dimanche 28 février 2010

Uncle Al's Book of Magic



... Avec ABC - America's Best Comics - Alan Moore et les artistes associés au projet ont tenté de créer une importante ligne de comics qui aurait de très grosses exigences : les couverture, les histoires et les dessins devaient tous être très bons et tout le monde devait essayer de rendre chaque comic unique.

Une somme de travail considérable pour le scénariste de Northampton qui pense avoir rendu plus de pages de BD durant cette période, et avec des impératifs plus forts que lorsqu'il travaillait sur Swamp Thing ou Watchmen .

Bref si Moore en a terminé avec ABC depuis quelques temps déjà, en France le dernier recueil des aventures de Promethea vient juste de paraître.

Un moment propice pour en parler avec l'un des auteurs.


Artemus Dada : Bonan tagon Alan. Dis-moi, revenons sur America's Best Comics, qu'avais-tu en tête lorsque tu as lancé le label ?

Alan Moore : Good morning Arty ! Tu sais, avec America's Best Comics je voulais produire des comics amusants et émouvants, en un mot imaginatifs. De bons comics de super-héros mainstream, distrayants et intellectuellement stimulants ; du genre de ceux que j'aime écrire et que j'aime lire. Je voulais ainsi tenter de revitaliser un tant soit peu la bande dessinée américaine. America's Best Comics n'a pas sauvé à lui tout seul l'industrie des comics, c'est sûr [rire] mais c'est en tout cas ce que j'ai pu faire de mieux à mon niveau.

Artemus Dada : Parlons maintenant si tu veux, de Promethea.

Alan Moore : C'était un sale boulot, mais il fallait que quelqu'un le fasse. [Rire communicatif] Avec Promethea j'ai voulu explorer ce concept de l'héroïne glamour, tu sais ; une bonne idée qui n'avait, à mon sens, jamais été très bien exploitée .
Mon approche a été de détourner quelque peu cet archétype basique pour construire des scénarios bizarrement structurés et raconter des histoires d'avant-garde.

Artemus Dada : Tu avais déjà tenté ce genre d'expérience à tes débuts, avec Marvelman ?

Alan Moore : [Rire] Tu as bonne mémoire, c'est vrai avec Marvelman j'ai fait une sorte de "révisionnisme expérimental" [Rire]. Prendre un personnage complètement oublié alors, lui donner un nouvel angle, et envoyer ce super-héros dans des régions expérimentales.

Par exemple, pour revenir à Promethea, pour le numéro 12 je me souviens avoir été marqué dans les années 60 par un magazine dans lequel les articles et les strips de comics n'étaient pas agencés comme d'habitude. Ils s'étalaient littéralement dans tout le le magazine , et ça donnait un continuum intéressant.
Ça ne fonctionnait pas complètement, mais j'ai bien aimé l'idée, et je me suis dit qu'avec un peu plus de travail et d'application ça pouvait faire un bon moyen de raconter différemment une histoire de comics.

Et que ça serait une expérience unique de toute façon.

Artemus Dada : Alan, tu sais ce que disait Kipling sur la meilleure méthode pour écrire un livre ?

Alan Moore : "Commencer par le commencement" [Rire].

Artemus Dada : Tout juste (Auguste), alors revenons au départ de cette odyssée.

Alan Moore : Au début, je cherchais à introduire les grands concepts de la magie : les quatre éléments, les quatre armes, les quatre suites du Tarot.
À partir du numéro 12, je me suis dit que l'on pourrait en profiter pour expliquer la Kabbale. C'est un système spirituel et magique très visuel. Se faisant, nous avons dû perdre plusieurs milliers de lecteurs mais ce fut incroyable.
C'est le plus complexe de mes comics ; il présente des concepts très anciens et certains numéros peuvent être assemblés différemment en changeant l'ordre des pages, ça permet de découvrir certains secrets.

Artemus Dada : Promethea n'est pas seulement une formidable bande dessinée, ou un manuel destiné à des Castors Juniors férus de magie, c'est aussi un exploration de l'Imagination ?

