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Feu ! [Dougals Fairbairn / France-Marie Watkins]

 « Voici ce qui est arrivé »
            En feuilletant un magazine de cinéma, je tombe sur un article qui récapitule les sources d'une série télévisée française à venir. Un création originale, intitulée Traqués
Cédric Anger cite donc, en réponse à la question de Gaël Golhen ; « Mais où diable le cinéaste a-t-il allé chercher tout ça ? » : Voyage au bout de l'enfer1978, Les Chiens1979, le cinéma de Chabrol, Pialat, Sautet et la musique d'Ennio Morricone. 
Un héritage plutôt prestigieux ! 
            Patatras, quelques jours plus tard, toujours par hasard, j'apprends que la promo de la série a été stoppée, et que sa diffusion est remise aux calendes grecques !
En cause ? 
L'ombre d'un plagiat, celui d'un très obscur roman américain commercialisé en 1973, écrit par Douglas Fairbairn. 
Et publié en France deux ans plus tard chez Denoël™ sous le titre de « Feu ! ».
Et non pas, comme l'ont relaté des articles mal renseignés (mais identiquement mal renseignés !?), sous le titre de La Traque.
            Quasiment pas référencé en langue française, ce roman a obtenu en son temps les louanges de John Updike ; et il a été cité deux fois par Stephen King, dans deux de ses essais. 
Je salue au passage le travail de Jean-Daniel Brèque qui donne au roman de Fairbairn son titre français exact (in Anatomie de l'horreur).   
            Ce roman a aussi retenu l'attention des tycoons d'Hollywod™, puisqu'un film l'a adapté en 1976. Titré Shoot, il ne fait pas non plus l'unanimité quant à son titre français. Tantôt s'agit-il de Tir à vue, tantôt d'Une balle entre les yeux ; sans qu'une affiche puisse départager les deux titres.
Mais revenons à « Feu ! »
            Roman très court, de type thriller, il inaugure le (mauvais) genre dit « macho noir ».
Car ce que ne dit pas la quatrième de couverture, ci-contre, assez fautive d'ailleurs, puisqu'il s'agit surtout d'anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale, dont certain ont aussi « fait » la Corée, et - en effet - de quelques anciens du Vietnam ; c'est que le personnage principal de l'histoire Rex Jeannette, est un mâle alpha comme on n'oserait plus en écrire aujourd'hui.
            Ancien para de la Seconde Guerre mondiale donc, Rex est aussi un chef d'entreprises très puissant de la ville où il vit. C'est un homme qui n'aime pas les hippies, qui trompe sa femme (laquelle est décrite avec sa fille : « grosses comme des porcs »), macho, violent, un chasseur, un homme d'action, pour qui l'alcool n'est sûrement pas un vice, pas plus que la cigarette, ou le chantage. Pas plus que le viol. Shocking! 
            Comme vous l'avez certainement deviné, en lisant que John Updike en avait dit du bien, et que Stephen King le citait - s'agissant d'apprendre à bien écrire, 
« Feu ! » n'est pas, comme j'ai pu le lire dans certaines critiques américaines une ode à la NRA, ou à la masculinité toxique (sic).   
Il s'agit d'une critique de la société américaine de l'époque (la fin des sixties), sous la forme d'une satire. 
            Douglas Fairbairn charge tellement ses personnages, qu'aujourd'hui « Feu ! » n'aurait aucune chance d'être réédité. Ou alors sous le manteau.
            Visiblement l'auteur, un ami des écureuils, avait un contentieux à régler avec la « Greatest Generation » et d'une manière générale, avec tous les anciens combattants. Les U.S.A. sont alors en plein dans la guerre du Vietnam.
Mais nonobstant sa rancœur (?), « Feu ! » est un roman captivant. Malgré sa prémisse absurde, on adhère - grâce aux personnages (pourtant traités en très mauvaises parts) - sans coup férir à l'intrigue.
Et la fin du roman, que j'ai qualifié de « macho noir » rappelez-vous, ce qui est noir, n'est pas dû à sa brutalité, ni à la crudité des rapports sociaux, encore moins au désespoir qu'il peut éveiller chez le lecteur ; non ce qui est noir dans cette histoire c'est la vie ! La vie, que Fairbairn nous présente comme un traquenard, un piège inéluctable.    
« - J'ai voulu venir aujourd'hui, pour voir à quoi ressemble un véritable combattant » lui dit le général Davidson, alors que Rex Jeannette est en Angleterre, blessé, sur un lit d'hôpital.
« Pendant je ne sais combien de temps, des années, il me contempla [..] », « Je voudrais qu'il arrive. Je ne peux plus tenir le coup bien longtemps. ». 
          Il n'y a pas à dire, lorsque les gauchistes, qui se disent pacifique mais qui ne sont qu’inoffensifs, se mettent à écrire - à charge - des thrillers de mecs à la redresse, il en sort souvent de très bons romans de (mauvais) genre.
Et celui-ci est particulièrement bon. 
            Je crois, sans avoir lu la version originale, que France-Marie Watkins y à fait du très très bon boulot. Ce qui n'est sûrement pas un accident, puisque si je ne dis pas de bêtises, elle a été à l'école de la Série Noire©, à l'époque où les consignes y étaient de tailler l’aspect psychologiques des intrigues ; à la fois pour correspondre à un format (ce qui n'était pas gênant ici, puisque le roman originale fait dans les 200 pages), et pour lui donner l'aspect de ce qu'on a fini par appeler le roman noir « comportementaliste ». 
Ce qu'est, aussi, au demeurant « Feu !».
Et ça lui va très bien.        

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