J'ai reçu le premier tome de cette nouvelle relance hexagonale (la deuxième) du super-héros d'Erik Larsen, édité professionnellement aux U.S.A. pour la première fois, il y a 30 ans (déjà). Celui avec la couverture « exclusive », peinte par Gérald Parel ; version limitée à 400 exemplaires. Si au mitan des années 1990 S.E.M.I.C.™, éditeur venu du fin fond de la Suède, s'attelle à faire connaitre ce super-héros made in Image™ en France, juste après qu'il ait perdu les droits de commercialiser les super-héros de la Maison des Idées™ qu'il avait obtenu en rachetant les vénérables éditions LUG™, contrairement à certains autres personnages publiés par les dissidents aux dents longues de Marvel™ au même moment (WildCats, Spawn, Witchblade), le flic amnésique de Chicago ne fera pas de vieux os sur les linéaires français. Reste, pour être juste, que les personnages Image™ auront, en France, des fortunes diverses.
Treize plus tard, c'est Delcourt™ qui propose un omnibus sensé relancer l’intérêt du lectorat, sans beaucoup plus de succès.
Et pendant ce temps-là Erik Larsen continue de raconter les aventures de son personnage fétiche, inventé dans sa plus tendre enfance, et qui a la particularité de vieillir en « temps réel ».
Les éditions Black & White™, qui orchestre ce nouveau retour, dont la particularité est de produire des bandes dessinées plutôt à destination des collectionneurs. Ce qui veut dire édition extrêmement soignée et prix assez élevés, ont fait le pari non pas de commencer par le début, mais par l'un des points d'entrée que Larsen a aménagé tout au long des deux-cent-soixante et un numéros parus jusqu'à maintenant (janvier 2022).
Et pas n'importe lequel.
En effet, si Savage Dragon a la singularité de vivre sa vie en « temps réel », les rebondissements domestiques qui la peuplent sont dignes d'un soap opera les plus échevelés. C'est d'ailleurs l'un des atouts de la série que de ne pas oublier qu'il n'y a pas que les super-héros dans la vie.
Bref, Savage Dragon s'est aussi sûrement assuré une descendance dont Malcolm Dragon, qui reprend le flambeau super-héroïque de père, que de vindicatifs ennemis.
Autrement dit, c'est quasiment de nouvelles aventures que « Savage Dragon, un nouveau départ », quand bien même s'inscrivent-elles dans les 192 épisodes précédents. Mais comme tout adolescent fière de son indépendance Malcolm a visiblement l'intention de laisser sa propre empreinte. Ce qui ne l'empêche pas d'être respectueux de son paternel (un quasi anachronisme par les temps qui courent), et d'affronter certains de anciens adversaires de son géniteur. Ou de rencontrer ses amis, ou leurs enfants.
Ce que j'essaie d'expliquer c'est que cette porte d'entrée (le numéro 193 de la série) est vraiment idéal pour prendre le train en marche.
En outre les six numéro qui composent ce recueil son précédés d'un paratexte qui présente d'une manière très claire tout ce que l'on a besoin de savoir. Et chaque numéro fait l'objet d'une préface tout aussi claire et précise. En plus d'être bien écrite et de bénéficier d'une maquette joliment pensée.
Rien qui ne soit surprenant puisque c'est Jérôme Wicky qui s'y colle, fin connaisseur de la geste du Dragon. Il s'occupe aussi de la traduction, assurance d'un travail bien fait.
En résumé, nous avons un album de facture très soignée (papier, impression, maquette etc.), un paratexte fait par un quelqu'un qui connaît le personnage depuis son apparition aux États-Unis, et une traduction fruit d'un savoir-faire qui se compte en dizaines d'années. En définitive cette sortie coche tous les aspects qu'on peut demander à ce type de produit culturel.
Deux éditions sont disponibles au prix respectif de 20 et 25 euros, plus 5 euros de frais d'envoi [Pour en savoir +]. C'est plus chère que ce qui se fait chez d'autres éditeurs.
Mais comme je l'ai dit Black & White™ est une petite structure qui s'adresse d'abord aux collectionneurs, en proposant des albums élégants aux finitions irréprochables, mais aussi de faibles tirages. Des inconvénients qui pour le coup peuvent être bénéfique à une série qui certes n'a pas eu l'heur de plaire au plus grand nombre, mais qui a tout de même un fanbase hexagonale, dont j'espère qu'elle sera présente pour ce premier tome. Bénéfique donc, dans le sens où le retour sur investissement peut être réalisé à moindre coût. Et que la rentabilité d'un titre ne nécessite pas qu'on en vende autant que chez des éditeurs ayant des frais de fonctionnement plus lourd, du fait même de sa taille.
Ceci dit, ce n'est pas comme si non plus on était submergé de bonnes BD.
Un recueil qui conjugue la puissance et l’énergie de Jack Kirby et de Walter Simonson (la galerie d'onomatopées est a ce propos un régal pour les amateurs), associées à la sensibilité soap de Stan Lee ; or donc si votre budget le permet, n'hésitez pas, cette relance vaut largement l’investissement qu'elle demande.
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