dimanche 31 janvier 2010

L'esprit bicaméral







... Je viens de commencer de lire LA NAISSANCE DE LA CONSCIENCE DANS L'EFFONDREMENT DE L'ESPRIT de Julian Jaynes. Disponible ici.

Selon Jayne, je résume schématiquement le début de ma lecture, la subjectivité, la faculté que nous avons à regarder au fond de nous-même en nous disant : Qu'est ce que je pense de tout ça ? - n'existe que depuis 1000 ans avant J-C (environ).

Avant cette "date" l'esprit de l'homme était bicaméral, divisé en deux compartiments distincts : quand un "homme bicaméral" ne savait pas quoi faire devant une situation inédite par exemple, la volition, l'élaboration et l'initiative s'organisaient sans l'aide de la conscience dans l'hémisphère droit et étaient ensuite transmises au "cerveau gauche" par l'intermédiaire d'une voix.

Ce sont ces voix, ces hallucinations qui sont devenues des dieux (ou des démons).

On n'est pas très loin de l'explication que donne Alan Moore (avec l'aimable traduction de Jean-Paul Jennequin) dans son formidiable ouvrage From Hell publié chez Delcourt :















































































samedi 30 janvier 2010

Imbecile Man

Grand format

Extrait du Spidey n° 100 des éditions LUG

vendredi 29 janvier 2010

L'Implacable

... Vous connaissez Remo Williams dit l'Implacable, adapté au grand écran avec une certaine réussite :

.. sous le titre de Remo sans arme et dangereux (Hum .. moins réussi pour le coup).

L'Implacable a aussi connu le plaisir d'adaptations en bande dessiné, d'abord en 1989 puis en 1991 chez l'éditeur américain MARVEL.

Joe Jusko
Cependant il est notoire que la création de Richard Sapir et de Warren Murphy est d'abord un personnage de roman.





Mais saviez-vous qu'avant que Gérard de Villiers n'intègre Remo à son écurie, celui-ci avait déjà fait un détour par une traduction française ?




Le Guerroyeur !

Étonnant non !?

Un entretien avec Warren Murphy l'un des créateurs de Remo Williams et de l'inénarrable Chiun est disponible ici, par Thierry Attard.

jeudi 28 janvier 2010

Le Fulchibaritsu

J'ai envie aujourd'hui de vous parler du Fulchibar et plus précisément de l'un de ses aspects, le Fulchibaritsu.

... Le Fulchibaritsu trouve ses origines auprès d'Alexandre le Grand, pas du souverain lui-même mais plutôt de l'incidence de sa politique sur les affaires humaines.
Une politique faite de conquêtes qui a généré un syncrétisme culturel extrêmement vivace, notamment au sein de ses armées.

En 325 avant J-C lorsque le roi de Macédoine quitte la vallée de l'Indus dans les circonstances que l'on sait, une partie de son armée reste sur place, notamment un petit groupe qui nous intéresse particulièrement, et qui sera à l'origine du Fulchibaritsu.

Il est notoire que les hommes composants les régiments d'Alexandre étaient des pratiquants de Pancrace et de Pugilat, des arts de combat pratiqués quotidiennement par les soldats.
Ainsi donc au fil des campagnes ceux-ci purent améliorer leurs connaissances à la fois théoriques et pratiques du combat à mains nues grâce à l'apport d'un savoir nouveau du fait de l'enrôlement de "troupes indigènes", au fur et à mesure de l'avancée des différentes conquêtes.

Le groupe dont il est question va s'établir en une communauté ouverte et ainsi bénéficier de l'apport d'une nouvelle strate de connaissances dispensée par leur terre d'accueil l'Inde, véritable carrefour culturel.

La rencontre des soldats d'Alexandre et des gymnosophes indiens va introduire une notion fondamentale du Fulhibaritsu, certes connue et acceptée en grande part aujourd'hui (mais beaucoup moins à cette époque du moins en occident) celle de l'indivisibilité du corps et de l'esprit : "La méditation en action vaut dix, cent, mille fois mieux que la méditation au repos".

Cette approche globale, holistique dirais-je va permettre au Fulchibaritsu d'être en avance sur son temps. Jugez vous même.

Ainsi, penser et réfléchir sont appréhendés par le Fulchibaritsu comme opposés mais complémentaires :

- Penser c'est traiter de l'information, conceptualiser, créer des représentations abstraites.