Alan Moore : Tout d'abord, je voudrais préciser que l'imagination est une composante de la réalité et qu'elle ne peut pas être vraiment étudiée comme une entité séparée. Ceci étant dit, l'Histoire est aussi une fiction, et je pense qu'il est dangereux de la considérer autrement. Nous avons nos souvenirs, nos archives. Nous avons toutes ces informations, mais ensuite, nous imposons une structure.
Pour en revenir à ta question, ABC était un travail qui se situait à l'intérieur du mainstream mais qui en repousait les limites. Promethea est une BD mythologique et occulte écrite à ma maniére, genre qui ouvre de multiples voies nouvelles dans l'art de conter des histoires.

[Silence]

.... Le Promethea n° 14, qui se situe dans la grande Cabala Quest, explore le royaume lunaire et je l'ai lié à cet écrivain du XIXième siècle John Kendrick Bangs qui a écrit cette histoire intitulée The Houseboat on the Styx (La Péniche sur le Styx) ...... pour la couverture de ce numéro j'ai pensé, et si on mettait L'Île des Morts de Böcklin, ou Gustave Doré. Pour le n° 15 c'est le royaume de Mercure, nous l'avons construit autours de puzzles de maths et de sciences, un peu comme chez Escher, avec la couleur orange qu'il utilisait beaucoup en couleur secondaire. Alors oui, tu as sûrement raison.

Artemus Dada : Tiens, en parlant de John Kendrick Bangs, y a-t-il un rapport avec le nom de Sophie Bangs (NdR : l'alter ego de Promethea) ?

Alan Moore : Non, en fait, j'ai donné à Sophie Bangs le nom de Lester Bangs l'un de mes compositeurs de rock préférés.

Artemus Dada : Peux-tu, pour terminer nous dire quelques mots sur la magie, puisque depuis quelques années tu es devenu magicien ?

Alan Moore : La magie est devenue aussi naturelle dans ma vie que le fait de respirer ou de se lever le matin, Promethea a d'ailleurs fait de moi un bien meilleur magicien.
La magie n'est pas vraiment une manière d'accéder à d'autres dimensions même s'il y a un peu de cela, il s'agit surtout d'avoir un regard différent sur l'univers. On a dit que les perceptions humaines peuvent être vues comme nos fenêtres individuelles sur l'univers, hé bien le magicien essaie consciemment de modifier l'angle ou la taille de sa fenêtre ; pour obtenir une vue différente du paysage extérieur.

C'est aussi un nouveau langage, grâce auquel nos vies ordinaires peuvent être exprimées de façon plus lumineuse. Aleister Crowley a dit que la magie est fondamentalement une maladie du langage, [Rire] .... grammaire et grimoire ont d'ailleurs la même racine.
Tout a démarré avec les chamans dans les cavernes. Ils ont inventé le culte, la médecine et l'écriture ; dans la plupart des sociétés tribales et anciennes le dieu de la magie et d'ailleurs le même que celui de l'écriture.
Les premières langues sont des bandes dessinées. Les pictogrammes chinois, les idéogrammes, ont inventé le symbolisme : une hutte ressemble à une hutte, le symbole du riz ressemble à du riz, etc ... La phrase est devenue une suite de dessins, et c'est l'une des premières manières d'écrire des phrases. Tout acte créatif qui part de rien pour créer quelque chose est une forme de magie ; et c'est l'essence même des comics.

Artemus Dada : Et concrètement, comment cela s'est-il passé, je veux dire, ta première expérience magique ?



Alan Moore : Comme tu le sais, l'idée a fait son chemin, notamment en écrivant From Hell et aussi grâce Steve (NdR : Steve Moore un ami d'Alan très branché là-dessus), bref le jour de mes quarante ans plutôt que d'ennuyer mes amis avec une crise de la 40aine, trop mondain, j'ai pensé qu'il était plus intéressant de les effrayer en devenant complètement fou et en annonçant que j'étais magicien, et le 7 janvier 1994 au cours d'une tentative de rituel avec Steve, quelque chose ..... d'inhabituel est arrivé.

Il me semble que nous avons eu une sorte de contact avec un genre d'entité et qu'une somme d'informations nous a imprégnée, pénétrée. Ce fut en tout cas suffisant pour me convaincre moi !

