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La Sentinelle [Gerald Petievich / Henri Robillot]

Même si « on ne juge pas un livre à sa couverture », « La Sentinelle » de Gerald Petievich partait avec un handicape certain, en ce sens que la Série noire™ affichait une remarquable désinvolture en orthographiant mal le nom de l'auteur sur ladite couverture. C'est ballot !
            Or donc, ce roman, traduit par Henri Robillot, commercialisé en 2004, tient vraiment bien la route.
Classique certes, mais solide.
            Voyez plutôt : pendant qu'un groupe de néonazis menace le président des États-Unis, son épouse le trompe avec Pete Garrison, un agent du Secret Service. Russel Jordan n'est pas en reste puisqu'il entretient une liaison avec Helen Pierpont, sa conseillère à la sécurité nationale.
Ce fragile équilibre est brisé lorsque Eleanor Hollingsworth Jordan reçoit une lettre de chantage, et que Pete Garrison est contacté par une ancienne ressource qui lui dit avoir des renseignements sur un attentat en préparation.
            De péripéties en coups de théâtre et autres rebondissement, « La Sentinelle » et ses 361 pages tiennent le rythme et ne manquent jamais de nous divertir.
C'est, comme je le disais classique, mais très solide.
Je n'en dirais pas tant de la traduction de Gallimard™.
Mais on verra aussi que Petievich n'est pas en reste, et que Robillot à des circonstances atténuantes.
            J'ai déjà évoqué la faute d'orthographe en couverture, et je mentionnerai en passant l'usage de « mitraillette », terme que l'on réserve surtout aux enfantillages, et que l'on entendra jamais dans la bouche d'un professionnel des armes. Mais que visiblement Henri Robillot affectionne.
Mais là où je suis tombé des nues, c'est en lisant que La Réunion est un 
« protectorat français dans l’océan Indien » !!! Sans rire.
            Il est vrai qu'avant de devenir écrivain, et pas des moindre, puisqu'on lui doit entre autres plusieurs romans adaptés au cinéma comme l'excellent Police fédérale Los Angeles, L'Extrême Limite, et The Sentinel (ci-dessus),
Gerald Petievich donc, a été un officier du contre-espionnage américain ..... en Allemagne de l'Ouest
Bien loin de l'hémisphère sud, il est vrai. <ricanements>
Sauf que Henri Robillot, né dans 8e arrondissement de Paris, ne pouvait pas ne pas ignorer que La Réunion n'est pas un protectorat français. Il n'aurait ainsi pas trahi l'auteur en rectifiant l’erreur, et en lui évitant de passer pour un con.
Mais il ne s'arrêtera pas en si bon chemin le bougre, paix à son âme !
            Voilà ce qu'on peut lire au 23ème chapitre de ce roman : « Une vague de rage montait du fond des tripes de Garrison. Il détestait les hommes de l’espèce de Vincent, membre de cette caste imbécile de Blancs américains minables et aigris, qui rendaient tout le monde responsable de leurs déboires, sans jamais se remettre en question. » !
En lisant ce petit paragraphe, et en ayant bien tête qu'un personnage n'est pas l'auteur ; je me suis quand même demandé si Gerald Petievich aurait pu écrire, en 2003 donc, et en toute impunité : « Il détestait les hommes de l’espèce de Vincent, membre de cette caste imbécile de Noirs américains minables et aigris, qui rendaient tout le monde responsable de leurs déboires, sans jamais se remettre en question. » ?
À votre avis !?
Outre que ça n'aurait pas collé avec la personnalité de Pete Garrison, cela aurait diablement juré dans n'importe quel roman. 
D'autant que la version originale est plus tempérée : « Anger welled from deep inside Garrison. He detested men like Vincent, a member of the great American white, angry underclass that blamed their perceived misfortune on everyone but themselves. » Ou du moins vise-t-elle un groupe particulier, peu enclin à susciter la sympathie.
            Henri Robillot confond également « faire la belle », ce qui pour un légionnaire est particulièrement risqué, avec « se faire la belle », à prendre ici au figuratif pour ne pas s'attirer les foudre féministes.
À sa décharge, le traducteur à, en 2004, ..... 86 ans !
Néanmoins, tout aussi magnanime que je sois, la suite est assez énorme. Mais j'apprendrai à mes dépends que Gerald Petievich a sûrement été retourné lorsqu'il travaillait en Allemagne de l'Ouest. <rire> 
            Alors que Pete Garrison tente d'infiltrer un gang de suprémacistes blancs, il se retrouve face à l'un d'entre eux : « Timmons alluma une cigarette et toussa. Les murs étaient couverts de ce que Garrison aurait appelé des spécimens américains de kitsch fasciste : des fanions texans, une effigie lumineuse de John Wayne, une selle, un panneau peint à la main proclamant : pouvoir blanc, agrémenté d’une croix gammée. Des sabots de cerf, un vieux fusil. ».
            Pour que cela soit bien clair, je n'ai pas dès le début comparé la version traduite avec l'originale, je ne l'ai pas plus fait ensuite d'ailleurs ; mais la lecture de la traduction m'a suffisamment intrigué, parfois, pour que je compare ce qui me paraissait le plus étrange.
Ici, c'est d'englober dans le « kitsch fasciste » John Wayne et des fanions texans.
            Mais je n'étais pas au bout de mes surprises car la version originale ne parle pas de fanions texans, mais de drapeaux de course (à damier, je suppose) - amusant mais tout aussi bizarre - , et d'un panneau proclamant « White Power », qui pour le coup n'est pas à prendre au pied de la lettre en tant qu'il s'agit essentiellement d'un slogan suprémaciste.
Mais pour ce qui concerne l'un des plus célèbres acteurs hollywoodiens, il fait partie, pour Gerald Petievich en tout cas, de la panoplie du « kitsch fasciste ».
Là je dois dire que les bras m'en tombent !   
            Mais finalement, remis de mes émotions, j'avoue que  « La Sentinelle » m'a diverti.
Certes, de bien des façons ; d'abord grâce à son intrigue, mais aussi, comme vous l'avez vu en créant, à plusieurs reprises, des flottements, dont je peine encore à dire s'il s'agit d'étourderies ou d'idéologie bien-pensante.
Un peu des deux comme, on dit souvent.
En tout cas, « La Sentinelle » est un honnête thriller, tout ce qu'il y a de distrayant.

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