- Alors que réfléchir, c'est renvoyer l'image de la réalité, c'est accéder à une information brute dont par exemple l'intuition - que certains décrivent comme "une découverte sans preuve" - est la manifestation la plus évidente.

Vous voyez les vastes perspectives qu'une telle conception permet.

Si le Fulchibar est considéré d'un œil dubitatif notamment à cause de l'aura "surnaturelle" qui l'entoure, il ne faut pas perdre de vue que pour un homme de XI° siècle par exemple tout ce qui nous semble naturel aujourd'hui lui apparaîtrait comme surnaturel.

Oublions donc nos préjugés et voyons quelques exemples concrets.

Je sens que je sens ; j'existe parce que je m'en aperçois
Maine de Biran

... Le Fulchibaritsu a mis l'accent dés ses débuts (300 avant J-C) sur le développement de notre sixième sens.

Celui que Charles Scott Sherrington mettra en évidence au début du XX° siècle en le définissant comme "un flux sensoriel continu, mais inconscient, qui traverse les parties mobiles de notre corps et grâce auquel, leur position, leur tonus et et leur mouvement sont en permanence contrôlés et adaptés d'une façon qui nous demeure cachée en raison de son caractère automatique et inconscient" : la proprioception (ou sens tactile interne).

Sentir la position de ses membres par rapport aux autres (statesthésie) ou en évaluer le déplacement (kinesthésie) est l'une des bases du Fulchibaritsu.

À tel point qu'un pratiquant avancé peut, lors d'un combat par exemple, appliquer la kinesthésie à son adversaire et ainsi donner l'impression d'anticiper ses mouvements.

Un autre exemple utilise l'idée de "mouvement ondulatoire".

Lors d'un coup de poing le mouvement "part" de la hanche qui pivote dans le sens du mouvement, "monte" jusqu'à l'épaule qui "engage" le bras (coude pointé vers le bas, poing pouce en haut) qui remonte vers la "cible". Le mouvement ondulatoire démultiplie l'onde de choc du coup sans pour autant demander plus d'énergie.

Cependant l'esprit n'est pas oublié.

Comme dit précédemment la perspective holistique, entraîne de facto le Fulchibaritsu à développer une "philosophie de la vie" (terme un peu pompeux, je vous l'accorde).

De fait, à l'instar du I Ching ou des "stratégies obliques" de Brian Eno le Fulchibaritsu s'est construit un arsenal de citations plus ou moins brèves utiles pour inspirer, relancer, ou orienter sur une nouvelle voie ce que l'on fait ou ce que l'on s'apprête à faire :

Par exemple le Fulchibaritsu préconise de se lever de bonheur, ce qui a l'énorme avantage pratique d'offrir de se lever de bonheur .... à toute heure.

Comme vous pouvez le voir le Fulchibaritsu offre un panorama des plus enrichissants. Il n'est alors pas étonnant que d'illustres personnalités l'aient intégré à leur pratique quotidienne. Sherlock Holmes n'est pas le moindre, même si le docteur Watson utilisa un subterfuge en parlant de Baritsu.

mercredi 27 janvier 2010

mardi 26 janvier 2010

lundi 25 janvier 2010

Bored to death


... ou jouer à Fight Club pour du beurre noir.



... Jonathan Ames est écrivain, grand, costaud, le cheveux rare mais clair. Jonathan Ames est écrivain, mince, châtain. Jonathan Ames est boxeur, Jonathan Ames est un détective sans licence. Jonathan Ames a toujours rêvé d'être détective privé.
Largué par sa petite amie, Jonathan Ames ronge son frein devant la page blanche de son deuxième roman. Amateur de vin blanc (qu'il boit dans un mug) et de beuh la raison pour laquelle sa petite amie l'a quitté, Jonathan Ames l'est aussi de livres, pour tromper son ennui et son spleen il se replonge dans un roman de Chandler, Adieu ma jolie ......

Et l'idée de devenir détective privée s'impose à lui, une manière de gagner sa vie.

Et de combler un vide ?
... Situations cocasses, personnages farfelus Jonathan Ames en créant Bored to death assouvit un fantasme, devenir détective privé : "Une sorte d'expérience extra-corporelle. Je n'étais pas moi, j'étais héroïque" dixit Jonathan Ames. Si par la force des choses Jonathan Ames est plus proche de Jason Schwartzman dans son allure & ses attitudes, les mots qu'il prononce & ce qui lui arrive sont le reflet de la vie de Jonathan Ames.