J'ai donc continué à travailler avec ce matériel, à chercher ce que c'était, ce que je pouvais en faire. Le tout est en tout cas très révélateur, très régénérant.

Artemus Dada : Et cette entité que tu as ressenti c'est ....

Alan Moore : .... un dieu-serpent de l'époque romaine, Glycon déjà évoqué par Alexandre d'Abonotichos, un philosophe qui a parcourut l'Asie Mineure accompagné de ce serpent miraculeux qui devint un roi. Voilà toute l'histoire.

Artemus Dada : Bon Alan je te remercie pour cet entretien, mais c'est moi qui paye le téléphone, alors bises à Melinda, mes respects à Glycon, et à la prochaine.

Alan Moore : Quand tu veux Arty, et bon Fulchibar à toi.



samedi 27 février 2010

vendredi 26 février 2010

10-4 (ten-four)

... Vous connaissez sûrement le Principe de Peter qui veut, en matière de management, que tout employé tende à s'élever à son niveau d'incompétence.

Ce principe connait notoirement deux extensions principales dont l'une, appelée Loi de Dilbert, énonce que les employés incompétents seront toujours affectés à l'encadrement où suppose-t-on, ils feront le moins de dégât possible. Il n'y a que les managers pour croire à leurs propres bêtises, ou bien ....



Par Scott Adams :

jeudi 25 février 2010

James Blonde






Deux jeunes femmes blondes circulent en voiture sur une autoroute, lorsqu'un oiseau chie sur le pare-brise du véhicule ...

L'une dit alors :

- Il va falloir l'essuyer !

Et l'autre répond :

- Mais il est déjà trop loin !

mercredi 24 février 2010

La chasse au canard (3)

... Au centre de la clairière se trouvait un gigantesque canard artificiel. Il paraissait ancien, et des symboles étaient sculptés sur toute sa surface. Freddie ne put savoir s'il s'agissait d'argile, de fer ou de bois. L'arrière-train était sculpté dans la masse comme un trou pour la sauce dans la purée, et un poteau était fiché dans le renfoncement ; attaché au poteau, un homme très maigre. On lui avait badigeonné le visage avec de la boue rouge, et des plumes de canard y étaient collées, lui confectionnant en quelque sorte une drôle de casquette. Un bec de canard en bois parfaitement ridicule lui avait été fixé à la tête au moyen d'une épaisse lanière en caoutchouc. Un coussin de plumes de canard lui collait aux fesses. Une pancarte avait été accroché autour de son cou, sur laquelle on pouvait lire l'inscription CANARD.
... La frayeur lui faisait écarquiller les yeux, et il avait beau essayer de dire ou de crier quelque chose, le bâillon avait été placé de telle manière qu'il ne pouvait émettre qu'un simple gémissement.
... Freddie senti la main de son père se poser sur son épaule :
... - Vas-y ! lui dit-il. Il ne représente rien pour personne, ici. Sois un homme.
... - Vas-y ! Vas-y ! Vas-y ! Du Club des Chasseurs s'élevait ce cri .
... Freddie senti que l'air froid se transformaient en une boule qui durcissait dans sa gorge. Ses jambes décharnées s'entrechoquèrent. Il regarda son père, puis le Club des Chasseurs. C'étaient tous des gaillards, robustes et virils.
... - Tu veux rester toute ta vie une femmelette ? lui lança son père.
... Cela insuffla de l'acier dans les os de Freddie. Il se frotta les yeux d'un revers de manche, et plaça le canon sur la tête de canard du vaurien.
... - Vas-y ! Le cri montait. Vas-y ! Vas-y ! Vas-y !
... C'est à cet instant qu'il appuya sur la gâchette.
Une acclamation s'éleva du Club des Chasseurs, et, dans un ciel clair et froid, le bleu foncé du vent du Nord se mit à souffler, et avec lui apparut un vol de canards. Les canards se posèrent sur la grande idole et sur le vaurien. Certains d'entre eux plongèrent leur bec dans l'humidité du vaurien.
... Quand le canard artificiel et le vaurien furent recouvert par les canards, tous ceux du Club des Chasseurs se mirent en joue, et commencèrent à faire feu.
... L'air s'emplit de fumée, de plombs, de sang et de plumes de canards virevoltantes.
... Quand les derniers coups eurent cessé, et que tous les canards furent tués, les membres du Club des Chasseurs s'avancèrent, et se penchèrent sur le canard artificiel, et ils firent alors ce qu'ils avaient à faire. Lorsqu'ils relevèrent la tête, leurs sourires étaient rouges. Ils s'essuyèrent la bouche rudement sur le revers de leurs manches, et rassemblèrent les canards dans les gibecières qu'ils gorgèrent à ras bord. Néanmoins, de nombreuses carcasses gisaient encore par terre, çà et là.
... - Joli coup, fils, dit le père de Fred, en lui assenant vaillamment une tape dans le dos.
... - Ouais, répondit Freddie, en se grattant l'entre-jambe je l'ai eu en plein entre les deux yeux, cet espèce d'enfant de salaud, joli comme un cœur.
... Tous éclatèrent de rire.
... Le ciel s'éclaircit, et le bleu du vent su Nord, qui bruissait dans les roseaux et fouettait les plumes, s'envola, s'apaisa et disparut en un instant. Tandis que les hommes s'éloignaient de là d'un pas sûr, parlant d'une voix grave, le menton hérissé de poils, ils promirent que, ce soir-là, on trouverait une femme pour Freddie.

