triomphait. Difficile d'imaginer un terrain de jeux plus parfait pour la bile de Cha'Chat. Harry devait trouver le démon sans tarder, avant qu'il ne commette de sérieux dégâts : le retrouver et le renvoyer dans le gouffre d'où il était sorti. En désespoir de cause, il était prêt à utiliser le charme que lui avait jadis confié feu le père Hess, l'assortissant d'une mise en garde si terrifiante que Harry n'avait jamais osé coucher les syllabes par écrit. Tous les moyens seraient bons. Mais Cha'Chat ne devait pas fêter Noël de ce côté-ci du Schisme.
... Il semblait faire plus froid dans la maison que sur le trottoir de Ridge Street. Harry sentait déjà ses pieds s'engourdir, bien qu'ils soient protégés par deux paires de chaussettes. Il explorait le palier du premier étage lorsqu'il entendit un soupir. Il pivota sur lui-même, s'attendant à découvrir Cha'Chat planté devant lui, son bouquet d'yeux tourné dans douze directions différentes, sa fourrure drue parcourue de frissons. Erreur. Au bout du couloir se tenait une jeune femme. Ses traits hâves trahissaient son ascendance portoricaine, mais Harry eut à peine le temps de les entrevoir - ainsi que son ventre alourdi par la grossesse - qu'elle disparaissait déjà dans l'escalier.
... En l'entendant dévaler les marches, il comprit que Norman s'était trompée. Si Cha'Chat s'était trouvé dans les parages, une victime aussi parfaite n'aurait jamais pu lui échapper avec ses yeux intacts. Le démon n'était pas ici.
... Il n'avait plus qu'à fouiller le reste de Manhattan.


Titre original : Lost Souls (C) Clive Barker 1985
Traduction Jean-Daniel Brèque - TÉNÈBRES n° 5  janvier/mars 1999

lundi 26 juillet 2010

Les labyrinthes du langage



... À l'orée du siècle suivant Grant Morrison & Igor Kordey créent un personnage certes postérieur à Fantomas et à Diabolik, mais qui représente d'une certaine manière, le chaînon manquant entre ces deux derniers. Entre hommage et innovation.




... Il est par ailleurs amusant que Fantomex ait été créé sous la supervision de John Sublime, une bactérie mutante douée de conscience, présente depuis la naissance de la planète Terre et qui ne survit qu'en infectant des "hôtes". On a l'impression que l'on peut aisément remplacer "bactérie mutante" par "mème". 
Ce qui rejoint hardiment le commentaire du début du billet, après l'explication de Marcel Allain sur l'origine du nom Fantomas.

Pour terminer qu'est-ce que le sublime ? Serge Lehman nous l'explique :

Extrait de Fantomas mène le bal de Thierry Thomas où l'on entend Marcel Allain en 1966.
Deep down d'Ennio Morricone extrait de la B.O de Danger Diabolik de Mario Bava.

samedi 24 juillet 2010

jeudi 22 juillet 2010

The morning after

... Imaginez, une jeune femme se réveille et constate qu'elle a une méchante gueule de bois. À ses côtés un homme qui dort, d'autant plus profondément qu'il a un couteau enfoncé dans la poitrine. 

Qui est-il ? 
Que fait-elle là ? 
L'a-t-elle tué ? 

C'est beaucoup de question pour Viveca, une ex actrice alcoolique qui n'a d'ailleurs qu'une hâte quitter la ville. De marche à pied dans une zone industrielle désertique en taxi, elle rejoint son domicile ; rempli une valise et part en direction de l'aéroport. Un aéroport bondé, où elle se rend compte que tous les vols sont complets. 
Il faut dire que c'est le Thanksgiving Day (journées des actions de grâce), finalement suite à un quiproquo elle rencontre Turner qui va l'aider.


