Accéder au contenu principal

Le Pendule de Foucault


... Dans un précédent billet j'ai évoqué brièvement le début de ma lecture du Pendule de Foucault d'Umberto Eco, relatant ainsi plusieurs tentatives de lecture avortées. Alors que se termine la lecture du roman, il devient clair que le premier chapitre auquel je me suis heurté sans succès plusieurs fois, et la lecture somme toute assez fastidieuse de ce roman participe d'un vaste plan orchestré par Umberto Eco lui-même ... 

L'auteur italien reproduit l'une des particularités du sujet de son roman, à savoir les ouvrage dit hermétiques proposant un savoir ésotérique, c'est à dire caché, secret. Le Pendule de Foucault est un roman qu'il faut déchiffrer, une carte qu'il faut défricher. Un roman initiatique.
Mais de quelle initiation parle-t-on ? Une initiation à la magie bien sûr, Le Pendule de Foucault est un véritable Manuel du Castor Junior Magicien.

La conscience magique est une façon particulière de percevoir et d'interagir avec le monde.
Mon expérience personnelle de cet état correspond à un "déclic mental", un sentiment de certitude absolue accompagné d'une modification des perceptions conférant aux échanges avec la réalité une qualité numineuse, étrange, une coloration onirique.
Grant Morrison

Loin d'être ce que j'avais longtemps entendu à son propos, un roman anti-ésotérique, Le Pendule de Foucault est au contraire un véritable vade-mecum relatif à la magie.

S'inspirant de la magie du chaos, dont il reprend la "nébuleuse des hétérodoxies" qui selon Jacques Maître est un ensemble d'éléments disparates ne présentant aucune cohérence systématique entre eux, mais formant toutefois un conglomérat dans une protestation commune contre les savoirs officiels, utilisant le saut de paradigme qui suggère que le système est moins important que la foi que l'on place dans son efficacité, et la gnose ou état de conscience altéré ; Umberto Eco propose à ses lecteurs les aventures de trois hommes bien décidés à faire un acte magique, autrement dit
.. produire un objet ou un effet dans le monde communément reconnu comme réel , à l'aide d'un moyen n'existant que dans l'irréel ( Cf. Bernard Werber)
... Ainsi sans vouloir gâcher votre lecture, laissez-moi vous proposer quelques points communs entre la magie du chaos et le roman. L'un de ses principaux théoriciens, Peter Carroll n'hésite pas à préconiser l'utilisation du COBOL un langage informatique, pour effectuer des rituels. Lorsque l'on connait la part que prend l'ordinateur dans le roman, on comprend mieux. J'ai déjà évoqué la nébuleuse des hétérodoxies commune au roman et à la magie du chaos, ainsi que la gnose, cet état de transe qu'expérimente l'un des personnages dés le début du roman :


Casaubon, le narrateur passera dans ce périscope un moment décisif, par ailleurs vous aurez reconnu ce que l'on appelle plus communément une camera obscura, qui capte les images extérieures et les restitue inversées. Rappelant par-là la Table d'Emeraude célèbre traité alchimique dont la plus célèbre correspondance, connue du plus béotien d'entre nous, dit : Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. On ne saurait mieux commencer un manuel de magie.

Oui, Le Pendule de Foucault est un plaidoyer pour la magie, une magie tel que la pratique ces nouveaux magiciens qui s'inspirant d'Aleister Crowley, d'Austin Spare et de la théorie du Chaos, influencé par le Discordianisme, ces magiciens du Chaos donc pour qui "les croyances sont de simples outils, qu'on est libre d'adopter en vue de la réalisation d'un but, sans qu'on s'intéresse à la question de leur valeur intrinsèque ou de leur adéquation avec la réalité. Les magiciens du Chaos n'hésitent donc pas à invoquer des dieux, des esprits issus d'œuvres de fiction, voire à les inventer à coup de procédés aléatoires." (John Balance cité par Stéphane François).   


