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The Boys [Saison 3]

« The Boys », la série télévisée inspirée d'une bande dessinée américaine homonyme, écrite par Garth Ennis & dessinée par Darick Robertson (qui signe l'affiche ci-dessus) dont l'éditeur étasunien DC Comics™ a cru bon de se délester après 6 numéros seulement (la série complète compte 80 fascicules commercialisés par Dynamite Entertainment™), est de retour chez Prime Video™ pour sa troisième saison.
            Un succès vidéo dont je pense qu'il tient en partie au rejet d'une partie de l'opinion (et surtout de ceux qui la font) qui ne voit pas d'un très bon œil la part de plus en plus grandissante que prend le (mauvais) genre superhéroïque. 
D'aucuns parlent même d'entreprise de démolition « des ingrédients constitutifs de la mythologie des super-héros », en n'oubliant pas de signaler le « saisissant rapprochement entre la figure du justicier solitaire, investi par le hasard ou le destin (les superpouvoirs) d’un mandat de sauveur providentiel d’une humanité d’essence inférieure, et celle du leader suprême, telle qu’elle s’est manifestée dans l’histoire, la vraie, de l’humanité, depuis le surgissement de Benito Mussolini.» que n'a pas manqué de faire la précédente saison. Pas moins !
La vieille lune qui voit dans l'archétype du justicier masqué - ou du super-héros - un fasciste a dû flatter les bien-pensants de tout poil, allergiques (sic) aux super-héros.
Et puisque chez les Boys ont ne fait pas les choses à moitié, ce sont les nazis qui pointent le bout de leurs museaux. (Point Godwin© ?!)
Cette proximité (à mon avis pas innocente du tout), est par ailleurs une impasse si on s'en sert pour identifier la totalité du (mauvais) genre en question.
            En effet, les super-héros, dans leur immense majorité, font preuve d'abnégation et mettent aux services des autres leur(s) - plus ou moins - immense(s) super-pouvoir(s). 
Si d'aventure, une série en prend le contrepied, et dessine la prise du pouvoir (sic) par un super-héros, cela manifeste surtout une envie d'utiliser tout l'éventail des situations possibles. On remarquera d'ailleurs que le Protecteur évoque l'amour plutôt que l'idéologie concernant les événements de la deuxième saison. Preuve que la série n'est pas aussi « radicale » qu'elle aimerait le laisser croire.
Même si Garth Ennis n'a jamais caché qu'il n'aimait pas cette figure de l'imaginaire collectif.
            Le succès de « The Boys », série (BD ou télé) que l'on ne peut par ailleurs apprécier pleinement que si l'on connait  - justement - le (mauvais) genre qu'il critique, est aussi une série qui flatte le nihilisme de tout un chacun. Cette connivence n'est d'ailleurs possible qu'à condition que ledit (mauvais) genre ait gagné un certain niveau de notoriété. Laquelle est exclusivement due au travail des mastodontes Marvel™ et DC™, dont la pérennité éditoriale doit tout auxdits super-héros.
Autrement dit « The Boys » ne doit sa viabilité qu'au genre qu'elle humilie (J'ai en tête une histoire de soupe et de crachats).
Bon, si on veut être totalement partial, la partie de l'humanité qui ne fait pas partie des surhumains n'est pas beaucoup plus reluisante.   
Et qu'en est-il des trois premiers épisodes de cette nouvelle saison ?
            Eh bien ça démarre moyennement.
Certes la scène d'introduction, dans tous les sens du terme, du premier épisode donne le ton en matière de mauvais esprit et de gore. Mais ces effets, qui ne sont là que pour faire de l'effet, cachent assez mal une très mauvais gestion des personnages.
Pourtant déjà nombreux, ils voient en effet leurs effectifs encore augmenter, alors que ceux en place disparaissent de l'écran sans aucune raison.
La gestion des péripéties est tout aussi mauvaise.
Mention particulière à l'un des atouts de l'équipe des Garçons, qui se révèle être une vilaine petite cachotière. Au détriment de ce qu'elle tente de faire elle-même depuis des années. (Sans déflorer ce qui risque d'arriver, j'ai bien l'impression que l'un des nouveaux personnages apparus va jouer au « Soldat de l'Hiver »)
Ajoutez que l'agent double qui occupe quasiment tout le premier épisode, brille par son absence dans les deux suivants ; et vous aurez une vue assez précise des trois épisodes qui commencent cette saison.
Bref, tout ça ne casse pas 9 bras à un poulpe. N'est-ce pas Timothy !?
D'autant qu'il y a des techniques pour mieux gérer les intrigues et les sous-intrigues que ne manque pas d'entraîner ce type d'histoire.
Je pense par exemple à la Levitz Grid©, du nom de Paul Levitz, notamment scénariste longtemps attaché à la destinée de la Légion des Super-héros (tout est dans le titre).  
            Fondamentalement, la procédure est la suivante : 
Le scénariste a deux, trois ou même quatre intrigues sur le feu. 
• L'intrigue principale - appelons-la intrigue A - occupe la plupart des scènes, ainsi que l'énergie des personnages. 
• L’intrigue secondaire - B - fonctionne comme une sous-intrigue. 
• Les intrigues C et D bénéficient d'une moindre attention et de moins d’espace dans chaque épisode. 
Lorsque l'intrigue A se termine, l'intrigue B est « promue » ; elle devient en quelque sorte la nouvelle A ; C devient B, et ainsi de suite. 
Il y a donc une progression constante, et surtout dynamique (certes également un peu mécanique) de l'intrigue vers l'avant.
En définitive, chaque sous-intrigue est destinée à devenir l’intrigue principale. 
            On peut en outre alterner l'avancement des intrigues (c'est même recommandé pour casser l'impression mécanique) en progressant (pour reprendre le jargon militaire) en « boules de billard » l'une chasse l'autre, ou alors en « perroquets ». 
Lors d’une progression en « perroquets », la dernière intrigue en date (très peu développée donc) prend l’ascendant sur les autres, et s'empare de la première place en termes de traitement. 
Rien de révolutionnaire là-dedans comme vous le voyez, juste un travail de préparation en amont qui permet de se libérer l'esprit et surtout de ne rien oublier.    
            En définitive les trois premiers épisodes de cette nouvelle saison n'annoncent rien qui vaille pour la suite.
D'autant que quitte à critiquer, au moins doit-on, du moins si on veut également raconter quelques chose, que ce quelque chose soit au minimum aussi bon que ce qu'on critique.
Et force est de reconnaitre que « The Boys » peine à tenir la distance avec les meilleurs récits de super-héros. D'où certainement, cette surenchère dans le mauvais goût. 
Reste donc une série télévisée qui fait plus ou moins bien passer le temps.
 
(À suivre .... ?)

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