Duck Hunt a d'abord paru dans AFTER MIDNIGHT en 1986

mardi 23 février 2010

La chasse au canard (2)

... - Tire ton nez de ce bouquin, lui dit son père. Le moment est venu de devenir membre du Club.
... Freddie se rendit au Club, entendit les hommes parler de canards, d'armes, de l'odeur de la fumée et du sang dans la fraîche brise matinale. Ils lui dirent que c'est en tuant qu'un homme se montrait à la hauteur. Ils lui indiquèrent des têtes accrochées au mur. Ils lui demandèrent de rentrer à la maison avec son père, et de revenir le lendemain de bon matin, en pleine forme pour sa première partie de chasse.
... Le père emmena Freddie en ville, et lui acheta une chemise de flanelle (noire et rouge), une veste robuste (doublée), une casquette (avec des rabats pour les oreilles) et des bottes (étanches). Il ramena Freddie à la maison, décrocha un fusil de chasse du râtelier, lui remit une boîte de munitions, l'accompagna dehors au champ de tir, et supervisa l'entraînement de son fils, tout en devisant avec lui de la chasse et de la guerre, lui expliquant qu'en définitive les canards et les hommes mourraient de la même manière.
... Le lendemain matin, avant que le soleil se lève, Freddie et son père prirent leur petit déjeuner. La maman de Freddie ne mangea pas avec eux. Freddie ne demanda pas pourquoi. Ils retrouvèrent Clyde au Club, et roulèrent en jeep sur des routes poussiéreuses, des chemins d'argile et des sentiers à travers buissons et bruyères jusqu'à une étendue de roseaux et d'ajoncs qui poussaient dru, aussi élancés que des bambous japonais.
... Ils sortirent du véhicule, et commencèrent à marcher. Au fur et à mesure qu'ils se frayaient un chemin entre roseaux et ajoncs, le sol sous leurs pieds devenait marécageux. Les chiens couraient devant.
... Deux heures après le lever du soleil, ils arrivèrent à une sorte de clairière au milieu des roseaux, au-delà de laquelle Freddie aperçut le bleu à-vous-fendre-le-cœur d'un lac étincelant. Il aperçut un canard qui se posait sur le lac.
... Il le regarda flotter, jusqu'à ce qu'il disparaisse de sa vue.
... Alors fils ? lança le père de Freddie.
... C'est magnifique, répondit Freddie.
... Magnifique, voyons, es-tu prêt ?
... - Oui, chef.
... Ils poursuivirent leur marche, les chiens étaient maintenant loin devant, et ils se retrouvèrent finalement à moins de trois mètres du lac. Freddie était sur le point de s'accroupir pour se dissimuler, comme il avait entendu dire que cela se pratiquait, lorsqu'un vol de canards surgit des roseaux du lac, et Freddie luttant contre le malaise qui lui vrillait l'estomac, suivit leur course avec le canon de son fusil, sachant ce qu'il lui restait à faire pour devenir un homme.
... La main de son père dévia vers le sol le canon :
... - Pas tout de suite, dit-il.
... - Hein ? rétorqua Freddie.
... - Ce n'est pas avec les canards que tu vas t'en tirer, ajouta Clyde.
... Freddie remarqua que Clyde et son père tournaient la tête vers la droite, là où les chiens regardaient - en arrêt, la truffe en l'air - en direction d'un sous-bois broussailleux. Clyde et son père donnèrent aux chiens l'ordre bref de ne pas bouger, puis conduisirent Freddie dans les broussailles, tout d'abord à travers un dédale de bruyères entremêlées, puis dans une clairière où les attendaient les membres du Club des Chasseurs au grand complet.