Sa première enquête va le mener à découvrir les raisons de la disparition de la sœur de sa première cliente Rachel : ATTENTION RÉVÉLATIONS Elle a été enlevée par son ex-boyfriend qui tente de lui faire vivre un syndrome de Stockholm qui comme chacun sait est un trouble psychique qui développe chez un otage un sentiment d'empathie envers son geôlier.

Ces péripéties sont émaillées de conversations qu'a Jonathan Ames avec ses amis : George un éditeur (qui est aussi son patron) coureur de jupons sur le retour : "Je ne suis plus celui que j'étais et je l'accepte, ça s'appelle l'humilité" et amateur de bédos, et Ray, un dessinateur de BD qui rencontre des problèmes dans son couple et dont Jonathan Ames est un peu le psychanalyste, et l'ami. En regardant le deuxième épisode* vous apprendrez si un lavement peut aider à surmonter des problèmes relationnels.


Jonathan Ames aime boxer, notamment avec d'autres écrivains qui aiment boxer. Comme Craig Davidson. Jonathan Ames a publié L'homme de compagnie qui deviendra un film avec Kevin Kline. Il a aussi publié Réveillez-vous, Monsieur! ce qui n'est pas anodin, puisque Bored to death ne dure que 26 minutes.

Loin de s'ennuyer à en mourir, suivre Jonathan Ames nous rapproche de la mort en riant, vous conviendrez que ce n'est déjà pas si mal.
________________
* Au passage, en regardant ce deuxième épisode je remarque que mon idée de citer Fight Club n'était pas si excentrique que ça.

samedi 23 janvier 2010

Sherlom Lhockes

... Un détective privé à l'allure débraillée et au galurin improbable, au cerveau alerte et ayant un net penchant pour la baston, accompagné de son fidèle complice se retrouve confronté à un complot ourdi par un machiavélique mage versé dans les Arts Sinistres, aidé en cela par une loge de thaumaturges d'opérette.

Si ces deux personnages principaux s'inspirent d'illustres modèles inscrits depuis des lustres au firmament de la littérature, et en bonne place dans l'imaginaire collectif, saluons l'initiative de la production de ne pas en revendiquer trop ouvertement la filiation.
Certes, il ne faut pas sortir de la cuisine de Jupiter pour remarquer l'anagramme construit autours du nom du héros : Sherlom Lhockes.

Cependant Sherlom Lockes s'éloigne ostensiblement de son modèle, et s'il utilise sa matière grise c'est dirons-nous un peu par accident. Un fin nappage de déductions (malheureusement alourdit par trop d'ostentation) recouvre divers tranches de bourres-pif et autres crocs-en-jambe.
Malheureusement les nombreux combats au corps à corps souffre d'une mise en scène qui à défaut d'avoir des acteurs retaillés (ou pour le moins des cascadeurs) se doit d'être brouillonne, syncopés et saccadés pour donner une illusion d'efficacité et de dynamisme. Peine perdue.

.....Un magnifique chamane fulchibar
Quoiqu'on entraperçoive une belle technique de Fulchibaritsu (dont j'aurai le plaisir de vous parler prochainement), ne soyons pas mesquin en plus d'être mauvais public. Ainsi qu'un chaman fulchibar (ceux dont les muscles sont l'esprit).

Où en étais-je ?

Le scénario ?

... Durant presque 1 heure 15, nous sommes trainés ventre à terre aux basques d'une intrigue qui subira à son corps défendant un retournement de situation plus efficace encore qu'un retournement de veste et à tout le moins aussi frustrant, amenant le spectateur à déduire qu'on l'a pris non pas en stop mais pour un con.

Admirez ici la pertinence quantique du propos où l'observateur se retrouve dans la peau de celui qu'il observe depuis presque 2 heures.
Car vous l'avez compris, ce bon vieux Sherlom Lhockes se targue à l'instar de son illustre cousin britannique d'être un as de la déduction, ce que devient le spectateur incrédule déduisant qu'il a été pris pour un con. CQFD !