... Hum, je vous vois froncer les sourcilles, un type aide une fugitive comme par hasard, et qui plus est, accusée d'un meurtre ... oui mais la fugitive en question c'est Jane Fonda.
Une Jane Fonda irradiante de sex-appeal et de fragilité. 

D'autre part nous somme le jour de Thanksgiving. Et saviez-vous que "depuis 1621 les Américains célèbrent la journée des actions de grâce qui vit les Pèlerins remercier le Seigneur des les avoir épargnés".

Comment ? 

En plaçant des Indiens sur leur chemin, ces derniers n'hésitant pas à partager leur nourriture avec les nouveaux venus et à les conseiller (même si aujourd'hui il semble que la reconnaissance au Seigneur ait occulté celle due aux Indiens). Comme vous le voyez c'est un jour particulier dans la culture étasunienne, placé sous le signe de l'aide à autrui.


Bref ceci étant dit The morning after (alias Le lendemain du crime) est un excellent film, Sidney Lumet manie et mixe  avec beaucoup de  talent et d' a propos suspense, humour (Jane Fonda est irrésistible malgré ou à cause de ce qui lui arrive), et comédie romantique. Il est soutenu par un distribution de tout premier choix. Outre Jane Fonda, Jeff Bridges et Raul Julia sont excellents. 

J'avais dans l'idée de poursuivre aujourd'hui la publication de l'aventure de Doc Savage, mais j'ai tellement été enthousiaste à la "projection" de ce film que j'ai eu envie de vous en parler. 
Alors si d'aventure vous en avez la possibilité, pourquoi n'y jetteriez-vous pas un coup d'œil. 

mardi 20 juillet 2010

Sculpture humaine


... Vous connaissez certainement l'histoire ... Grant Morrison aurait puisé une partie de son inspiration pour créer Flex Mentallo dans la célèbre méthode de musculation de Charles Atlas.




Mais saviez-vous qu'en France nous avions eu aussi notre "Charles Atlas" en la personne de Robert Duranton (un magnifique athlète par ailleurs).





Ces deux pages proviennent de deux revues accueillant comme de juste les aventures de la Patrouille Z  et de la Patrouille Maudite (aka Doom Patrol) , les aficionados apprécieront.

lundi 19 juillet 2010

JLA


... La lecture de plusieurs articles consacrés au Batman de Grant Morrison et un peu beaucoup de rangement, opération grâce à laquelle j'ai remis la main sur de vieux STRANGE, m'ont fait replonger dans la JLA du scénariste écossais.

Enfin une partie des aventures de l'équipe puisque j'ai eu l'occasion de constater qu'il me manquait plusieurs numéros.
Ceci étant, ceux que j'ai lus (du numéro 1 au 17) sont excellents. 

Ça commence avec l'arrivée sur Terre de l'Hyperclan, qui prétend venir sauver la planète, Morrison nous tient en haleine durant quatre numéros malgré un traitement artistique de la part d'Howard Porter pas toujours très narratif. 
La Femme de demain est une histoire en un seul épisode mais dont le fil rouge va se poursuivre sur plusieurs des numéros suivants : le recrutement de nouveaux membres. 
Avec ce 5iéme épisode, Superman arbore une nouveau costume et de nouveaux pouvoirs qui ne sont pas le fait de Grant Morrison mais qu'il va utiliser avec beaucoup d'intelligence. 

L'un de ces nouveaux membres fait une arrivée fracassante dans le numéro suivant. Morrison n'hésite pas à convoquer .... un ange, alors que se dessine une autre menace. J'ai en outre l'impression que Porter devient plus lisible, ou peut-être me suis-je habitué.
Si la JLA est le regroupement des super-héros les plus puissants de l'univers de DC comics alors il est clair que les menaces auxquelles il doit faire face doivent être à la hauteur de sa réputation.
Et l'arrivée d'une dimension supérieur dans la réalité de nos héros est à la hauteur des attentes du lecteurs, du moins si c'est moi qui interprète ce lecteur.