lundi 22 février 2010

La chasse au canard (1)

Par Joe R. Lansdale [Traduction de Nicolas Richard ]

TEXAS TRIP

Editions L'incertain

Pour François Dunn

... Il y avait trois chasseurs et trois chiens. Les chasseurs possédaient des fusils de chasse rutilants, des vêtements chauds, et un tas de munitions. Les chiens étaient tous maculés de taches bleues, le poil soyeux et lustré, prêt à bondir. Aucun canard n'était à l'abri.
... Les chasseurs, c'étaient Clyde Barrow, James Clover et le petit Freddie Clover, âgé seulement de quinze ans, qui était ravi qu'on lui ait demandé d'être de la partie. A vrai dire, Freddie n'avait pas vraiment envie d'apercevoir un canard, et encore moins de tirer dessus. Il n'avait jamais fait de mal à une mouche, hormis la fois où il avait dégommé un moineau avec son fusil à air comprimée, ce qui l'avait rendu malade. Mais il n'avait que neuf ans à l'époque. Maintenant, il était sur le point de devenir un homme. C'est son père qui le lui avait dit.
... En participant à cette chasse, il avait l'impression de devenir membre d'une société secrète. Qui exhalait de la fumée de tabac et une haleine de whisky, résonnait de jurons, évoquait certaines femmes en terme de bons coups, classait les fusils et les carabines selon leurs performances, appréciait le tranchant des couteaux de chasse, les meilleurs casquettes et les rabats les plus appropriés aux chasses hivernales.
... A Mud Creek, c'est la chasse qui faisait de vous un homme.
... Depuis l'âge de neuf ans, Freddie avait observé avec un certain intérêt qu'à Mud Creek les garçons de quinze ans étaient conviés à une discussion virile au Club des Chasseurs. L'étape suivant était une partie de chasse, dont le garçon qui en revenait n'était plus un garçon. Il parlait d'une voix grave, marchait d'un pas sûr, le menton hérissé de poils, et il pouvait être surpris à dire des gros mots, à fumer et, bien entendu, à observer la croupe des femmes, assuré que personne ne lui rirait au nez.
... Freddie, lui aussi, voulait être un homme. Il avait des boutons, sa toison pubienne ne lui offrait pas de quoi se vanter (à l'école, il prenait toujours sa douche en quatrième vitesse afin d'échapper aux réflexions ironiques sur la taille de son appareil et la luxuriance de sa pilosité) pas plus que ses jambes décharnées et courtes ou ses yeux d'un grisé larmoyant qui ressemblaient à d'infâmes planètes satellisées dans la blancheur de l'espace. A la vérité, Freddie préférait les livres aux armes.
... Mais vint le jour de ses quinze ans, où son père rentra à la maison, il revenait du Club, une odeur de fumée et de whisky s'accrochait à lui comme une tique affamée, son visage était légèrement assombri par la barbe, et il avait l'air fatigué par une nuit passé à jouer au poker.
... Il pénétra dans la chambre de Freddie, marcha d'un pas énergique jusqu'au lit où Freddie était en train de lire Thor, lui arracha l'illustré des mains, qu'il envoya voltiger dans la chambre, en arc-en-ciel de bandes dessinées.


