Le « true crime » effectue une nouvelle percée en France grâce à une collection qui lui est désormais dédiée chez 10/18™. S’intéressant d'abord aux U.S.A. - pour la bonne raison certainement que le (mauvais) genre y est né, la collection braque dorénavant son voyeurisme sur l'Hexagone, avec l'aide du quotidien Libération©, et se penche donc sur quelques affaires plus ou moins oubliées.
Ce n'est pas la première fois qu'une collection de poche s'intéresse au sujet, cela dit. Je me souviens que dans les années 1990, J'ai Lu™, avait créer un label
« Crimes et Enquêtes » consacré lui aussi au true crime.
Or donc, curieux, je me suis plongé dans « Le Gang de Roubaix » de Stéphanie Maurice, correspondante régionale dans les Hauts-de-France pour Libération©.
Ironie de l'histoire j'ai commencé de lire cet ouvrage, au lendemain des élections municipales !!
Son récit d'un peu plus de 200 pages oscille entre la volonté de mettre en lumière l'impéritie de l'enquête, le déni du ministre de l'Intérieur d'alors, Jean-Louis Debré ; volonté qui implique donc de mettre au jour le versant musulman de l'affaire. Et l'auto-censure du Pasdamalgame® de la bien-pensance d'aujourd'hui.
Un Pasdamalgame® qui sévissait cependant déjà à l'époque : « Plusieurs évoquent des hommes en djellaba. En djellaba ? [Maurice Decroix, chef d’agence de Nord Éclair à Roubaix] a du mal à y croire, d’abord pour une évidence pratique : quel voleur, même à la petite semaine, irait s’empêtrer les jambes dans une si longue étoffe ? Il échafaude des hypothèses : un déguisement ? Pour stigmatiser la population musulmane de Roubaix et détourner les soupçons de la piste belge ? ».
Aussi Stéphanie Maurice use-t-elle abondamment du terme « islamiste », allant jusqu'à l'amalgamer (sic) à celui de « terroriste », alors que musulman aurait convenu sans aucun problème. Parce que « terrorisme islamiste » c'est quelque peut redondant. Mais en France le politiquement correct fait une distinction entre un musulman, un islamiste et un terroriste islamique. Si d'aventure vous tentez terroriste « islamique » vous passez dans le camp du Mal.
Alors que « l'islam est par essence radical, en revanche les musulmans peuvent être modérés par ignorance. Si on lit le texte, il y a un appel au djihad » comment le dit assez clairement Sonya Zadig, psychologue et apostate.
Mais revenons à nos moutons (sic).
Si plusieurs choses m'ont gêné dans ce livre, c'est le peu d’intérêt qu'il porte finalement à la mosquée Dawa, de la rue Archimède à Roubaix, là où Lionel Dumont
s'est converti par exemple, et le rôle que cette mosquée a joué dans son parcours qui me laisse mon premier sentiment de malaise. Car contrairement au
romanesque que veut nous faire avaler ce récit au travers de l'expérience somalienne de Dumont qu'il rapporte, ou « le combat contre les Serbes » vu par Jean Hatzfeld (le correspondant en Bosnie de Libération pendant le conflit) comme « une justification qui tenait la route », oui vous avez bien lu ; le gang de Roubaix a au final braqué des supermarchés, tenté de faire exploser une voiture piégée et tué en ....... France.
Dans le même ordre d'idée, Dumont, qui est l'acteur principal de l'histoire qu'on nous raconte, ira chercher de l'armement en Bosnie, échappera à la police en Italie, vivra en Thaïlande, en Allemagne, et fera des séjours au Japon ! Pas mal pour un soi-disant braqueur à la petite semaine.
Mais visiblement ni la justice française, ni la journaliste ne se posent de question. Pas davantage de questions lorsqu'il est finalement appréhendé en Allemagne, grâce à un contrôle de routine au terminal du tunnel sous la Manche qui permet d'arrêter Andrew Rowe à cause des traces d'explosif résiduelles qu'un chien renifle. Lequel Rowe qui « a un pedigree inquiétant : il appartient à un réseau terroriste proche d’Al-Qaida » (rien que ça), mènera à Dumont.
Bref au fur et à mesure que le compte rendu de l'enquête avance, Lionel Dumont prend une dimension inquiétante, qui n'est jamais vraiment questionnée.
Le malaise augmente encore lorsque s'ajoute la quasi admiration que semble porter Maurice à Seddik Benbahlouli, l'un des membres du gang arrêté sur le tard : « une allure imposante, un colosse à la barbe poivre et sel », « Il faut cinq policiers pour le maîtriser, il les surplombe d’une bonne tête ». Prenez une chambre, ai-je eu envie de lui dire !
On n'échappe pas non plus au témoin de moralité : « je n’ai jamais vu un mauvais mec en lui » dira un gardien à propos de Dumont, ce que Stéphanie Maurice n'oublie pas de rapporter, à l'instar de ces reportages télévisés où l'on apprend que tel délinquant, tel criminel disait toujours bonjour et descendait les poubelles.
On échappe pas non plus aux forte paroles de la veuve d'Hamoud Feddal, tué par le gang, un passage obligé dès qu'il est question d'islam en France : « Vous vous dites musulmans, crache-t-elle. Mais vous ne comprenez rien à l’islam. C’est l’amour et la tolérance. Aucune religion ne prêche la haine. ».
Une religion d'amour et de tolérance dont on continue néanmoins de compter les victimes.
Bref, « Le Gang de Roubaix » ne va pas plus loin que la justice, et m'a laissé une sensation d’écœurement. Lire que Lionel Dumont, après la prison, alors qu'il travaille « n’a pas moufté quand les policiers se pointaient sur les chantiers, pour demander au patron comment il se conduisait, même si cela l’obligeait à expliquer à ses collègues quel passé il avait ». Rendez-vous compte, quelle magnanimité de la part d'un criminel.
Car contrairement à Stéphanie Maurice, je ne pense pas que faire de la prison (en voyant sa peine raccourcie) permette de payer sa dette. Ces criminels ont attaqué des commerces, en laissant derrière eux des blessés et un mort, fait exploser une voiture piégée. Comment accepter que leur dette puisse être un jour payée ?
Aurélien Marq a une théorie intéressante sur la peine de mort. Les pays qui en disposent dans leur arsenal juridique, sans pour autant en faire usage d'ailleurs, disent quelque chose d'essentiel : la vie d'un criminel n'est plus sacrée. Sa vie vaut moins que celle d'un innocent.
La justice française, depuis Badinter, voit les choses différemment, Hamoud Feddal a été abattu sans raison, alors que Lionel Dumont a eu un enfant pendant sa détention.
Et contrairement à ce qu'on nous dit, la peine de mort n'a pas été abolie en France, elle est devenue l'outil de ceux qui mériteraient de s'en voir punir.

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