Accéder au contenu principal

Les âmes perdues (2)

... La veille au soir, quelque chose d'étrange était arrivée à Eddie Axel. Tout avait commencé lorsqu'il était sorti en titubant de son bar préféré, qui se trouvait à six blocs de distance de son épicerie de la 3e Avenue. Il était ivre et heureux ; et avec raison. Ce jour-là, il fêtait son cinquante-cinquième anniversaire. Durant son existence, il s'était marié à trois reprises ; il avait engendré quatre enfants légitimes et une poignée de bâtards ; et - c'était le plus important à ses yeux - il avait fait de la Supérette Axel une entreprise extrêmement lucrative. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possible.
... Mais bon Dieu, qu'est-ce qu'on se gelait ! Et bien entendu, pas un taxi en vue en cette première nuit du Nouvel Âge glaciaire. Il allait devoir rentrer à pied.
... Il avait parcouru une centaine de mètres lorsque - miracle ! - un taxi avait fait son apparition. Eddie l'avait hélé, était monté à son bord, et c'est là que les choses avaient viré au bizarre.
... Pour commencer, le chauffeur connaissait son nom.
... - À la maison, monsieur Axel ? demanda-t-il.
... Trop heureux de sa bonne fortune, Eddie se contenta de marmonner "oui", supposant que ce taxi était un cadeau d'anniversaire offert par l'un de ses compagnons de beuverie.
... Peut-être ses yeux s'étaient-ils fermés ; peut-être même s'était-il assoupi. Quoi qu'il en soit, lorsqu'il reprit ses esprits, le taxi fonçait dans des rues qui lui étaient inconnues. il s'arracha à sa torpeur. C'était sûrement le Village ; un coin qu'Eddie évitait soigneusement. Son quartier, c'était celui de son épicerie, pas loin de la 90e Rue. Pas question qu'il se frotte à la décadence du Village, où une boutique proposait : "Oreilles percées, avec ou sans douleur", et où des jeunes garçons aux hanches suspectes s'attardaient sur le pas de la porte.
... - Ce n'est pas la bonne direction, dit-il en toquant sur la vitre de séparation.
... le chauffeur, cependant, ne prononça pas un seul mot, ni pour s'excuser ni pour s'expliquer, jusqu'à ce que le taxi oblique vers le fleuve, achevant sa course entre deux rangées d'entrepôts.
... - Vous êtes arrivé, dit alors le chauffeur.
... Eddie ne se le fit pas dire deux fois.
...Une fois qu'il fut descendu de voiture, le chauffeur lui indiqua un terrain vague coincé entre deux entrepôts enténébrés.
... - Elle vous attend, dit-il, et il s'en fut.
... Eddie se retrouva seul sur le trottoir.
... Le simple bon sens lui conseillait de s'éclipser, mais ce qu'il vit alors le cloua sur place. Elle se tenait devant lui - la femme dont avait parlé le chauffeur -, et c'était la créature la plus obèse qu'Eddie ait jamais vue. Elle avait plus de mentons que de doigts, et sa graisse, qui débordait de partout sous sa légère robe d'été, était luisante d'huile ou de sueur.
... - Eddie.

À suivre ....

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Le pot au noir [Robert Ferrigno / Hubert Galle]

Ce roman m'a été recommandé par Duane Swierczynski [Pour en avoir +]. Jeune lecteur encore adolescent, assidu de Sf et de fantastique, Swierczynski est entré dans le monde du polar et du thriller, grâce au roman de Robert Ferrigno.
« Le pot au noir » commence comme un roman policier tout ce qu'il y a de plus conventionnel : une disparition inquiétante, un suspect tout ce qu'il y a de crédible, et un duo de flics. L'ambiance rappelle celle de la série «Miami Vice», mais l'histoire se passe sur la côte Ouest des U.S.A..
D'une certaine manière, les premiers chapitres pourraient desservir ce roman, en en cachant ce qui fera son originalité, sous le vernis du tout venant.
Sauf que dès le départ, Robert Ferrigno, traduit par Hubert Galle pour les éditions Flammarion, a la bonne idée de peupler son ouvrage de personnages atypiques qui réussissent à captiver l'attention. La quatrième de couverture ne se prive d'ailleurs pas de l'annoncer (même si je ne m'e…

Deathlok [Charlie Huston / Lan Medina]

Les remakes, relaunchs, reboots, voire les réécritures de « classiques » façon littérature de genre, sont devenus omniprésents dans le divertissement de masse. Rien qui ne puisse, un jour ou l'autre, se voir  « updater ».
En 2009-2010, c'est au tour de Deathlock, un personnage créé par Rich Buckler & Doug Moench pour Marvel [Pour en savoir +], et qui n'a jamais vraiment trouvé sa place chez l'éditeur des Avengers et consorts, de se voir offrir un nouveau tour de piste. C'est à Charlie Huston, auréolé de son run sur la série consacrée à Moon Knight, qu'on a commandé un scénario qui devra tenir sept numéros mensuels. Huston est, avant de travailler pour la Maison des idées™, d'abord connu pour ses romans. C'est via son agent littéraire qu'il a mis un pied dans la BD, au moment où Marvel recrutait en dehors de sa zone d'influence. Cela dit, il reconnaît une attirance pour la SF contractée dès son plus jeune âge ; et particulièrement pour les u…

Blues pour Irontown [John Varley / Patrick Marcel]

Ça commençait plutôt mal. 
L'idée d'un détective privé du futur, fondu de ses lointains confrères des années 1930, avait tout d'un Polaroid™ bien trop souvent photocopié. Mais peut-être que cet amour des privés made in Underwood© allait-il être de la trempe du fusil de Tchekhov ?
Si la présence, dès les premières pages, d'une « femme fatale », semble donner le ton. Si l'ombre porté du Faucon maltais ne fera que se renforcer. La profession de détective privé semble aussi utile à l'intrigue du roman qu'un cataplasme à la moutarde sur une jambe de bois. 

       Une intrigue qui, nonobstant le titre du roman, tient plus de la berceuse que du blues.   

Fort heureusement, John Varley gratifie son roman d'une très belle idée ; au travers du personnage nommé Sherlock. Rien qui ne rattrape totalement l'ennui profond d'une enquête poussive, et  au final, sans grand intérêt. Mais les chapitres racontés par ledit Sherlock sont les plus intéressants, les plus ém…