samedi 20 février 2010

Science-Faërie

.. Avec Tempête d'une nuit d'été Poul Anderson réussit un excellent roman d'aventure qui se déroule en grande partie sur l'île de la perfide Albion aux alentours de 1644.
Mais un 17ième siècle largement revisité.
Car on y trouve déjà, des locomotives et des voies ferrées et comme son titre l'indique, la magie et le fantastique font parties intégrantes de ce monde que s'amuse à créer Poul Anderson.
Obéron et Titania côtoient donc le progrès en marche, et si pour certains la taverne du Vieux Phénix a tout d'une apparition magique d'autres tentent une approche plus rationnelle (Cf. Introduction aux mathématiques paratemporelles de Sokolnikoff) en ce qui la concerne.



Même si dans le cas présent cette approche rationnelle émane d'une jeune femme qui vient d'un monde où son père est un loup-garou et sa mère une sorcière (Voir Opération Chaos du même auteur).
Univers parallèles, uchronie, steampunk, fantasy Poul Anderson mêle habilement plusieurs "genres" pour un roman extraordinairement captivant et somme toute un peu old school.
.. Traduit de main de maître par Patrick Marcel, vendu avec deux postfaces dont une de Jacques Goimard et une très belle couverture de Wojtek Siudmak, Tempête d'une nuit d'été mérite largement d'embarquer pour ses 300 et quelques pages avec à la barre le brillant capitaine Anderson décoré sept fois du prix Hugo.


Les illustrations du billet sont de Kevin O'Neil & de Bryan Talbot.

vendredi 19 février 2010

Pepsi Men

Même les sodas ont besoin d'un super-héros :


Le design du personnage a été créé par Travis Charest pour le Japon (photo du bas).

jeudi 18 février 2010

La dimension des miracles


.. En 1983, j'ai failli entreprendre un voyage d'agrément.

Si ce projet avait été mené à bien, j'aurais pu connaître Douglas Adams.

Mais pour des raisons diverses je ne suis jamais parti et donc je ne l'ai jamais rencontré vraiment.
Mais nous savons tous les deux que si j'avais fait ce voyage, nous nous serions connus, nous aurions échangé d'agréables propos : il m'aurait dit "Il y a quelqu'un dont j'ai connu l'œuvre grâce au Guide du Routard Galactique parce qu'on me disait tout le temps":

"Vous qui écrivez ce genre de chose, vous devez connaître Robert Sheckley ?".


Alors j'ai fini par lire La Dimension des Miracles, et ça m'a fait peur .... le type qui construit la Terre ... ; nous aurions fait quelques plaisanteries et tout cela se serait terminé par une sympathie réciproque.

Or, de voyage, il en est justement question dans ce fantabuleux roman de Robert Sheckley que je viens de lire.

"Voilà que l'éponyme et solitaire héros, désireux de se prendre lui-même pour compagne, résiste furieusement aux assauts éperdus de lui-même !"


.. Tom Carmody, un citoyen new-yorkais gagne un prix à une loterie chevaline galactique ce qui va l'entrainer, et le lecteur à sa suite, dans une aventure trépidante & rocambolesque , en 215 pages l'auteur reconfigure un nouvel imaginaire avec brio et talent, favorisant la recognition des schèmes des chromosomes mémoriels ; chaque chapitre apporte ainsi son lot d'ingénieuses trouvailles et sa dose d'humour.

La Dimension des Miracles est un véritable sirop de Yahou©*.

ÊTES-VOUS :

ENNUYÉ par des blessures à l'âme persistantes ?

INCAPABLE de vous endormir dans votre bon vieil espace tridimensionnel ?

FATIGUÉ de surveiller des mondes que vous seul pouvez voir ?


Dans ce cas ; prenez le problème à bras-le-corps :

Précipitez-vous dans La Dimension des Miracles ! Et ne soyez plus triste comme un chien castré qui assiste à une partouze

La dimension des Miracles, le dernier produit des Laboratoires Mausdley® est le moyen le + relaxant de s'évader de la Réalité.