Toutefois entendons-nous bien, nombre de personnes ont travaillé sur ce projet : techniciens, accessoiristes, habilleurs voire habilleuses, figurant(e)s, éclairagistes &cætera ... et il n'est pas dans mes intentions de vouer aux gémonies leur travail. Si ce flim ne m'a pas plu, il plaira certainement à d'autres.
Le monde dans lequel nous vivons réserve heureusement encore un brin d'étrangeté.

Et puis sont-ils responsables d'un scénario en macramé et d'une réalisation en peau de lapin de garenne, je vous le demande !


D'autant que la suite, qui tente de prendre forme dés ce premier opus c'est dire, va selon mes déductions astrologiques mettre aux prises de Fulchibaritsu le détective Sherlome Lhocks et son fidèle docteur Stetson face au professeur Miguelito Loveless qui après avoir fait disparaitre de la Sierra Madre les deux héroïques agents du gouvernement James West & Artemus Gordon et s'être emparé de leur attirail va mettre à feu et à sang Hell's Kitchen, le fief de nos deux intrépides détectives en herbe à chat.




Sherlom Lhockes le détective aux muscles de matière grise est un flim que l'on peut ne pas voir conséquemment à un scénario en peau de balles et à une réalisation en court-bouillon.

Le pouce de l'ingénieur, une enquête de Sherlock Holmes relatée par le docteur Watson (extrait) :


Une vaine tentative de toile euristique

vendredi 22 janvier 2010

Sons of anarchy



... Mon fils ne tarit pas d'éloges sur la série Sons of Anarchy, en attendant que j'aie le temps de la voir il m'en a fait écouter le générique qui est joliment troussé : This life de Curtis Stigers, Bob Thiele Jr. & Dave Kushner.

Bien vouloir me signaler si le lecteur Podbean ne passe pas le titre en question.

mercredi 20 janvier 2010

Le Marquis


... La ville de Venisalle est placée sous l'autorité et la férule du Ministère de l'Inquisition et de son bras séculier l'Armée. Si par ailleurs Guy Davis le dessinateur et scénariste de cette histoire dit s'être inspiré de la France du XVIIIe siècle pour Venissale il précise que le monde dans lequel évolue les personnages est totalement indépendant du notre.

C'est donc au cœur de Venissale que plusieurs meurtres sont commis, des meurtres exécutés avec un acharnement certain. Elle sont l'œuvre de Vol de Galle .....

... J'ai acheté Le Marquis Danse macabre dés sa sortie (2004) et assez inexplicablement je ne l'avais pas encore lu ou plutôt pas entièrement lu.
C'est d'autant plus incroyable que cette fois-ci, je l'ai lu d'une traite.

Guy Davis, que j'avais découvert sur la série Vertigo Sandman Mystery Theatre excellente série (Les mystérieuses enquêtes de Sandman : trois recueils aux éditions LE TEMERAIRE pour les amateur s de V.F) donne ici la pleine mesure de son talent.
Pas seulement en terme artistique mais aussi en matiére de narration et d'histoire proprement dite.

C'est de main de maître que Davis emmène le lecteur et ses personnages au terme de cette histoire de 160 pages, un terme provisoire puisque Les Humanoïdes Associés ont publié un deuxième tome en 2005.

Il faut dire l'excellent travail de cet éditeur pour cet album : croquis commentés de Guy Davis, postface de l'auteur et le prélude original publié en 1997 par ma maison d'édition Caliber Press accompagnent l'étonnante aventure de Vol de Galle et de son alter ego Le Marquis.

Une aventure dont je ne dirai rien sinon qu'elle m'a tenu en haleine de bout en bout et dont l'atmosphère, sans j'espère offenser l'une ou l'autre des parties m'a fait penser à la fois à Hellboy et à John Constantine. Bref, je ne vous cache pas que j'ai dés ma lecture terminée, commandé le deuxième tome intitulé Le Marquis Intermezzo.



mardi 19 janvier 2010

À crever de rire

C'est grâce à cette nouvelle que j'ai découvert Joe R. Lansdale.

Elle se trouve dans le recueil titré Le Joker L'homme qui riait publié par les éditions Fleuve Noir (1994) et qui réunit des auteurs tels que F.Paul Wilson, Robert McCammon, Stuart Kaminsky &cætera ....

