Accéder au contenu principal

Les Joyaux de la couronne martienne [Poul Anderson / Jean-Paul Gratias]

Le « roman à énigme » a souvent, pour ne pas dire toujours, un aspect ludique. Lequel propose aux lecteurs d’entrer en concurrence avec l’auteur, devenant lui aussi un enquêteur, à l’égal du héros.
À tel point, et il ne sera pas le seul, que dès 1928, S.S. Van Dine (alias Willard Huntington Wright), créateur du détective Philo Vance, en établit des règles strictes. 
Une sorte de code de bonne conduite, et de fair play à l’égard desdits lecteurs. Dont la première d'entre elles qui édicte que « Le lecteur et le détective doivent avoir des chances égales de résoudre le problème. Tous les indices doivent être pleinement énoncés et décrits en détails. ».

            Membre éminent des Baker Street Irregulars®, une société d’admirateurs du détective inventé par Sir Arthur Conan Doyle, le romancier Poul Anderson ne pouvait pas ne pas s’essayer à une aventure de Sherlock Holmes. Personnage qui par ailleurs et au travers de son univers, parcours peu ou prou l’œuvre d’Anderson. En compagnie de Watson dans une aventure de La Patrouille du Temps, sous les traits du détective Sherringford dans La reine de l'air et des ténèbres, ou via Moriarty ou l’un de ses descendants, ici ou là. 
« Que deviendront les enquêtes de police dans l'avenir ? Poul Anderson y répond en nous présentant un Sherlock Holmes martien, dans une nouvelle qui est à la fois un pastiche de Conan Doyle et un récit de science-fiction. Vous y trouverez en outre un problème de chambre close qui ne peut se poser que dans un futur interplanétaire. [..] »
(in Fiction n°99) 

            Publiée, en français, en février 1962 dans la revue Fiction, Les Joyaux de la couronne martienne est une nouvelle aujourd’hui plus facilement disponible dans un recueil de 2017 et sous une nouvelle traduction pour Rivages/Noir
Syaloch, un détective martien y enquête afin de découvrir le ou les auteurs du vol des joyaux de la couronne martienne, en respectant scrupuleusement la première des 20 règles de S.S. Van Dine que j’ai citée. 
Ce respect, volontaire ou non, donne ce qu’on est en droit d’attendre de ce type d’oukaze, une histoire qui ronronne aussi poliment que le lecteur. 
Au moins Poul Anderson s’applique-t-il à donner une explication très scientifique au vol des joyaux.  Et un gentil clin d’œil à l'un de ses aînés.

Une nouvelle à réserver aux complétistes indulgents (comme le reste dudit recueil commercialisé au prix de 6 €).

Une nouvelle qui mêle énigme policière à l'exotisme de la lune martienne Phobos, en une combinaison qui lui vaut de participer au challenge de lecture de l'ami Yogo.

Commentaires

Publier un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

SKEUD [Dominique Forma]

Johnny Trouble est le roi du vinyle pirate, fruit d'enregistrements qui ne le sont pas moins. Des galettes vendues sous le manteau, jamais commercialisées par les maisons de disques. Le « skeud » (ou disque en verlan) du titre du premier roman de D ominique F orma. Qui pour sa réédition chez Rivages™ en 2015, a été un poil ripoliné par l'auteur.             D ominique F orma est un individu atypique dans le paysage culturel hexagonal.  Au début des années 1990 il part aux U.S.A. sans plan de carrière, et se retrouve music supervisor au sein de l'industrie du cinéma. Il en profite pour apprendre la mise en scène et l'écriture sur le tas, et après un court-métrage s'impose réalisateur sur l'un de ses propres scénarios. L'aventure, avec rien de moins que J eff B ridges au casting , ne tournera pas à son avantage, j'y reviendrai prochainement. En attendant, de retour en France , en 2007, il contacte P atrick R aynal sur les conseils de P hilippe G arnier

Blade Runner (vu par Philippe Manœuvre)

Après vous avoir proposé Star Wars vu par le Journal de Spirou de 1977 (ou du moins d'un des numéro de cette année-là), c'est au tour de Blade Runner vu par P hilippe M anœuvre en 1982 dans les pages de la revue Métal Hurlant . Il va de soit qu'avec un titre tel que : "C'est Dick qu'on assassine" le propos de l'article ne fait pas de doute. Pour rappel, le film est sorti en France le 15 septembre 1982, Métal Hurlant au début de ce même mois de 82. Bonne lecture.

À bout portant [Gilles Lellouche / Roschdy Zem / Fred Cavayé]

« C’est du cinéma, on est donc dans la réalité + 1 ou + 2 »  F red C avayé  L’épuisement d’histoires originales, et la production exponentielle de fictions nécessitent d’élaborer des stratégies de mises en récit attractives pour captiver le public.              Plonger directement les spectateurs d’un film « au cœur des choses » est toujours payant. Surtout si en plus, comme dans le cas du film réalisé par F red C avayé, les personnages et le contexte, en un mot l’histoire, bénéficie de l’effet IKEA ® .  L'effet en question est un biais cognitif documenté par M ichael N orton, dans lequel les consommateurs accordent une plus-value aux produits qu'ils ont partiellement créés (les meubles de l'enseigne bien connue).  Ici, la chronologie (chamboulée par l'ouverture du film in medias res ), les tenants et les aboutissants du scénario (dévoilés au compte-goutte) nécessitent que le spectateur participe activement au storytelling du film qu'il regarde.  L'effet IKEA ®