* Sirop de Yahou© : Une espèce de condensé émotionnel dérivant d'une concoction simultanée du sublime, du risque, de de l'impétuosité et de l'allégresse.

mercredi 17 février 2010

Boule you speak english

*-*


À toi de jouer :



















Un peu de vocabulaire :




mardi 16 février 2010

Ze FilTh

.. The Filth est disponible en 13 numéros individuels, ou en recueil de cent cinquante et onze pages traduit en langue vernaculaire par Khaled Tadil.

Chris Weston y réalise un travail épastrouillant : des cases extrêmement riches et détaillées mais toujours claires à la lecture, une mise en page dynamique et limpide (et ce n'est pas une mince affaire ici). Gary Erskine à l'encrage et Matt Hollingsworth à la couleur apportent leur talent et leur savoir-faire à cette entreprise hors du commun écrite par Grant Morrison en totale roue libre.

.. Le scénariste tisse ici un récit dont il est je le crains, le seul à percevoir l'énigmatique sens.
Il est plus que jamais la Grande Roue dans la Céleste Usine à Bicyclette®.

Morrison m'avait déjà habitué à éroder ma suspension volontaire d'incrédulité avec la série The Invisibles (Les Illisibles en V.F) mais là il me met dans le vent.

Si l'Homo sapiens a été touché par le virus de la compréhension depuis belle lurette Morrison fait tout pour nous en vacciner en écrivant les histoires les plus absconses et les plus abstruses dont il est capable.


Dire que je n'ai rien compris à cette histoire est encore au-dessous de la réalité, il me manque visiblement quelques Kgs de poussée dans mes tuyères cérébrales pour que l'intelligibilité du propos du scénariste soit concomitante à ma compréhension, d'autant que vouloir appliquer des arts martiaux à l'échelle de la société (dixit Spartacus Hugues) inhibe fortement ma psychomotricité.

Inhibition heureusement mise en fuite par le versant artistique de l'entreprise, qui reste un spectacle d'anchois.

Je vais même pousser le vice jusqu'à prétendre que le meilleur morceau littéraire de ce recueil est l'introduction & la 4ième de couverture, c'est dire !

.. Reste que si on prétend que Morrison a emprunté à Michael Morcoock (Cf. Jerry Cornelius) ici, il me semble qu'il y a un peu de William S. Burroughs - tout comme dans The Invisibles d'ailleurs, ce qui n'est en aucun cas un reproche ....

.... or donc, comme pour l'hallucinant Guillaume Tell de la littérature avec qui j'ai compris que l'Acide de l'Expérience se distille à partir de l'herbe amère de la Pratique®, certains scénarios de Morrison demandent d'en réitérer l'usage.
Enfin tout ça vaut mieux qu'un ectoplasme à la moutarde .... croyez-moi, j'ai appris ça au Pôle Nord.

lundi 15 février 2010

Alaister Garcimaje

- Bonjour, belle journée !?
-Merci, j'ai fait de mon mieux !


Alaister Garcimaje


.. Rarement plus que William S. Burroughs un écrivain a suivi à la lettre le précepte d'Arthur Rambo qui veut que la poésie ne soit pas le fait d'un, mais d'une multitude, de tous en somme. Quand il achève la rédaction de la première version du Festin nu (elle ne paraît que 20ans après, sous le titre d'Interzone) Burroughs a d'ores et déjà accompli une transformation profonde de sa démarche narrative. Déjà à cette époque, Brion Gysin a mis au point une technique de composition poétique de caractère aléatoire qu'il a appelée cut-up. Il la définit ainsi : "Le hasard a tenu le premier rôle dans cette affaire. Au cours de l'année 1959, j'ai composé un nombre impressionnant de collages. Un jour, alors que je découpais des illustration sur une grande table à dessein, j'ai inconsciemment cisaillé une bonne partie des journaux dont je l'avais recouverte au préalable. Je me suis retrouvé avec des colonnes d'articles coupées en deux tout à fait accidentellement. Sans trop y attacher d'importance, j'ai rassemblé les morceaux épars et je me suis mis à lire les colonnes que ma paire de ciseaux avait curieusement associées". Burroughs est immédiatement fasciné par la découverte de son ami. Il devine les possibilités incommensurables que lui offre cette méthode simple & efficace : "Les mots savent où ils doivent être mieux que vous. Je pense aux mots comme s'ils vivaient, comme s'ils étaient des animaux. Ils n'aiment pas être gardés en cage. Laissez sortir les mots .."