Je ne l'ai pas relue depuis et si je n'en garde aucun souvenirs précis, j'ai toujours à l'esprit la forte impression que j'ai eu en la lisant. C'est en tout cas la seule nouvelle qui ne m'a pas fait me demander où étaient les dessins de cette putain d'histoire.
Extrait :

*-*

(Batjournal, 28 octobre)

... Parfois, il m'arrive de croire ce que les journaux disent de moi.
... Tard dans la nuit, avant de m'endormir, il m'arrive de me prendre pour le Vengeur Masqué, le Chevalier Noir et tous ces surnoms ridicules dont m'affublent toutes les feuilles de chou. Je suis rapide, précis, parfait. Le plus grand acrobate du monde, le maître des détectives. Rien ne m'est impossible.
... Puis je me réveille et le monde redevient tel qu'il est en réalité. Je vois sortir de la lumière des minables comme le Joker, et ils retournent dans l'ombre.
... Il y deux semaines le Joker s'est échappé de l'asile d'Arkham. J'ai remué ciel et terre pour le retrouver. En vain. Et j'attends toujours qu'il montre son vilain museau, prêt à nous faire subir sa derniére élucubration.
... La nuit derniére il a frappé à nouveau.
... Le juge Hadley est mort.
... Je n'étais pas là pour assister à ses derniers instants, mais Jim m'a tout raconté, et je peux reconstituer toute la scène et ce qu'il dut ressentir. Il marche, seul, bien dans sa peau. Il vient de faire quelques longueurs dans sa piscine, puis soudain, il a la désagréable surprise de constater que ses pieds se métamorphosent en chewing-gum à l'intérieur de ses chaussures. Il s'effondre et ses côtes percent sa peau, s'amollissent et dégoulinent sur le carrelage. Son cœur et ses poumons traversant sa poitrine, pulsent contre le tissu de sa robe de chambre, puis se liquéfient. Son cerveau coule de ses oreilles comme un flot de flocons d'avoine graisseux. Enfin, il n'a même plus d'oreilles, plus de crâne, plus qu'une masse blanche et grise.
... Toute cette boue reste là, à gargouiller et bouillonner et la robe de chambre à demi enlisée pulse comme si elle cachait une nichée de rats. Puis plus rien ne bouge. Un rayon de lune esseulé vient frapper la boue qui régurgite un petit arc-en-ciel de clarté lunaire. Une main gantée de blanc surgit de nulle part et jette un chapeau claque sur ce gâchis. Sur le chapeau, on a peint un visage à la peau blanche et aux lèvres rouges, couronnées d'une botte de cheveux verts.
... Le visage du Joker.

... Parfois, j'aimerais avoir moins d'imagination.

... Et voilà comment j'ai appris sa mort, hier, peu après midi, dans le bureau de Gordon.
... Jim voulait me parler, et je suis allé le voir, me suis assis dans un fauteuil aux ressorts fatigués, et l'ai regardé. Pas au mieux de sa forme. Ses vêtements étaient froissés, son visage mal rasé. Les commissures de ses lèvres s'affaissaient comme un ouvrage de maçonnerie en ruine.
Ses mains agrippaient les rebords de son fauteuil comme s'il voulait les broyer. Une goutte de sueur pendouillait au bout de son nez. la pièce n'avait pourtant rien d'une étuve, cependant, son front était luisant de transpiration.
... Moi-même, je ne me sentais pas très bien. Tout petit, très vieux, très fatigué, engoncé dans ma cape et mon masque. Et même un peu bête. C'était une mauvaise année. Ma derniére affaire, ma rencontre avec Jack-du-métro, avait sapé mes forces.
... J'avais compris que Gordon avait quelque chose à me dire, et avant même qu'il ait ouvert la bouche, je sus de quoi il s'agissait.
... - Le Joker.
... Gordon sortit un magnétophone du tiroir de son bureau, tira une cassette d'un sac en plastique réservé aux indices, la glissa dans l'engin et dit :
... - Écoutez.