Osacr Jimenez arrive sur JLA n°8 en lieu et place d'Howard Porter pour une aventure qui traite d'une certaine manière d'univers parallèles. Il me semble d'ailleurs qu'à cette époque (1998) toutes les Terres parallèles de l'univers DC comics ont été éradiquées. Une excellente histoire qui courre sur deux numéros et qui se termine sur l'arrivée d'un nouveau danger, illustré par la derniére page du numéro.
Howard Porter revient avec le numéro 10, et un nouveau membre en la personne d'Aztek.


... Changement de format pour le lecteur français, STRANGE tire définitivement sa révérence et la JLA migre dans une revue qui lui est tout entière consacrée.
Voyages dans le Temps, ou dans l'esprit dérangé d'un super-vilain, Morrison nous régale. Il n'oublie pas au milieu de tous ces rebondissements d'introduire de l'humour notamment en invitant Plastic Man. Bref tout ceci est très agréable à lire, et le scénariste paye de sa personne en n'hésitant pas à créer de nouveaux personnages : après Zauriel et Aztek, c'est au tour de Prometheus : un super-vilain tout à fait à la hauteur de la JLA, Morrison ne se moque pas de son lectorat.


Voilà où j'en suis, après 17 numéros je n'ai qu'une seule envie poursuivre l'aventure .....

... L'une des caractéristiques des aventures concoctées par Grant Morrison est sans nul doute le soin constant de nous donner du sens of wonder, cette sidération cognitive qu'il n'est par ailleurs pas (si) facile d'expliquer.

Serge Lehman s'y risque pour nous, extrait .... 


La totalité de l'intervention est ici.

dimanche 18 juillet 2010

Raisons d'Etat

... Dés leur entrée en guerre les États-Unis se dotent d'une agence de renseignements : l'O.S.S (l'Office des Services Stratégiques), dont on a pu écrire qu'il était l'un des groupes les plus à la mode de diplomates dilettantes, de banquiers de Wall Street et de détectives amateurs jamais vu à Washington. Son chef William "Wild Bill" Donovan recrutait au cœur de l'Etablishment des affaires, de la politiques, de l'université et de la culture. D'où le surnom de l'O.S.S : Oh, Si, Snob.

C'est ce que découvrira aussi le spectateur de Raisons d'État, le film de Robert de Niro (dont le personnage qu'il joue s'inspire d'ailleurs de Wild Bill Donovan) au travers du recrutement et d'une partie de la carrière d'Edward Wilson. 


Edward Wilson deviendra un agent particulièrement efficace, et qui gagnera le surnom de Mother chez les soviétiques. 
Mother, qui est aussi le surnom (apocryphe) donné à un agent américain lui bien réel (du moins dans l'acceptation que peut revêtir ce mot dans le contexte du Grand Jeu : James Jésus Angleton, par ailleurs interprété par Michael Keaton dans la série The Company.

.. Fondateur de la revue de poésie Furioso en 1939 Angleton est un pur produit de ce qu'on a appelé la "source P" (P pour professeur), c'est-à-dire les agents de la C.I.A recrutés au sein de l'Ivy League (excellence scolaire & élitisme).

Né en 1917 il passa son adolescence en Europe avant d'entrer à Yale, de passer par l'O.S.S avant d'intégrer la C.I.A. Il a notamment été pendant 20 ans chargé du personnel de contre-espionnage de l'Agence et responsable de la liaison avec les renseignements alliés à partir de 1954. Il a également dirigé un groupe complétement indépendant, et agissant sous couverture, de "journalistes-agents secrets" dont même le personnel de la C.I.A ne savait rien. 
Jardinier accompli dans le domaine des orchidées sauvages, pêcheur à la mouche de premier ordre, photographe publié, ouvrier doué en matière de pierres précieuses et en cuir, admirateur de l'opéra italien, de cricket et de football, une sorte d'incarnation du mythe romantique de l'espion-poète. Mais aussi buveur légendaire de martinis qui n'hésitait pas à danser sur les chansons d'Elvis Presley.