Il l'expérimente aussitôt.



.. À partir de là le champ d'investigation de Burroughs ne cesse de s'élargir et de se diversifier, il s'engage dans un travail romanesque dont il ne cesse de modifier les paramètres et de réinventer les séquences, met au point une autre technique dérivée de la précédente le fold-in, le pliage : "Une page d'un de mes textes ou d'un texte de quelqu'un d'autre est repliée en son milieu et placée sur une autre page - Le texte composé peut être lu en passant de la moitié d'un texte à l'autre moitié du second".

La trilogie burroughsienne : la Machine molle, le Ticket qui explosa et Nova Express marque une rupture grave & fondamentale dans le processus de sa création romanesque.

.. L'usage immodéré de la procédure du cut-up accélère de façon vertigineuse le rythme de la narration, disloque sa progression temporelle, en brise les repères spatiaux, élève à une puissance inconnue les points de vue et les situations fictives. Au point de rendre les récits intriqués plus ou moins incompréhensibles. Outre les cut-up et les permutations le Ticket qui explosa repose sur les possibilités offertes par les épissures (splice-in) : transposition du cut-up sur bandes magnétiques "Utilisez n'importe quel texte, accélérez ralentissez faites marche arrière graduez-le et vous entendrez les mots qui n'existaient pas encore dans le texte original des mots nouveaux fabriqués par la machine.." et le montage cinématographique.


En établissant de la sorte des liens inédits & frappants entre les mots & les images, Burroughs élargit à l'infini le champ de la vision se déployant dans les œuvres : une mythologie nouvelle pour l'ère spatiale sans commencement sans milieu ni fin on pourrait l'ouvrir à n'importe quelle page et les lire dans n'importe quel sens.

Ce que j'ai fait avec la Machine Express qui explosa.

dimanche 14 février 2010

Dampyr & Robert Johnson

*

... Boselli & Dotti, dans ce 9ième recueil des aventures du dampyr se rendent dans le delta du Mississippi sur les traces du bluesman Robert Johnson, mais à la croisée des chemins les deux auteurs transalpins en ont emprunté un de traverse, ce qui nous offre le plaisir d'une nouvelle interprétation de la légende.

Une légende dont certains prétendent que Robert Johnson n'en est pas le personnage original.


Ou plutôt qu'il n'est pas le premier bluesman noir à avoir vendu son âme au Diable à un carrefour contre un supplément de virtuosité, ou disons à avoir répandu cette rumeur. Tommy Johnson un artiste un peu moins connu semble l'avoir précédé sur ce chemin "pavé de bonnes intentions".

Mais revenons à la série Dampyr.



Ces deux épisodes, qui ne forment qu'une seule histoire explorent d'un côté le mythe des vampires comme il se doit (le dampyr est je le rappelle, le fruit des amours d'un vampire et d'une humaine) et le houdou (même si ici, il encore est confondu avec le vaudou) dont Robert Johnson est une figure (re)connue.



Ainsi dans le houdou, le croisement (crossroad) est un endroit où l'on peut acquérir un pouvoir, une technique ou un savoir. On y rencontre bien évidemment un "dieu des carrefours", appelé en l'occurrence le Devil ou Big Black Man, mais qui n'a rien à voir avec le Diable tel qu'on le connait.
Il s'agit ici plus d'un sage, d'un mentor qui enseigne justement une technique ou un savoir que le Diable qui capture les âmes.

... Bref, Dotti au dessin et Boselli au scénario plongent Harlan Draka (le dampyr) et son ami l'ex-soldat Kurjak dans les marais du Mississippi et au cœur de la communauté des bluesmen faisant s'entrecroiser passé et présent, flics corrompus, racisme, putains et vampires dont le résultat est un récit enlevé et efficace.

L'une de mes séries favorites du moment.

On peut par ailleurs trouver la série Dampyr chez l'éditeur CLAIR de LUNE, ainsi que Tex Willer, Diabolik, Nick Raider ou encore Martin Mystère.


* La chanson Crossroad Blues est bien sûre interprétée par Robert Johnson.