Si j'aime particulièrement les histoires policières, j'ai un faible encore plus prononcé pour ce que j'appelle les whodunits sous contraintes©.
Le film La Nuit des généraux1967 quintessencie à mon avis ce (mauvais) genre, et il m'apparait idéal pour en brosser le portrait-robot.
Or donc, pendant la Seconde Guerre mondiale, un officier allemand enquête sur les assassinats de ce qu'on appelle pas encore un tueur en série.
Vous voyez donc immédiatement le paradoxe qu'il y a à enquêter sur la mort d'un individus, voire comme ici de quelques-uns d'entre eux, alors que la guerre fait rage (sans parler de la Shoah). Première contrainte donc, qui joue forcément sur la caractérisation de l'enquêteur.
Le film d'Anatole Litvak, scénarisé par Paul Dehn et Joseph Kessel, utilise aussi la deuxième contrainte du (mauvais) genre en question, à savoir que l'enquête se déroule sous les fourches caudines d'une dictature totalitaire. Ici le nazisme.
Deux contraintes inhérentes au (mauvais) genre, mais pas nécessairement utilisées en même temps.
Il y a bien sûr d'autres exemples de whodunits sous contraintes© : Philip Kerr a ainsi propulsé ce type d'enquête en tête de liste des best-sellers ; le commissaire Arkadi Renko - inventé par Martin Cruz Smith n'est pas en reste, mais du côté soviétique (Gorki Park1984). Je pense aussi à SS/GB ou à Fatherland respectivement écrit par Len Deighton et par Robert Harris, lesquels placent leur intrigue dans une uchronie. Bref ...
« Notre mère la guerre » est le premier tome d'une bande dessinée qui, en janvier 1915, lance le lieutenant de Gendarmerie Vialatte sur la piste d'un criminel.
L'histoire, écrite par Kris, et dessinée par Maël débute dans le village de Méricourd sis « à l'intersection des routes menant à Reims, Châlons-sur-Marne et Verdun ». À quelques kilomètres seulement du front.
Les premières pages auguraient du meilleurs, le dessin et surtout les couleurs de Maël imprégnaient les premières planches d'une belle ambiance.
Kris ne mégotait pas non plus, en appâtant dès le début le lecteur grâce à un subterfuge qui a certes déjà fait ses preuves, mais qui fonctionne toujours très bien.
Sauf que cette brillante entrée en matière n'allait pas résister longtemps.
S'il est entendu que les officiers de la Première Guerre mondiale sont dans l'imaginaire collectif de vieilles ganaches insensibles, un peu de nuance n'aurait pas nuit. Tant pis !
Reste que deux officiers qui se rencontre, têtes nues l'un et l'autre, ne se saluent pas tel que dessiné ci-contre.
Un manque visible de documentation, qui va allait prendre de plus considérables proportions lorsque, quelques pages plus tard, après que le général Berthelot lui ait ordonné de prendre connaissance du dossier et de lui faire un rapport, le lieutenant Roland Vialatte « accepte l'enquête » !
Comme si un officier de Gendarmerie avait le choix, au mépris de toute procédure, d'accepter ou de refuser d'enquêter !?
Et l'entendre argumenter en évoquant ses croyances religieuses, ou spéculer sur l'innocence supposée d'un soldat condamné est absurde. À moins de vouloir faire passer son personnage pour un incompétent.
La caractérisation d'un personnage ne doit pas se faire au détriment de toute vraisemblance.
Cela dit de ce côté là, j'allais être servi en abondance.
Car Vialatte a du caractère, il n'hésite pas par exemple, à faire le distinguo, après une remarque acerbe du général Berthelot, entre gendarme et soldat : « Je n'envoie pas les gens se faire tuer, je les empêche de tuer ».
Des propos lourd de sens s'agissant de l'année 1915, à quelques kilomètres des premières lignes où se battent des soldats français.
Pacifiste Roland Vialatte ?
Pas du tout, au contraire même : « La guerre n'attend pas, non. Mais Dieu sait si, pour ma part je l'avais attendue. ».
Mais le pire n'était pas encore arrivé.
Voici le contexte : Vialatte insiste auprès de l'aide de camp du général pour se rendre sur la scène du dernier homicide. Il est donc rattaché à une unité qui monte en première ligne. Il se perd, se fait attaquer dans une tranchée, puis essuie le feu de l’ennemi. Finalement il s'endort.
Découvert par une patrouille de poilus, il raconte sa mésaventure avant d'être interrompu par un bidasse qui se plaint d'avoir été volé. Très en colère, c'est la troisième fois que cela arrive, Martinot, le soldat en question, décide d'aller demander des comptes à celui qu'il soupçonne d'avoir fait le coup.
Sur place le ton monte, et le lieutenant arrive, alors que Martinot menace le caporal chef de groupe.
Eh bien, croyez le ou non, devant les accusations de Martinot, le gendarme Vialatte sort son arme de service et la pointe sur ce dernier, en le menaçant ....




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