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Les Mensonges de Locke Lamora [Scott Lynch / Karim Chergui]

Premier tome d'une série intitulée « Les salauds gentilshommes », du nom d'une des bandes de voleurs opérant dans la ville de Camorr, « Les Mensonges de Locke Lamora » ressortit à la catégorie de la « crapule fantasy », comme peut l'être « Le baiser du rasoir » [Pour en savoir +] de Daniel Polansky. 
Ou pour reprendre les mots de Scott Lynch lui-même, de la « fantasy criminelle ». 
Un genre de roman qui met souvent en scène au moins un pícaro, et se concentre principalement sur ses aventures.
Autrement dit un personnage amoral, dont les modèles seraient pour les plus célèbres : Sinbad, Han Solo, Joe Erin [Pour en savoir +] ou encore Renart le goupil (liste non exhaustive).

« Alors, bouffe du chanvre et chie des cordes ....»

La couverture de Benjamin Carré
Personnage qui vit en marge, son nom signifie à la fois « miséreux » et « futé  », le pícaro apparait dès la fin du XVIème siècle dans la littérature espagnole et est rapidement décliné en pícara. Ce personnage est quasiment l'envers du chevalier.
Une version en quelque sorte  grim & gritty
Le pícaro est surtout un intrigant (à entendre aussi comme un agent interne de l'intrigue) dont toute la volonté est tournée vers la survie.
Rusé, fourbe et manipulateur, le pícaro originel a bien sûr évolué, pour devenir un protagoniste certes encore amoral mais qui néanmoins résout des problèmes autrement dévolus au héros ; ce personnage pétri des valeurs idéales. Le pícaro amène souvent avec lui une dimension comique. 

       Un personnage que Scott Lynch met joliment en scène dans la ville de Camorr, sorte de Venise de fantasy, où règne un statu quo fragile entre les bandes interlopes et le pouvoir en place.

Cependant les plus de 500 pages, traduites par Karim Chergui, auraient pu être réduites. En effet, Scott Lynch, tout au plaisir de nous faire partager sa belle énergie créatrice ajoute tant et plus d'interludes et de chapitres sur la jeunesse de nos personnages principaux sans qu'ils soient forcément nécessaires. 
Dashiel Hammett disait que le plus difficile n'était pas d'écrire, mais bien de retrancher dans sa prose. Et nombre d'auteurs que j'ai pourtant l'heur de lire ferait bien de méditer ce conseil.
Ces pages superflues (à mes yeux en tout cas), ne sont toutefois pas des obstacles suffisants pour laisser tomber cet excellent roman.    

       Les Mensonges de Lock Lamora est donc un premier tome qui donne surtout envie de lire la suite.

(À suivre .....)     
 

     

Commentaires

  1. Il a l'air excellent et je ne comprends pas comment ça se fait que je n'ai toujours pas sorti ce premier tome de ma PAL surtout que les extraits que tu mets sont vraiment drôles et donnent le ton

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