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Animals [Ben Affleck / Netflix™]

« Animals » le dernier film en date du réalisateur Ben AFFLECK m’a d’abord fait penser à Rançon1996, avec Mel GIBSON, les cinéphiles évoquent plutôt Entre le ciel et l'enfer1963 de KUROSAWA ; n’ayant pas vu le dernier je ne me prononcerai pas ; mais il n’a pas en définitive, grand-chose à voir avec le premier.
« Les humains sont des animaux qui se racontent des histoires » Dayle Burton
            « Animals » est un thriller au pitch assez simple : un homme en vue, Mark Kimball, candidat à la mairie de Los Angeles, est contraint de verser une rançon à un kidnappeur qui a enlevé son fils. 
            Ce qui détache « Animals » du peloton des thrillers c'est d'abord, évidemment, son scénario. Retors, il déjoue les attentes, déplace les enjeux et au final, captive de bout en bout !
            La distribution creuse un écart déjà significatif : tous les personnages sont à leur place ; et leur caractérisation toute aussi retorse que l'intrigue.
Mais ce qui fait vraiment la différence, c'est la réalisation de Ben AFFLECK. 
            Le jeune quinquagénaire sait raconter, et il le prouve ici encore— d'une manière que seule une caméra peut lui permettre de le faire.
            L'exemple le plus frappant, sans que ce soit — au contraire, tapageur, est la séquence d'exposition du « méchant », sous la forme d'un quasi-puzzle. 
            La caméra filme un garage abandonné, une affiche, l'extrait d'un article d'un quotidien, un individu — de dos — qui regarde son écran d'ordinateur sur lequel apparaît la famille Kimball, un duvet, une paire de menottes ; alors qu'on entend la voix de Kimball, qui défend un projet de loi à la télévision ou à la radio. 
Mais en plus de cette exposition, cette séquence donne au spectateur un coup d'avance sur les protagonistes : ce kidnapping n'en est pas seulement un, il s'agit aussi d'une vengeance. Il est donc aisé, croyons-nous, d'anticiper ce que pourrait être la conclusion du film.
            Une autre séquence, où c'est toujours la caméra qui « parle » est celle où Kimball arrive à son QG de campagne, alors que son épouse — psychologue, est à son cabinet.
            Kimball arrive donc à son QG, gonflé à bloc, alors que nous savons qu'il s'inquiète des résultats du dernier sondage, motive ses troupes, et passe la porte de son bureau. L'ambiance change immédiatement : les résultats ne sont pas aussi bons qu'ils le devraient, et il doit se résigner à emprunter de l'argent. Ce qui met ses finances familiales en danger. Contre l'avis de son directeur de campagne, il veut prévenir sa femme. CUT ! Sa femme reçoit un appel téléphonique alors qu'elle est avec une patiente au sujet d'un problème que cette dernière rencontre dans son couple, mais ce n'est pas son mari qui l'appelle.
            En quelques minutes, Ben AFFLECK a mis en scène les enjeux forts du scénario, mais avec une écriture typique cinématographique. Si les dialogues sont importants, le langage corporel des acteurs, leur visage est encore plus éloquent. L'enchainement des scènes. C'est du pur cinéma.
            S'ajoute aussi un dispositif plus global. 
Le film commence par un prologue
in medias res, Kimball seul, puis avec sa femme, participe à une interview filmée ; ensuite scène familiale, QG de campagne, sa femme à son cabinet, arrivée de la domestique mexicaine (même exposition cinématographique réussie que le « méchant »), fête d'Halloween où se rendent le fils de Kimball et le beau-fils de la domestique avec cette dernière ; retour à la maison des Kimball pour un huis-clos (unité de temps, de lieu et d'action), et finalement résolution — à l'extérieur, de toute l'affaire ; épilogue sous la forme d'une épanadiplose.
            Sans que je puisse entrer dans les détails sous peine de déflorer l'intrigue, le dispositif  purement cinématographique (discret, on y pense après coup) participe lui-même à l'intrigue.
            Autrement dit, le film est raconté dans un ordre qui lui donne un sens, et surtout maintient une tension et déjoue les pronostics ; ce qu'un dispositif différent n'aurait pas aussi bien réussi à faire. 
            Écrit par Ben AFFLECK, qui en assure donc, avec brio, la réalisation, Billy RAY scénariste et réalisateur à la carrière bien remplie, et le moins connu Connor O. McINTYRE, « Animals » est donc une excellente surprise d'autant que la réception — mitigée — de ceux qui l'ont vu, en accentue encore les meilleurs aspects.
            Dont l'un des moindres n'est sûrement pas Dayle Burton (alias Gillian ANDERSON) « fixer » méthodique, professionnelle et sérieuse comme une crise cardiaque, qui introduit d'ailleurs une menace supplémentaire dans le huis-clos étouffant dont je vous déjà ai parlé.
            En définitive « Animals » est un très très bon thriller qui n'a finalement aucun point faible. Une intrigue en béton armé, une réalisation qui fait parler la caméra, un casting irréprochable ; et surtout — alors que l'histoire tourne autour d'une élection, « Animals » évite les clichés militants de notre côté de l'écran. Voire, il s'en amuse !        

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