Accéder au contenu principal

Normal [Warren Ellis/Laurent Queyssi]

•••• L'acteur et scénariste Patrick McGoohan semble avoir aujourd'hui définitivement abandonné l'idée de poursuivre sa série culte. Dommage !
Fort heureusement, Warren Ellis vient, avec la novella dont il va être question ici, de me reconnecter avec ce sentiment -inégalé- de malaise et de paranoïa propre au Village et à la Guerre froide.
Si Normal, un peu moins de 200 pages au compteur, m'a évoqué cette vieille série télévisée, le propos d'Ellis est pourtant l'exact contraire d'une réminiscence passée.
       En effet, obnubilé*  par le futur, le quinquagénaire natif de l'Essex en fait un objet de hantise. Sentiment, cela dit, assez unanimement partagé.
De fait, qui n'a jamais eu peur de l'avenir !?

Si le fantastique a, en très grande partie, bâti son succès sur les châteaux et autres lieux hantés par un passé qui -justement- ne passait pas, Warren Ellis construit (d'une manière que je vous laisse découvrir) a contrario son roman sur un futur anxiogène. Lequel, tel un spectre, vient hanter une tripotée d'individus (travailleurs associatifs, designers, prospectivistes, espions), dont Adam Dearden internés avec eux à « Normal Head », en Oregon

       Cet astucieux pied de nez à l'une des pierres angulaires du fantastique, la maison hantée donc, est aussi l'occasion pour Warren Ellis d'imaginer toute une théorie de personnages qu'il vaut mieux ne rencontrer que par l'intermédiaire de sa novella.
Laquelle, soit-dit en passant a, à l'origine, été diffusée en quatre livraisons sur la Toile mondiale. Ceux qui liront ladite novella comprendront où je veux en venir.

•••• Autant par inclination qu'à cause d'un agenda surbooké, Warren Ellis choisit la forme brève, mais pas trop, et y trouve un terrain d'expression idéal. 
Unité de lieu, unité de temps, unité d'action ; sous couvert de classicisme Ellis introduit pourtant dans l'imaginaire collectifs une idée qui fera date. Car le futur dont il est question ici, n'utilise aucun des artifices dont il est coutumier, pour inspirer un sentiment d'épouvante sur ceux qui y sont exposés. 

Tendu, Normal se lit avec la promptitude de celui qui veut savoir de quoi demain sera fait, même s'il doit s'en mordre les doigts. Corrosif et revigorant ! 

Cette critique fait partie du CHALLENGE SUMMER SHORT STORIES OF SFFF - Saison 4 !
______________________
* Voir aussi, au sujet du futur en tant que moteur diégétique et personnage à part entière, sa série de bande dessinée Injection. Surtout le premier tome [Pour en savoir +], dont Normal est -à mon avis- l'indispensable adjuvant. Et vice versa.  

Commentaires

  1. Sous l'impulsion de ta sémillante glose, je me suis précipité sur Normal dont je viens d'achever la première partie. Conquis à ce stade autant par la rapidité à laquelle l'histoire défile que par le sens de la formule acéré de Warren Ellis, avec cette capacité qu'il a de synthétiser des idées complexes par des mots d'une précision rare - réduire l'ensemble des stimulus extérieurs pesants que constituent les réseaux sociaux et l'internet au "signal" que l'on reçoit est d'une clarté foudroyante -, le séjour qui s'annonce entre les murs de Normal Head promet bien des émotions. Bien joué!

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Le KU KLUX KLAN (3)

... Quelque soit son véritable poids idéologique ou même politique aujourd'hui, le Ku Klux Klan a déteint sur la culture de masse ; qui n'a pas entendu parler de la célèbre marque de cigarettes  Marlboro et des trois "K" présents sur son paquet, d'un homme qui en regarde un autre pendu (dont on ne verrait que les jambes), et sur la troisième image : la silhouette d'un Klansman ...  (liste non-exhaustive) . Marlboro n'est d'ailleurs pas la seule marque de cigarettes à avoir eu droit à des investigations sur la signification du design de son paquet de cigarette, Camel aussi. Dés les débuts du Klan , le bruit court que ces cavaliers "surgis hors de la nuit" sont les fantômes des soldats Confédérés morts au combat, des soldats qui ayant vendu leur âme au Diable sont de retour ici-bas et annoncent l'Apocalypse. Le nom même du groupuscule a longtemps était entendu comme le bruit que fait la culasse d'un fusil lorsqu'on l...

The Words

... The Words ( Les Mots ) est un film qui avait tout pour me séduire : le roman en tant qu'élément principal, des acteurs que j'aime bien ; D ennis Q uaid, J eremy I rons, J . K . S immons et B radley C ooper. Éléments supplémentaire l'histoire se révèle être une histoire dans l'hisitoire. Ou plus exactement un roman à propos de l'écriture d'un roman, écrit par un autre ; entre fiction et réalité.  Je m'explique. Clay Hammon fait une lecture public de son dernier livre The Words dans lequel un jeune auteur, Rory Jansen , en mal de reconnaissance tente vaille que vaille de placer son roman chez différents éditeurs. Cet homme vit avec une très belle jeune femme et il est entouré d'une famille aimante. Finalement il va se construire une vie somme toute agréable mais loin de ce qu'il envisageait. Au cours de sa lune de miel, à Paris , son épouse va lui offrir une vieille serviette en cuir découverte chez un antiquaire, pour dit-elle qu'...

Juste cause [Sean Connery / Laurence Fishburne / Ed Harris / Kate Capshaw]

« Juste Cause 1995 » est un film qui cache admirablement son jeu.             Paul Armstrong , professeur à l'université de Harvard (MA), est abordé par une vieille dame qui lui remet une lettre. Elle vient de la part de son petit-fils, Bobby Earl , accusé du meurtre d'une enfant de 11 ans, et qui attend dans le « couloir de la mort » en Floride . Ce dernier sollicite l'aide du professeur, un farouche opposant à la peine capitale.   Dès le départ, « Juste Cause 1995 » joue sur les contradictions. Ainsi, Tanny Brown , « le pire flic anti-noir des Everglades », dixit la grand-mère de Bobby Earl , à l'origine de l'arrestation, est lui-même un africain-américain. Ceci étant, tout le film jouera à remettre en cause certains a priori , tout en déconstruisant ce que semblait proposer l'incipit du film d' A rne G limcher. La déconstruction en question est ici à entendre en tant que la mise en scène des contradictions de situations ...