... Bien évidement, vous l'avez compris, en plus d'être un manuel de magie, Le Pendule de Foucault est le récit d'une guerre, une guerre magique entre les tenants de l'ordre ancien, héritiers d'une filiation, d'un héritage qui puise ses racines profondément dans le Temps face aux magiciens postmodernes du Chaos.

 SHAZAM !

Commentaires

  1. C'est qui les "magiciens post-modernes du chaos" ? Les mêmes que les nouveaux Dieux d'American Gods ?

    RépondreSupprimer
  2. Ce sont les "trois mousquetaires" des éditions Garamond.

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

À toute allure [Duane Swierczynski / Sophie Aslanides]

Jamais un livre n'aura autant mérité son titre.
Second roman de l'auteur, auquel il ne croyait guère, À toute allure est à l'image de ce qu'on attend du moteur d'une voiture qui servirait à s'enfuir après le vol à main armée d'une banque : gonflé à bloc.
Fidèle à Philadelphie, Duane Swierczynski y plante de nouveau l'action de son roman, laquelle se déroule en l'espace de 4 jours, bien remplis.

       Dans un des entretiens qu'il a accordés, et disponible sur la Toile™, l'auteur y déclare être fasciné par les personnages qui doivent affronter les pires journées de leur existence. Rien à dire, À toute allure est exactement ce type de récit. Manière de vaudeville noir, ce roman au style « behavioriste », est principalement écrit sous la forme de courts paragraphes. Lesquels seraient, selon Duane Swierczynski, comme des chips que l'on dévore l'une après l'autre, pour s'apercevoir finalement qu'il est deux heures du matin. Et qu…

L'Alignement des équinoxes [Sébastien Raizer]

Vous l'avez sûrement constaté, Maurice G. Dantec n'a pas publié de livres depuis quelques temps. Fort heureusement, pour les amateurs qui ont pris plaisir à lire Les Racines du Mal ou encore Babylon Babies, Sébastien Raizer vient, avec L'Alignement des équinoxes, à la rescousse des lecteurs en manque.
••• Ce roman, d'abord publié à la Série Noire, sous les auspices d'Aurélien Masson, à qui il est par ailleurs dédié, est le premier d'une trilogie, dont la lecture contentera amplement ceux qui ne voudront toutefois pas poursuive l'aventure des tomes suivants.
Néanmoins, le cœur du réacteur qui le propulse, dans lequel on trouve aussi bien Mishima, Philip K.Dick, William S. Burroughs ou encore Robert Anton Wilson, pour ne citer que les plus évidents ; dispose d'une telle puissance diégétique que je ne doute pas le moins du monde que Sagittarius et Minuit à contre-jour, les deux romans qui suivent respectivement L'Alignement des équinoxes, soient tout au…

Necronauts [Gordon Rennie / Frazer Irving] 2000 AD

C'est en lisant une notule critique à propos d'un roman de SF récemment paru, que cette analogie m'est venue. Son auteur écrivait, en substance ; « Malgré une intrigue qui peine à démarrer et une fin un peu abrupte balabla ... ».
Et j'ai eu une sorte de révélation.
Lorsque l'envie de se divertir occupe une part non négligeable d'un moment de lecture, celui-ci ressemble à un voyage en avion. Les deux moments les plus cruciaux en sont le décollage, et bien sûr l’atterrissage. 
Autrement dit, mal commencer une histoire et en louper la fin, augure mal du sentiment que laissera l'histoire en question. À condition qu'un mauvais début donne envie d'aller plus loin. 
Fort heureusement rien de tel avec Necronauts de Gordon Rennie & Frazer Irving.

Comme la couverture de l'hebdomadaire 2000 AD, qui illustre cette entrée le laisse deviner, les 50 pages de cette aventure ont d'abord trouvé refuge dans les pages du magazine anglais. Normal me direz-vous, l…