... (Clic)
... - Eh ben, mon vieux ! Ce sacré vent hurle autour de l'asile, et la pluie fouette les murs de cette maison de dingues. Des éclairs explosent là dehors comme des six-coups, mais ce son et lumière ne me dérange pas, non monsieur.
... "Je suis assis là, toujours le même, toujours tel que je suis depuis que Batman m'a arrangé le portrait. La peau blanche, les cheveux verts, les lèvres rouges. Pas de stetson, pas de cheval. Je suis là où Batman m'a collé. Et je regarde la pluie et les éclairs à travers mes barreaux. Et mon vieux, si tu savais comme je peux en avoir en marre. Et tu sais quoi ? Ça m'étonnerait pas que je ponde un plan pour sortir de ce trou comme un cow-boy de cinéma.
... "Je m'évade et je disparais dans le soleil couchant. ...
... " Tu m'entends, shérif Batman ?
... "Bientôt ce sera la rencontre ; le train sifflera trois fois et les six-coups auront la parole. Et lorsque la fumée se dissipera, ce sera toi avec tes grandes oreilles qui aura mordu la poussière et sera étalé en plein milieu de la piste.
... " Bon, laissons un peu tomber John Wayne. Je peux aussi faire Humphrey Bogart et le plus beau Sidney Poitier du monde, à faire rougir Sid lui-même.
... " Maintenant, c'est le Joker qui parle. Et mon vieux ce n'est pas de la tarte. Parce que ce type est aussi azimuté que la tornade de Dorothy dans le Magicien d'Oz et furax comme un démocrate libéral à qui on a réduit son budget social.
... " Et tu sais quoi, Bat ? D'ici à ce que tu entendes tout ça, il y longtemps que j'aurai quitté l'asile d'Arkham. En fait, je n'y suis déjà plus. Il n'y a ni pluie, ni vent, ni éclairs de l'autre côté de ma fenêtre. Ce n'était qu'un mauvais souvenir que je tenais à te faire partager.
... " Ce que je veux dire, beau masque, c'est que le monde entier est une scène et que j'ai quitté celle de l'asile. J'ai changé d'air et de peau. Le crime m'a tendu les bras et je m'y suis jeté.
... (Long silence)

La couverture du Fleuve Noir et la même que celle de l'édition originale, publiée sous la direction de Martin H. GREENBERG, elle est de Kyle Baker.

Traduction de Thomas Bauduret.

lundi 18 janvier 2010

Toile euristique

Définir, c'est enclaver la naturalité d'une idée d'un mur de mots*

Samuel Butler




...
Le mind mapping a été découvert et formalisé par le psychologue Tony Buzan dans les années 1970. Cette expression a été traduite en français par carte heuristique voire, carte mentale.
Pour ma part je parle de toile euristique*, encouragé en ce sens par Tony Buzan lui-même, qui préconise aux utilisateurs de son concept de se l'approprier, de le personnaliser.
Il me semble ainsi que "toile euristique" est une belle illustration de l'une des idées maîtresses développées par le mind mapping à savoir l'association, la connexion et surtout la stimulation de l'imagination....

... Selon Tony Buzan, le mind map ® est "un outil d'apprentissage et d'exploration personnelle [..] une méthode de mémorisation, d'organisation, de hiérarchisation de l'information qui utilise des mots-clés et des images-clés". Par exemple, la "toile" dans toile euristique évoque celle de l'araignée dans sa forme, et d'une certaine manière l'un des concepts phares du mind map® : la pensée irradiante®.



FROM HELL

Tony Buzan a calqué son "outil de pensée créative" sur le fonctionnement du cerveau. Cet organe ne fonctionne pas de manière linéaire nous dit-il mais "simultanément dans plusieurs directions à partir d'un point central déclencheur d'images ou de mots-clés".
Ce fonctionnement est qualifié par l'inventeur de pensée irradiante®.

L'une des règles du mind map® est l'utilisation d'une image centrale, à partir de laquelle vont irradier des lignes, des branches, en un mot une toile. Tony Buzan préconise d'utiliser plutôt que des droites, des lignes courbes, souples, à l'image de ce que doit être notre approche.

Sur ces lignes (qui se subdivisent en autant de niveaux d'importance) inscrivez un mot-clés (et un seul) associé au sujet central, en n'hésitant pas à jouer sur la TAILLE et la f0r des lettRe.

On peut d'ores et déjà affirmer à la lecture de ce qui précède que le mind map® emprunte nombre de ses 'outils au domaine de la bande dessinée.



Scott McCloud a tenté d'en donner une définition dans son ouvrage L'ART INVISIBLE : [..] 1. IMAGES PICTURALES ET AUTRES, VOLONTAIREMENT JUXTAPOSÉES EN SÉQUENCES, DESTINÉES À TRANSMETTRE DES INFORMATIONS ET/OU À PROVOQUER UNE RÉACTION ESTHÉTIQUE CHEZ LE LECTEUR. Traduction de Dominique Petitfaux

Les couleurs sont comme des éléments primaires de la création picturale, indépendants de la mimesis, porteur de sens, d'association capable d'agir directement sur l'âme du spectateur.

