Puisée aux sources de l'expérience respective de Lior RAZ et d'Avi ISSACHAROFF, la série télévisée « Fauda » a été créée dans le but de raconter, de l'intérieur d'une unité de contre-terrorisme — dont les membres opérent sous couverture, et qu'on appelle les mista'arvim (en hébreu : מסתערבים), la réalité humaine, psychologique et familiale du conflit israélo-palestinien, sans réduire les personnages à leur simple fonction de combattant ou d'ennemi. Néanmoins, s'ils ne sont pas réduit à ça, les Palestiniens sont toutefois les ennemis.
« Je veux raconter leur histoire, le prix qu'ils paient pour leurs actions, leurs familles, tous ceux qui les entourent. » — Lior RAZ
La deuxième saison, dont il va être question ici est centrée sur le thème de la vengeance personnelle et l'introduction d'une nouvelle menace : Daech c'est-à-dire l'État islamique, qui vient bousculer l'équilibre des forces entre l'unité israélienne de contre-terrorisme dont nous suivons les missions et le Hamas — qui était le sujet de la première saison [Pour en savoir +].
Les dynamiques qui ont été mises en place reste en vigueur, et s'y ajoute l'arrivée de Nidal El Makdessi, le fils du cheikh Awadalla, tué dans la première saison par Doron. Laquelle arrivée va donc bouleverser le rôle du Hamas, puisque Nidal est l'émissaire (secret) de Daech. Mais Nidal va aussi bouleverser le fragile équilibre de sa propre famille.
À cela il convient d'ajouter le rôle du Fatah, dont le chef est Abu Maher.
Nous ferons aussi dans cette deuxième saison, la connaissance du père de Doron, Amos Kavillio, ex-agent des services secrets israéliens, devenu fermier aux alentours du village reculé d'Ezuz — situé dans le nord-ouest du désert du Néguev, juste à la frontière avec l'Égypte.
Très mélodramatique (quand même), cette deuxième saison ne fera cependant pas l'économie de très nombreuses péripéties, allant crescendo. Et d'un body count largement excédentaire dû principalement à un empoisonnement au plomb, âmes sensibles s’abstenir.
Bref, on ne s’ennuie pas un seul instant ! 💥
Si d'évidence il est donc question de vengeance(s), cette saison, diffusée en 2018, est aussi celle des pères.
Je m'explique : le père de Nidal — qu'il revient donc venger et dont il quête l'approbation post mortem, son jeune frère, Samir Awadallah qui va justement devenir père. Celui de Doron (excellent Igal NAOR) avec qui l'agent infiltré entretient des rapports difficiles. Un Doron qui invoquera lui-même, pour ne pas quitter Israël, qu'il est un justement un père. Abu Maher — le chef du Fatah, dont le fils s'éloigne dangereusement de ses idéaux. Walid El Abed (commandant de la branche militaire du Hamas) qui sera attiré dans un piège car son épouse lui fait croire que c'est le moment idéal (biologiquement parlant) pour lui d'avoir un fils, et qu'ensuite les services israéliens tenteront de briser en lui faisant croire que sa femme est effectivement enceinte (et qu'il va donc devenir père).
En somme, chacun des protagonistes importants de la série est motivé, d'une manière ou d'une autre par la paternité. Et les douze épisodes utilisent cette situation comme un très puissant carburant de l'intrigue globale.
Mais comme vous le savez sûrement, « il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous ».
Mais comme vous le savez sûrement, « il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous ».
L'action de « Fauda » se déroule en Judée-Samarie, berceau des récits patriarcaux, dont celui de la promesse faite à Abraham et à sa descendance ; autrement dit celle de la « Terre promise ». Qui est la source (certes superficielle) du conflit israélo-palestinien.
La sinistre batterie narrative qui alimente Nidal El Makdessi est d'évidence vétérotestamentaire, il parlera d'ailleurs lui même de la loi du Talion, en s'adressant à Doron. Abu Maher et son fils réveille le souvenir de la rébellion d'Absalom contre David.
Walid El Abed est piégé par son désir d'engendrer, lequel renvoie peu ou prou à l'angoisse viscérale de la stérilité et au besoin absolu de descendance, un thème obsessionnel de la Genèse (si toutefois on est sur cette longueur d'onde).
Cela dit, il ne faut pas oublier que même sans y voir la fresque patriarcale au substrat biblique que je démontre, « Fauda », du moins cette saison (comme la première d'ailleurs) fonctionne à plein régime. Grâce notamment à la partie indissociable (quoi qu'en disent les progressistes) du père : la mère (mais je vous laisse découvrir cet aspect vous-même).
« Nous avons raconté une histoire avec notre cœur, basée sur des souvenirs et des expériences que nous avons vécues. » — Avi Issacharoff
C'est à la fois bourré d'action, de suspense mais aussi de sentiment.
Lior RAZ, Avi ISSACHAROFF et Amir MANN (le scénariste en chef {head writer} de cette saison) avec l'aide de quelques scénaristes comme Michal AVIRAM (qui a travaillé sur plusieurs épisodes majeurs de la saison) savent comme personne construire des personnages qui deviennent rapidement des individus à l'épaisseur psychologique aussi réelle que faire se peut, pour ensuite leur faire subir un sort peu enviable. Mais un sort toujours dicté par l'histoire.





Commentaires
Enregistrer un commentaire