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La chasse au canard (1)

Par Joe R. Lansdale [Traduction de Nicolas Richard ]

TEXAS TRIP

Editions L'incertain

Pour François Dunn

... Il y avait trois chasseurs et trois chiens. Les chasseurs possédaient des fusils de chasse rutilants, des vêtements chauds, et un tas de munitions. Les chiens étaient tous maculés de taches bleues, le poil soyeux et lustré, prêt à bondir. Aucun canard n'était à l'abri.
... Les chasseurs, c'étaient Clyde Barrow, James Clover et le petit Freddie Clover, âgé seulement de quinze ans, qui était ravi qu'on lui ait demandé d'être de la partie. A vrai dire, Freddie n'avait pas vraiment envie d'apercevoir un canard, et encore moins de tirer dessus. Il n'avait jamais fait de mal à une mouche, hormis la fois où il avait dégommé un moineau avec son fusil à air comprimée, ce qui l'avait rendu malade. Mais il n'avait que neuf ans à l'époque. Maintenant, il était sur le point de devenir un homme. C'est son père qui le lui avait dit.
... En participant à cette chasse, il avait l'impression de devenir membre d'une société secrète. Qui exhalait de la fumée de tabac et une haleine de whisky, résonnait de jurons, évoquait certaines femmes en terme de bons coups, classait les fusils et les carabines selon leurs performances, appréciait le tranchant des couteaux de chasse, les meilleurs casquettes et les rabats les plus appropriés aux chasses hivernales.
... A Mud Creek, c'est la chasse qui faisait de vous un homme.
... Depuis l'âge de neuf ans, Freddie avait observé avec un certain intérêt qu'à Mud Creek les garçons de quinze ans étaient conviés à une discussion virile au Club des Chasseurs. L'étape suivant était une partie de chasse, dont le garçon qui en revenait n'était plus un garçon. Il parlait d'une voix grave, marchait d'un pas sûr, le menton hérissé de poils, et il pouvait être surpris à dire des gros mots, à fumer et, bien entendu, à observer la croupe des femmes, assuré que personne ne lui rirait au nez.
... Freddie, lui aussi, voulait être un homme. Il avait des boutons, sa toison pubienne ne lui offrait pas de quoi se vanter (à l'école, il prenait toujours sa douche en quatrième vitesse afin d'échapper aux réflexions ironiques sur la taille de son appareil et la luxuriance de sa pilosité) pas plus que ses jambes décharnées et courtes ou ses yeux d'un grisé larmoyant qui ressemblaient à d'infâmes planètes satellisées dans la blancheur de l'espace. A la vérité, Freddie préférait les livres aux armes.
... Mais vint le jour de ses quinze ans, où son père rentra à la maison, il revenait du Club, une odeur de fumée et de whisky s'accrochait à lui comme une tique affamée, son visage était légèrement assombri par la barbe, et il avait l'air fatigué par une nuit passé à jouer au poker.
... Il pénétra dans la chambre de Freddie, marcha d'un pas énergique jusqu'au lit où Freddie était en train de lire Thor, lui arracha l'illustré des mains, qu'il envoya voltiger dans la chambre, en arc-en-ciel de bandes dessinées.


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