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Alaister Garcimaje

- Bonjour, belle journée !?
-Merci, j'ai fait de mon mieux !


Alaister Garcimaje


.. Rarement plus que William S. Burroughs un écrivain a suivi à la lettre le précepte d'Arthur Rambo qui veut que la poésie ne soit pas le fait d'un, mais d'une multitude, de tous en somme. Quand il achève la rédaction de la première version du Festin nu (elle ne paraît que 20ans après, sous le titre d'Interzone) Burroughs a d'ores et déjà accompli une transformation profonde de sa démarche narrative. Déjà à cette époque, Brion Gysin a mis au point une technique de composition poétique de caractère aléatoire qu'il a appelée cut-up. Il la définit ainsi : "Le hasard a tenu le premier rôle dans cette affaire. Au cours de l'année 1959, j'ai composé un nombre impressionnant de collages. Un jour, alors que je découpais des illustration sur une grande table à dessein, j'ai inconsciemment cisaillé une bonne partie des journaux dont je l'avais recouverte au préalable. Je me suis retrouvé avec des colonnes d'articles coupées en deux tout à fait accidentellement. Sans trop y attacher d'importance, j'ai rassemblé les morceaux épars et je me suis mis à lire les colonnes que ma paire de ciseaux avait curieusement associées". Burroughs est immédiatement fasciné par la découverte de son ami. Il devine les possibilités incommensurables que lui offre cette méthode simple & efficace : "Les mots savent où ils doivent être mieux que vous. Je pense aux mots comme s'ils vivaient, comme s'ils étaient des animaux. Ils n'aiment pas être gardés en cage. Laissez sortir les mots .."

Il l'expérimente aussitôt.



.. À partir de là le champ d'investigation de Burroughs ne cesse de s'élargir et de se diversifier, il s'engage dans un travail romanesque dont il ne cesse de modifier les paramètres et de réinventer les séquences, met au point une autre technique dérivée de la précédente le fold-in, le pliage : "Une page d'un de mes textes ou d'un texte de quelqu'un d'autre est repliée en son milieu et placée sur une autre page - Le texte composé peut être lu en passant de la moitié d'un texte à l'autre moitié du second".

La trilogie burroughsienne : la Machine molle, le Ticket qui explosa et Nova Express marque une rupture grave & fondamentale dans le processus de sa création romanesque.

.. L'usage immodéré de la procédure du cut-up accélère de façon vertigineuse le rythme de la narration, disloque sa progression temporelle, en brise les repères spatiaux, élève à une puissance inconnue les points de vue et les situations fictives. Au point de rendre les récits intriqués plus ou moins incompréhensibles. Outre les cut-up et les permutations le Ticket qui explosa repose sur les possibilités offertes par les épissures (splice-in) : transposition du cut-up sur bandes magnétiques "Utilisez n'importe quel texte, accélérez ralentissez faites marche arrière graduez-le et vous entendrez les mots qui n'existaient pas encore dans le texte original des mots nouveaux fabriqués par la machine.." et le montage cinématographique.


En établissant de la sorte des liens inédits & frappants entre les mots & les images, Burroughs élargit à l'infini le champ de la vision se déployant dans les œuvres : une mythologie nouvelle pour l'ère spatiale sans commencement sans milieu ni fin on pourrait l'ouvrir à n'importe quelle page et les lire dans n'importe quel sens.

Ce que j'ai fait avec la Machine Express qui explosa.

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