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Mockingbird : I Can Explain (***)

Les couvertures de Joëlle Jones à la composition très évocatrice
•••• Je suis toujours très curieux de lire de nouveaux scénaristes, même lorsqu’ils apparaissent dans le milieu très formaté & très trop prolixe des deux plus gros éditeurs de la bande dessinée américaine. 

J’attends bien entendu qu’ils y apportent leur propre regard, tout en sachant que les personnages et l’univers dont ils devront s’occuper sont extrêmement contrôlés par les editors. Quand on ne leur demande pas d’être les scribes d’idées qui ne sont pas les leurs, au rythme des crossovers et autres events saisonniers qui ponctuent la sortie (le plus souvent) mensuelle des fascicules (comic books). 

Car travailler pour l’éditeur étasunien Marvel, comme le fit Chelsea Cain, est avant tout un travail de commande (work for hire) ; quand bien même est-on comme elle, une romancière reconnue. 
"I love Stanislas Lem" déclaration d'amour de la dessinatrice Kate Niemczyk à l'auteur de S-F polonais ?
Or donc Chelsea Cain, s’est vu confier, à sa demande via le scénariste Brian Michael Bendis l’un de ses amis et pilier de la Maison des Idées, l’écriture d’un second violon de l’écurie de ladite maison : Mockingbird
D’abord dans un numéro anniversaire [Pour en savoir +] puis, sur une série dite régulière, à durée indéterminée (ongoing). 

Une nouvelle scénariste plus une héroïne de second plan, le tandem pouvait faire des étincelles. 
Sean Parsons apporte un plus au déjà très bon travaille de Kate Niemczyk
       Chelsea Cain met immédiatement les petits plats dans les grands, en proposant dès le premier numéro un récit en cinq parties pour le moins inédit & déroutant, puisque cet arc aura – dit-elle dans la postface du 1er numéro – la forme d’une « puzzle box ». Autrement dit, il sera possible d’assembler les 5 premiers numéros de plusieurs manières, et ces combinaisons donneront la possibilité de relire cet arc à chaque fois de manière inédite.

Elle instille également un ton bien à elle, qui distinguera la série de ses consœurs. Un mélange d’humour distancié, de jeu du chat et de la souris entre les personnages, mais aussi avec le lecteur. Une sorte de « faire semblant » dont personne - ni les protagonistes, ni les lecteurs, ni les auteurs - ne sont totalement dupes. Et surtout, elle adopte un point de vue qui est celle de son héroïne ; c’est-à-dire que ce que nous montre la série est ce qu’elle voit, mais pas forcément la réalité. Chelsea Cain précise même que Bobbi (alias Mockingbird) n’est pas, pas plus qu’elle-même d’ailleurs, un témoin fiable de ce qu’elle vit. 

Ainsi dans tel épisode si Hunter, un personnage qui deviendra récurrent dans la série, était celui qui raconte, Bobbi serait-elle torse nu (topless), alors que dans l’épisode en question c’est lui qu’il l’est, car c’est un épisode raconté par Bobbi. CQFD !

Cette option totalement subjective sera expliquée à plusieurs reprises dans le « courrier des lecteurs » par la scénariste, lequel fait tout autant partie de l’histoire que les 22 planches qui le précédent.
Ibrahim Mustafa, un dessinateur dont j'aurais plaisir à revoir le travail
       Ces cinq épisodes, auquel on peut ajouter le numéro spécial (voir supra), sont très stimulants, et forment une comédie enlevée où il n’est pas interdit de réfléchir.

Dessinés par Kate Niemczyk, dont le dessin est un peu moins dynamique que celui de Joëlle Jones (qui s’occupe dorénavant des couvertures), la série est très agréable à lire. L’arrivée de Sean Parsons à l’encrage sur le 4ème numéro lui donne d’ailleurs le supplément de dynamisme qui lui manquait (à l’aune de ma sensibilité). Ibrahim Mustafa s’empare de la planche à dessin pour le dernier numéro du premier arc, et son style plus détaillé s’intègre pourtant parfaitement à l'ensemble, grâce à la colorisation de Rachelle Rosenberg. 
Le design des pages de crédits et de résumé est partie prenante de l'histoire
•••En définitive Chelsea Cain passe haut la main son examen d’entrée, et laisse espérer qu’elle restera quelque temps sur la série (ce qui ne sera pas vraiment le cas). Kate Niemczyk, Sean Parsons, Ibrahim Mustafa, Rachelle Rosenberg et Joëlle Jones font toutes & tous montre d’un talent et d’un enthousiasme communicatif, qui n’est pas pour rien dans le résultat final. 

La scénariste a imaginé une histoire autour d’un dispositif ambitieux, où la relecture en est la pierre d’angle, et après l’avoir moi-même testé je peux dire que ça fonctionne très très bien. 

Mon verdict : I can explain, titre donné au recueil des 5 premiers numéros + le numéro spécial 50ème anniversaire par l’éditeur, est un arc trois étoiles.


(À suivre ....)

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