Si Edward Wilson s'inspire de James Angleton (et dans ce jeu de matriochkas, le docteur Fredericks est certainement l'ombre chinoise de Kim Philby), celui-ci devait être particulièrement taciturne et taiseux. Une sorte de moine, ou de curé  croisé accomplissant non pas un métier mais un sacerdoce. Le titre original du film est d'ailleurs un indice en ce sens :  The Good Shepherd.

Le paradoxe du personnage consiste en une croisade placée sous le signe de la vérité alors qu'il vit dans un monde justement gouverné par le mensonge ; entouré de ces "gens qui avaient étudié Dante, fréquenté Yale et appris les vertus civiques", et qui "ont recruté des nazis, falsifié des résultats d'élections démocratiques , donné du LSD à des gens sans le leur dire, ouvert le courrier de milliers de citoyens américains, renversé des gouvernements, soutenu des dictatures, comploté des assassinats et manigancé le désastre de la baie des Cochons."

La baie des Cochons, le début du film, et le nadir de James Angleton. 

C'est cet événement qui va nous révéler le parcours d'Edward Wilson, mettant en parallèle l'enquête visant à découvrir la taupe qui a fait échouer l'opération  de Cuba et des tranches de la vie de Wilson, de son entrée dans la confrérie Skull and Bones en 1939 jusqu'au début des années 60. Le passé éclairant le présent et vis versa.



Pour en savoir plus sur James Angleton, voici un enregistrement clandestin réalisé à l'insu de Patrick Pesnot et de son mystérieux informateur Monsieur X...

.... cet enregistrement s'autodétruira dans les 5 secondes, bonne chance monsieur Phelps.

* Qui mène la danse ? France Stonor Saunders Éditions Denoël

samedi 17 juillet 2010

Hercule Poirot


[...]
.. Toute la littérature théorique sur le roman policier d'énigme est dominée par un principe de dissimulation qu'Agatha Christie semble avoir porté à la perfection, principe qui se décompose en deux règles. La première est que la vérité doit être cachée pendant l'ensemble du livre. Le roman policier n'a de sens que si la vérité n'est pas révélée avant la fin du texte et, si possible, avant les toutes dernières pages. Cette dimension ludique est essentielle à la constitution même de l'aveuglement, qui prend d'autant plus de force qu'il est tardivement dissipé.
.. Second aspect du même principe : tout en étant cachée, cette vérité doit être accessible au lecteur, et même placée en évidence. Il ne serait pas conforme au genre que la vérité soit liée à des éléments que le lecteur n'avait pas à sa disposition : personnage inconnu, indice caché, etc. Cette seconde règles distingue ce type de roman d'autres formes policières où l'essentiel est moins la solution d'une énigme que la description d'un milieu ou la peinture d'une atmosphère. [...]

Pierre Bayard
Qui a tué Roger Ackroyd ?

... La série télévisée consacrée à Hercule Poirot utilise avec succès le principe énoncé en exergue à ce billet. Principe que nous devons notamment d'avoir été théorisé dés 1928 par le critique et écrivain S.S. Van Dine, contemporain d'Agatha Christie.
Or donc, je me suis replongé dans les aventures télévisées du détective belge sans aucun a priori, n'ayant gardé que peu de souvenirs des épisodes que j'avais pu voir ultérieurement. 

Bien m'en a pris,  les trois épisodes de la 10iéme saison et les deux autres de la 11ième que j'ai regardés sont d'une rare qualité (mention particulière à Les indiscrétions d'Hercule Poirot).
Chaque enquête dans son déroulement et sa résolution est un modèle du genre, la reconstitution de l'époque et du milieu dans lesquels elles se déroulent est extrêmement soignée, et les acteurs sont tous de grand talent.

