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Une Enquête philosophique \ Philip Kerr

Ecrit en 1992, le roman de Philip Kerr intitulé Une Enquête philosophique et qui se déroule en 2013 à Londres, pouvait passer à l’époque pour de l’anticipation. Lu aujourd’hui, ce parfum d’anticipation a disparu, par la force du temps, mais ce roman n’en est pas moins captivant. 
L’Angleterre décrite au fil des pages, en filigrane, n’apparaît pas comme un endroit où il fait bon vivre. À la fois parce que la criminalité et la misère semble avoir fait pas mal de dégâts dans certaines zones géographiques et au sein de la population, mais aussi parce que la police s’intéresse aux criminels avant qu’ils n’aient perpétré le moindre crime. Notamment grâce à un projet dont le nom de code est Lombroso du nom d’un médecin et théoricien italien, Cesare Lombroso (1835-1909) qui avait développé l'idée selon laquelle les comportements criminels seraient innés, et surtout repérables grâce à certaines caractéristiques physiques. Les travaux de ce médecin connurent un grand retentissement dans le domaine de la criminologie. On comprend dés lors les dérives possibles d’une telle idée. 
Cependant, Philip Kerr prend le contre-pied de ce à quoi je m’attendais puisqu’il met en scène quelqu’un qui après avoir passé le test justement, se demande si sa présence dans le fichier ne le condamne pas à plus ou moins brève échéance alors même qu’il n’a pas commis de crime. 
Du moins pas encore. 
Philip Kerr corse et enrichi son roman en dotant les criminels potentiels repérés par le projet Lombroso de pseudonymes. En effet conscient des dérives, les gens en charge du dépistage assurent un relatif anonymat aux citoyens dépistés « positifs » (c’est-à-dire porteur du NVM-négatif) en leur octroyant un pseudonyme. Le « quelqu’un » dont je parlais dans les quelques lignes qui précédent recevra celui du philosophe Wittgenstein (1889-1951). Et « Wittgenstein », celui du roman se mettra en tête, après avoir éliminé toutes les traces de sa présence dans le fichier, d’éliminer également les porteurs du NVM-négatif dont les pseudonymes sont aussi les noms de philosophes célèbres. L’affaire sera confiée à l’inspecteur « Jake » Jacowicz une flic dure-à-cuir dont la particularité est d'être une enquêtrice de talent, et de détester les hommes.
Pas besoin d’être agrégé de philosophie pour prendre plaisir à cette histoire, et le plaisir est double en quelques sorte : celui d’être immergé dans une société plutôt angoissante, peuplé de personnages pour le moins troubles (et troublants) et d’autre part sourire des situations pour le moins loufoques que produisent certains raisonnements philosophiques poussés au bout du bout, voire devant certaines décisions politiques ; mais là on est peut-être plus habitué. 
Or, donc cette lecture captivante et divertissante m'a donné envie de m'intéresser à cet auteur, et de lire ses autres romans.

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