Vassili Kandinsky - Du spirituel dans l'art
The LoEG
The Black Dossier

Afin de structurer la toile euristique et d'attirer l'œil, il est vivement conseillé d'utiliser des couleurs ainsi que de jouer sur l'épaisseur des lignes : plus épais = plus important et inversement. L'utilisation de pictogrammes en lieu et place de mots est également recommandée.

L'Art Invisible

Tout comme l'utilisation de la perspective, par exemple.

Incidemment Buzan insiste sur l'aspect ludique et créatif de cette toile euristique et c'est ici qu'intervient le deuxième sens de "toile" dans toile euristique, je veux bien sûr parler de celle du peintre, fut-il du dimanche.
Le mind map® exploite toutes les capacités du cerveau pour interpréter les mots, les images, les chiffres, la logique, le rythme, la couleur et la conscience de l'espace, et les rassemble en une seule technique forte [..]
Dessinée sur une page utilisée dans le sens de la largeur, la toile euristique finalisée révèle alors l'une de ses propriétés fondamentales, celle de l'approche holistiqueLa totalité est plus que la somme de ses parties ou autrement dit par Paul Klee, L'art ne reproduit pas le visible il rend visible. sous-entendu : une nouvelle idée, une nouvelle sensation, une nouvelle approche &cætera .....

C'est là une troisième particularité de la toile euristique que de capturer de nouvelles idées, extérieures à elle-même.
Flex mentallo

... Mon propos n'est pas de donner un manuel dans l'art de créer d'une toile euristique mais plutôt d'en faire une petite présentation et d'en proposer quelques exemples.

Des exemples principalement extraits de séries télévisées qui font souvent usage de toiles euristiques (à l'insu de leur plein gré ?) :

Castle

Fringe

Life

FlashForward



Comme on le voit la toile euristique est un met de choix pour les scénaristes, dans certaines séries comme FlashForward elle est d'ailleurs un élément essentiel de l'intrigue.

Entretien accordé à Olivier Van Vaerenbergh pour le journal Pepper Plug - Mars 2004

... Cependant la toile euristique la plus étonnante qu'il m'a été donné de voir est celle qu'Alan Moore, J.H. Williams III & Todd Klein ont réalisée pour le dernier numéro de la bande dessinée Promethea.

Dans sa forme initiale le Promethea #32 se présente sous la forme d'un comic book "presque" traditionnel, qu'il est possible de lire d'une manière toute aussi traditionnelle (il faut cependant tourner sa revue, certaines pages ayant ,,sɐq uǝ ǝʇêʇ ɐl,, :)

Mais le coup de maître de l'équipe créative, c'est qu'il est également possible de réunir en deux posters les pages du comic book et de le lire sous cette nouvelle forme et de voir apparaître ....


Ou ..... Deux magnifiques toiles euristiques qui résument les 31 numéros précedents, livrent des sources et ouvrent de nouvelles perspectives, tout en concluant d'une certaine manière l'aventure de Sophie Bang.
[ô_-]

... J'ai ouvert ce billet avec une citation de Samuel Butler à laquelle semble répondre la toile euristique qui, de par sa nature, libère peu ou prou "l'idée" de ce "mur de mots".


Pour ma part c'est son aspect ludique et fulchibaristique qui m'intéresse au premier chef, et si d'aventure un lecteur veut approfondir le sujet, MUSCLER SON CERVEAU AVEC LE MIND MAPPING est un petit livre de Tony Buzan très agréable à lire, chez l'éditeur Eyrolles.
L'Art invisible de Scott MacCloud est aussi vivement recommandable (même si l'on ne s'intéresse pas au mind mapping d'ailleurs).
Sans oublier de lire (et relire) les œuvres de Will Eisner pour leurs qualités propres mais aussi pour le talent que savait déployer l'artiste sur ses pleines pages, riches d'enseignements où se mêlent avec bonheur images et texte.

* Ma propre traduction de la citation originale : A definition is the enclosing a wilderness of idea within a wall of words.

* Euristique (ou heuristique) adj. (du gr. heuriskein, trouver) Qui [..] tend à trouver [..], l'art d'inventer, de faire des découvertes.