C'est tordu, sophistiqué, empreint d'une belle dose d'hypocrisie et  croyez-le ou non, d'une tension sexuelle exacerbée.

Si David Suchet est fantastique dans le rôle du célèbre dandy détective, le reste de la distribution, au gré des épisodes, n'est pas en reste loin s'en faut. Les seconds rôles sont très loin de certaines séries "aseptisées", ici tous les physiques ont droit de citer. 

Une bien belle série à la fois distrayante, reposante et attrayante ; dont la qualité du doublage doit être par ailleurs relevée, notamment en ce qui concerne Hercule Poirot dont la voix est celle de l'incomparable Roger Carel.

vendredi 16 juillet 2010

Fast Food Nation

... Si au début du 20ième siècle les hamburgers avaient mauvaise réputation, on les considérait comme une "nourriture du pauvre", avariée et dangereuse, au cours des années 20 la première chaîne de hamburgers américaine - White Castle -  tenta d'en améliorer l'image. 

Si le succès de White Castle contribua à populariser le hamburger, surtout dans l'Ouest et le Midwest, c'est le développement des drive-in et des fast foods au cours des années 50 qui allait donner une véritable impulsion au phénomène. 

Surtout au travers des frères Richard et Maurice McDonald lorsqu'il s'installèrent à San Bernardino et appliquèrent le principe de fonctionnement d'une chaîne de montage industrielle à leur établissement.


... Au travers de son ouvrage Eric Schlosser nous fait pénétrer dans une industrie qui a transformé le régime alimentaire d'une bonne partie de l'Amérique (voire du monde), modifiée son paysage, son économie et sa culture populaire. 

Ainsi au travers d'anecdotes, de tranches de vie, et surtout d'une enquête de trois ans l'auteur donne du monde de la restauration rapide un portrait clair, étonnant et riche d'enseignement, et assez effrayant :
Que ce soit sur l'histoire de quelques uns des capitaines d'industrie qui ont créé cet univers, l'explication du système des franchises, l'histoire de la frite ou celle des abattoirs ; on apprend ainsi que seulement treize grands abattoirs fournissent la quasi totalité du bœuf consommé sur le territoire U.S. Ou encore sur l'utilisation de détecteurs de mensonges par une grande chaîne du milieu pour circonvenir la création d'un syndicat, ou plus anecdotique l'origine de Ronald McDonald. Ou comment seulement un mois après le lancement des Chicken McNuggets, la société McDonald est devenu le deuxième acheteur de poulet du pays .... par exemple   

Toutefois, même si une grande partie de l'ouvrage est consacré à  l'empire McDonald's, (rayonnement de la marque oblige) Schlosser n'en oublie pas moins de nous parler d'autres franchises.


Bref, ce n'est pas rébarbatif mais roboratif , Eric Schlosser sait ménager son lecteur et propose quelques analyses pas piquées des hanneton et disons plus légères (sans être gratuites) que la visite d'un abattoir.

Par exemple, lorsqu'il souligne que San Bernardino a donné naissance d'un côté à McDonald's un univers "propre et riant" et de l'autre côté aux Hell's Angels, ces vétérans de la Seconde Guerre mondiale qui ne se faisaient pas à la vie civile et "constituèrent un club de motards qui empruntaient le surnom de la 11ième division aéroportée", qui  glorifiaient le désordre, affichaient leur crasse et vendaient de la drogue. 
San Bernardino qui en 1948 apportait au monde "de nouveaux yin & yang, des modèles inédits de conformité et de rébellion".

Ou lorsqu'il compare les zones commerciales où les magasins, qui au travers de leur architecture qui les caractérise  sont comme les emballages d'un rayon de supermarché.

Un film éponyme a été écrit à partir de Fast Food Nation, il s'intéresse plus particulièrement à la branche bovine de l'affaire et au travailleurs clandestins ; tout aussi intéressant et enrichissant l'un que l'autre.